Ne l’appelez plus collectif, mais forum. En plein milieu de la contestation conséquente liée à l’abaissement de la vitesse à 80 km/h sur le réseau secondaire français, le FN lance le Forum national dédié aux usagers de la route et c’est Jean-Pierre Doeuff qui le préside. Breton, finistérien, motard et passionné de la route – mais moins de ce que la conduite est devenue – nous l’avons interviewé.

Breizh Info : Jean-Pierre Doeuff, pourquoi avez-vous lancé ce forum ?

Jean-Pierre Doeuff : C’est dans le cadre de ce qui a été mis en place par le Nouveau Front [autrement dit le FN en période de refondation]. D’abord École et Nation [qui remplace le collectif Racine dont le président, l’ex-responsable du FN 44 Alain Avello, est parti chez les Patriotes], le second c’est Route Nationale. Nous voulons être une passerelle entre le politique et les citoyens. Notre objectif est de constater et de critiquer ce qui existe, mais aussi de proposer.

Breizh Info : pouvez-vous vous présenter ?

Jean-Pierre Doeuff : Je suis motard et automobiliste, toute ma vie est sur les routes. J’ai été commercial, puis chef d’entreprise, j’ai parcouru plus de 4 millions de kilomètres. Je suis passionné par la route au départ, j’ai choisi cette branche pour avoir un volant dans les mains toute la journée, j’aime la conduite, moins les voitures car elles sont devenues quatre roues qui nous servent à nous déplacer, plus à conduire. Nous sommes deux à diriger le collectif, puisque Christophe Rairie s’occupera lui des routiers et des transports en commun, il est ingénieur logistique de son métier.

Breizh Info : Vous le lancez en plein milieu de la contestation des 80 km/h. Il y a un lien direct ?

Jean-Pierre Doeuff : Non, même si ça tombe au bon moment. J’ai proposé le principe du Forum à Marine le 22 septembre qui l’a validé en décembre.

Breizh Info : Que pensez-vous des 80 km/h sur le réseau secondaire ?

Jean-Pierre Doeuff : C’est une vaste escroquerie d’État. A la décharge d’Édouard Philippe, cette mesure est dans les tiroirs depuis trois ou quatre ans, et c’est lui qui en porte le chapeau. Macron est certainement l’instigateur de cette folie.

Breizh Info : La justification officielle, c’est la sécurité routière…

Jean-Pierre Doeuff : Rien à voir ! L’État a décidé de privatiser des aspects de la sécurité routière, comme les radars qui sont exploités et maintenus par des sociétés privées. Et maintenant il y a les 26 voitures radars de Normandie qui seront conduites par des employés de la société de sécurité Challancin, qui a remporté le marché public pour 10.2 millions d’euros.

Breizh Info : C’est le retour de la Ferme Générale ?

Jean-Pierre Doeuff : Voilà. C’est une société privée, donc leur objectif est de rentrer dans leurs frais et de faire du bénéfice. Les voitures vont donc bien tourner. Dans la foulée, comme les français ralentissent leur vitesse depuis quelques années et les infractions baissent, la vitesse est abaissée pour créer du potentiel à mettre les amendes. Les français sont vertueux dans leur conduite et l’État les récompense en les tabassant encore plus !

Breizh Info : Nous avions interrogé un CRS qui fait du contrôle routier et qui avait dit, lui, que la vitesse, c’était un faux problème, ce n’était pas le principal facteur d’accidents. Selon lui, l’alcool voire le joint au volant et le téléphone étaient bien plus dangereux.

Jean-Pierre Doeuff : La vitesse est un facteur aggravant lors d’un accident, lorsqu’on tape dans un mur. Le tout est d’empêcher l’usager de la route de taper dans le mur. Or l’automobiliste est rivé sur les radars, les panneaux. A force de focaliser son attention sur sa vitesse, il s’emmerde et donc utilise son téléphone.

Breizh Info : Le gouvernement a renoncé à faire paraître le rapport sur l’expérimentation du 80 km/h. Selon les éléments parus chez nos confrères du Point, les accidents ont même augmenté sur les sections concernées. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Pierre Doeuff : Cette expérimentation était bidon. Les tronçons aménagés ont été sécurisés au maximum – ce n’est pas l’état d’une route en moyenne. Le test a duré deux ans et non cinq. Et malgré cela les accidents ont augmenté, donc le rapport a été enterré.

