Notre-Dame des Landes : Retour sur l’évacuation de la ZAD

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  MAJ 12h00 : Nicole Klein, préfète des Pays-de-la-Loire, vient de tenir une conférence de presse. Elle a indiqué qu’il y avait « très peu de résistance à l’intérieur de la Zad ». Il y a eu dix squats démantelés et six personnes expulsées.

Edouard Philippe avait prévenu : il n’y aura pas de seconde opération César. L’échec cinglant de l’opération d’évacuation des zadistes, à l’automne 2012, n’a pas été réédité. Au contraire. De nuit, les gendarmes ont investi très rapidement un périmètre restreint, celui où se concentrent la plupart des « irréductibles » opposés à la réouverture de la RD281, et ont commencé au petit matin le démontage de 40 des 95 « lieux habités » illégaux de la ZAD.

En direct : expulsion de la ZAD de Notre-Dame-des Landes : des affrontements et des blessés

C’était annoncé de longue date : l’expulsion des zadistes sans projet agricole ou d’économie solidaire (boulangerie, brasserie de bière, épicerie…) devait avoir lieu le 9 avril. Un médecin légiste supplémentaire a été, selon nos informations, détaché à Nantes pour examiner d’éventuels gardés à vue toute la journée du lundi. Des forces de l’ordre en nombre étaient rassemblées – CRS à Nantes, Rennes et Angers pour éviter les émeutes dans les villes, gendarmes mobiles à Châteaubriant, la Chapelle sur Erdre, Saint-Herblain et Saint-Etienne de Montluc pour converger le moment venu sur la ZAD. En tout 2500 gendarmes étaient mobilisés.

Un investissement nocturne d’un périmètre restreint

Le dimanche 8, déployés tout autour de la ZAD, les gendarmes multipliaient les contrôles, ciblant notamment camions et fourgons où auraient pu venir d’éventuels renforts zadistes. De leur côté, les zadistes racourcissaient leur front en abandonnant une maison squattée aux Ardilières, un kilomètre au nord de leurs positions avancées.

Cela n’a pas suffi. C’est de nuit que les gendarmes ont pris de vitesse le dispositif zadiste en arrivant simultanément à 3h20 par les Ardilières, au nord, et le Bois Rignoux, au sud. Dix minutes plus tard, ils étaient au sud au niveau de la tour du Lama Fâché, en limite sud de la ZAD – et en plein coeur de la zone des irréductibles – et à quatre heures pétantes ils atteignaient la route des Fosses Noires, au centre de leur zone. Un blindé léger de la gendarmerie (VBRG) était engagé, selon les zadistes.

Parallèlement les gendarmes bloquaient l’accès aux opérations pour les journalistes et surtout à ceux des « automédias », si prompts à couvrir les « violences policières » et à taire celles des militants, tandis que les zadistes s’opposaient, eux, à tous les journalistes qui ne sont pas d’extrême-gauche et qu’ils assimilent à la police. A cinq heures, malgré l’embrasement de plusieurs barricades – et d’arbres par les zadistes, les gendarmes ont encerclé des zadistes retranchés dans le mirador du Lama fâché et se sont solidement installés sur la route des Fosses Noires. Au nord-ouest, ils venaient à bout d’une barricade faiblement gardée au Liminbout et progressaient vers le sud.

Une première arrestation était faite à 5h30 tandis que des affrontements éclataient entre policiers et zadistes sur la route des Fosses Noires. Des cocktails Molotov ont été tirés – et un zadiste s’est d’ailleurs griévement brûlé en essayant d’en lancer un sur les forces de l’ordre. Un gendarme mobile a aussi été blessé à l’oeil. Une seconde arrestation aurait eu lieu à 8h30 selon les zadistes.

Vers 7h40, bien installées dans le secteur, les forces de l’ordre surveillaient le déchargement de trois tractopelles. A onze heures, au moins cinq « lieux habités » ont été détruits : une caravane sur la RD281, deux cabanes de part et d’autre de la route aux Planchettes, la tour du Lama fâché et la cabane du même nom – précédemment sur la RD281 puis reconstruite à quinze mètres de là dans un champ.

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Les zadistes irréductibles lâchés par leurs soutiens locaux

Comment se fait-il que les gendarmes ont pu investir si facilement la zone, qu’ils entendent maintenant tenir puisqu’une opération de réoccupation a été annoncée dimanche prochain à 14h30 ? La ZAD apparaît très divisée, notamment entre les paysans à cause de la question épineuse des prises de terres (lire notre enquête) et des dissensions que cela a entraîné entre l’ACIPA, la principale association des opposants, et le collectif paysan Copain 44 étroitement lié à la Confédération Paysanne.

Mais aussi parce que le jusqu’au-boutisme des « irréductibles » déterminés à empêcher la réouverture de la RD281 et à maintenir une « ligne de front » sur la ZAD s’est heurté de plein fouet à ceux qui voulaient mettre en place des projets paysans et aux structures qui les assistaient. Une division idéologique, assortie souvent d’une sorte de « lutte des classes » interne. Voire de lutte tout court lorsqu’un des meneurs de la dégradation de la RD281 mi-mars est ligoté et tabassé le 20 mars dernier par cinq personnes cagoulées et armées de battes, puis jeté dans un coffre de voiture et abandonné à Blain par d’autres zadistes. Même s’il a déclaré aux gendarmes avoir fait l’objet d’une « agression fasciste », les irréductibles n’ont pas été dupes et ont accusé plusieurs zadistes favorables à la réouverture de la route.

Ladite agression n’est pas la première : deux autres habitants de la ZAD au moins en ont fait les frais en décembre dernier. L’incendie partiel du corps de ferme de la Freusière – autre lieu de vie des irréductibles à l’ouest de la ZAD – et du mirador proche du Bois Rignoux le 29 décembre dernier relèvent du même règlement de comptes.

Résultat des courses, la solidarité paysanne s’est réduite au strict minimum : l’ACIPA a certes ouvert son local au centre-bourg de Notre-Dame des Landes et exhorté l’Etat à ne pas expulser les irréductibles, mais ça s’est arrêté là. Et nombre de zadistes, par intérêt ou non, ne sont pas venus au secours de leurs camarades : « Ces derniers mois s’est construit l’idée qu’il y’a des occupant.e.s qui dégageront aux expulsions et des autres qui resteront. Il y a bien cette prise de position qui dit qu’on veut négocier pour toute la zad via une entité « commune ». Mais la façade se craquelle et les actes se font attendre. Toute une partie des occupant.e.s (n’est pas inquiète, pas stressée mais plutôt bien occupé.e.s par la négociation pour « construire l’avenir », parce qu’illes savent qu’illes seront de celleux qui « restent », qu’illes ont des projets », relève ainsi un « irréductible » au soir du 8 avril.

Des manifestations tendues ce soir ?

En représailles aux expulsions, les militants de l’ultra-gauche sont passés à l’action. Un feu de joie a été allumé sur le périphérique nantais ce matin. Cinq jeunes, dont un armé d’un couteau, ont été interpellés cette nuit dans les jardins du Conseil Général, quai Ceineray. Et 77 manifestations sont organisées par l’ultra-gauche un peu partout en France. Les plus tendues s’annoncent à Nantes, Rennes et Angers, où les nébuleuses locales d’extrême-gauche ne cachent pas leur volonté de faire le Grand Soir. Des déploiements importants de forces de l’ordre ont été prévus dans ces trois villes.

Louis Moulin

Crédit photos : DR et breizh-info.com
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