Breizh Info : au sujet de l’état des routes, nombre d’usagers n’en peuvent plus des dos d’âne et autres coussins berlinois. Ils sont nombreux – 2000 sur la seule métropole de Nantes – certains glissent quand il pleut, d’autres ne sont pas aux normes, les routes sont dégradées à leurs abords (par exemple à Orvault entre le bourg et la chapelle des Anges sur la RD42), ils font mal au dos des chauffeurs de bus et de car qui empruntent ces axes régulièrement… qu’en pensez-vous ?

Jean-Pierre Doeuff : Certains sont vraiment dangereux. Un jour il pleuvait, j’étais en moto, je prends une route que j’emprunte régulièrement, et là il y a des plateaux métalliques pour casser la vitesse. Ils n’étaient pas là la veille ! Bon, j’ai réussi à passer entre les deux, mais c’est un danger public. Certains en plus sont très mal signalés ou pas aux normes.

Breizh Info : Qu’avez-vous comme propositions pour améliorer le sort des motards ?

Jean-Pierre Doeuff : Le plus urgent est de supprimer ces guillotines que sont les rails de sécurité ; au-dessus de 30km/h, lorsqu’on chute, on est éjecté de la moto. S’il y a un muret, on est cassés de partout. Mais s’il y a une glissière, on passe dessous, sauf le casque, on est proprement guillotiné. Les poteaux qui tiennent la glissière sont aussi autant de lames, comme ceux qui tiennent les panneaux routiers d’ailleurs. Il faut donc doubler tous ces rails. Quand il pleut, les passages cloutés, les coussins berlinois, certains passages piétons peints au sol sont une vraie patinoire.

Breizh Info : Et l’état du réseau routier ?

Jean-Pierre Doeuff : Ça devrait être une priorité politique. Les routes, notamment départementales, sont souvent dans un état catastrophique. Mais les départements disent qu’il n’y a pas d’argent – il y en a pourtant pour bien d’autres choses moins prioritaires. En plus quand on voit que certaines collectivités réparent plusieurs fois la même route en quelques années – par exemple le boulevard de la Baule en ce moment et que d’autres, laissées de côté, se dégradent, ça laisse songeur. Quand aux ornières en virage, c’est très dangereux pour les motards. On a parfois l’impression qu’il faut avoir un 4×4 dès qu’il pleut !

Breizh Info : dans quelques années, la voiture autonome va débouler sur le marché public. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Pierre Doeuff : Pas dans les cinq ans. Certes, c’est le meilleur moyen d’arriver au risque zéro et elle va se mettre en place, mais pas tout de suite. Et puis le tout-automatique, c’est d’autres risques. Dans l’accident de car de Millas [6 morts, 17 blessés, 14 décembre 2017], on ne sait toujours pas ce qui s’est passé et si les barrières automatiques du passage à niveau ont eu un défaut. [La circulation ferroviaire est arrêtée depuis l’accident et la SNCF songe à décaler le train de 16 minutes pour éviter tout accident à l’avenir]. Puis hors des grandes agglomérations, il y aura encore des véhicules traditionnels.

Breizh Info : Une autre proposition vous vient à l’esprit ?

Jean-Pierre Doeuff : Oui, la formation. Et l’information. Quelqu’un qui a passé son permis voilà 30 ou 40 ans doit être informé sur les nouveaux panneaux, les nouvelles règles. Plutôt que de mettre des amendes, il faut informer sur ce qui peut sauver des vies.

Breizh Info : Quel est l’avantage de votre collectif ou forum plutôt, par rapport aux associations existantes ?

Jean-Pierre Doeuff : Nous constituons un réseau de sympathisants, de militants, d’électeurs, d’élus locaux. Cela permet de ramener aux élus des sujets pour qu’ils en débattent et fassent des propositions de loi à l’Assemblée Nationale. Nous connectons la politique et le pays réel. Ainsi, le délégué régional pour les Pays de Loire est Benoist Rouaud [motard lui aussi, expert en sécurité et sûreté]. Notre mission est de créer un maillage de correspondants locaux qui auront pour mission de rapporter ce qui ne va pas, et de rencontrer les acteurs locaux, proposer des solutions. C’est une action politique au sens noble, celui de polis, la cité.

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

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