Le dernier conseil municipal de Nantes, qui s’est tenu le vendredi 12 octobre, a été  très tendu. En cause, le vote d’une rallonge budgétaire de 4 millions d’euros au CCAS de Nantes pour la « mise à l’abri » des 698 migrants illégaux du square Daviais dans des gymnases jusqu’ au moins fin octobre.  Cette question a donné lieu à de vifs débats entre majorité et opposition. Alors que 30 à 40 migrants continueraient d’arriver chaque jour à Nantes – soit un millier par mois – la municipalité socialiste de Johanna Rolland ne semble avoir aucune réponse durable à cette problématique.

Aïcha Bassal, adjointe à la vie associative, l’égalité, la lutte contre les discriminations, a introduit la délibération en parlant d’un « moment important humainement » de solidarité avec « des hommes et des femmes qui quittent leur pays en guerre » : ça commençait mal. Les migrants du square Daviais sont en très grande majorité des hommes seuls, venus de pays qui ne sont plus en guerre depuis peu (Érythrée, Éthiopie) ou qui ne le sont pas du tout (Djibouti, Guinée…).

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Pierre-Emmanuel Marais est un élu de l’UDB auquel la majorité socialiste a filé un strapontin. A Nantes Métropole il s’occupe de la « diversité linguistique ». Il s’est montré  plus près de la réalité en indiquant que « depuis quelques années le nombre d’exilés [migrants] ne cesse d’augmenter ». Il a en effet augmenté de 23% sur un an alors qu’ailleurs il baissait. « Sans doute existe-t-il un pouvoir d’attraction de notre métropole […] L’accueil ne peut pas être par principe illimité ni inconditionnel ». Cela ferait pourtant les affaires de la « diversité linguistique ».

Conseiller municipal UDI puis LREM, Hervé Grélard affirmait que la « mise à l’abri » des migrants faisait partie des « valeurs que nous devons tous défendre collectivement ». Néanmoins,  il a émis des réserves sur la « conduite opérationnelle » de la situation par la municipalité socialiste. En effet, Johanna Rolland, le maire de Nantes, s’est d’abord opposée à la position de la Préfecture – et de l’État – d’évacuer le square Daviais. Ensuite,  elle l’a fait pour un lycée [l’ex-lycée Bouhier]. Puis, finalement, elle  s’est ralliée à l’évacuation du square.

Johanna Rolland, elle, « assume. Le soir de l’occupation du lycée Bouhier il y avait un appel à construire un squat à Nantes car il y avait un potentiel de 3000 à 4000 places ».

De 350 à 450 migrants du square Daviais sans solution de relogement

Une élue de gauche qui intervenait par la suite indiquait qu’il « reste 450 places à trouver pour les migrants du square Daviais ». Il se trouve en effet que la Ville – pourtant socialiste – de Batz-sur-Mer refuse de s’en faire imposer 100 dans le centre de vacances géré par la Ligue de l’Enseignement. Le chef de file de l’opposition nantaise, l’élue LR Laurence Garnier, l’a souligné à plusieurs reprises.

Et que dire des Nantais dont la patience est toujours mise à l’épreuve, comme le rappelle l’élue d’opposition Patricia Rio : « le 4 octobre lors de l’installation des migrants [de l’ancienne maison de retraite Bréa] dans le foyer-logement rue de Malville, les habitants du quartier ont été prévenus par un courrier non daté mis dans leurs boîtes aux lettres le lendemain. Un responsable d’association le 20 septembre a été prévenu de l’arrivée des migrants dans son gymnase 20 minutes avant et n’a pas eu accès à son bureau pendant plusieurs jours. Les Nantais ne sont pas prêts de retrouver un accès à leurs gymnases alors que le directeur général des services a battu le rappel des agents de la Ville susceptibles d’assurer des permanences auprès des migrants pendant les vacances scolaires [de la Toussaint] ».

Johanna Rolland refuse de répondre et se concentre sur ce qui marche : « ce matin une nouvelle étape a été franchie : 113 migrants ont rejoint les lieux d’hébergement » –  63 de plus vers Saint-Brévin dont le centre géré par le CCAS d’EDF en accueillait déjà 54, une quarantaine pris en charge par l’État via l’OFII (office français de l’immigration et l’intégration) et 6 à 10 expédiés vers Nantes-sud en plus des 88 qui y sont déjà. « Le gymnase Léo Lagrange sera libéré », continue Mme le maire qui feint d’oublier que plus de 350 migrants sont sans solution et restent sine die dans les gymnases.

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Nantes dans le top 3 des villes de France qui ont le plus de migrants : Johanna Rolland responsable ?

« En quelques mois Nantes est devenu troisième ville de France pour le nombre de migrants présents sur son territoire. Les deux autres sont Calais et Paris », a asséné Laurence Garnier. Elle a ajouté que cet afflux ne venait pas tant du « réseau d’associations et de solidarité très structuré » mais du fait que « Mme le Maire, vous portez un discours d’accueil inconditionnel qui explique cette situation. En 2015 vous avez rejoint le réseau des Villes solidaires. Malgré nos questions répétées vous refusez de donner votre position sur les déboutés du droit d’asile » qui représentent plusieurs centaines des migrants présents à Nantes – dont les 200 de l’ancienne maison de retraite Bréa selon les associations qui les aident, et dont 127 sont toujours logés aux frais du contribuable, cette fois rue de Malville.

« Les migrants le disent eux-mêmes, on est allé voir sur le net quelle ville accueillait les migrants et c’est Nantes », a-t-elle affirmé. « La situation devient de plus en plus difficilement tenable ». Et de continuer : « Ces migrants continuent à arriver à raison de 30 à 40 par jour. Soit 1000 personnes par mois. Vous avez du fermer récemment le jardin des Fonderies où certains s’étaient installés, vous n’allez pas pouvoir fermer toute la ville. C’est un engrenage qui vous dépasse ».

Elle cite une enquête de La Croix sur l’esclavagisme pratiqué par les passeurs. « Ils exploitent des migrants chez nous, sur notre territoire. Il y en a un qui ne voulait pas quitter son pays, il s’est laissé séduire par les promesses mirobolantes des passeurs. Il a travaillé 15 à 17 heures par jour sur un chantier en France, s’est retrouvé à dormir dans un container sans eau, sans électricité fermé par des barres de fer. Ce jeune homme ne rêvait que d’être renvoyé dans son pays mais n’avait pas les moyens de retourner là d’où il vient ». D’autres sont exploités par les auto-entrepreneurs qui leur donnent leur numéro SIRET pour livrer à vélo à leur place ou par les maraîchers, y compris à Nantes.

« L’accueil inconditionnel, ce n’est pas l’avis des migrants qui sont les esclaves d’aujourd’hui. Il faut qu’on ouvre les yeux sur cette réalité terrible », affirme-t-elle avant d’expliquer que l’opposition de droite ne participera pas au vote de la délibération.

Johanna Rolland (PS) attaque violemment Laurence Garnier (LR) et ne répond pas aux questions de l’opposition

L’enfarinage de la maire de Nantes a semble-t-il laissé des traces… sur son ouïe. Elle a d’abord accusé Laurence Garnier d’avoir cité de travers l’opinion du maire de Saint-Brevin, puis, malgré plusieurs relances, a refusé de répondre aux questions de l’opposition. Elles portaient en priorité sur la solution qu’elle envisage pour les 30 à 40 migrants qui arrivent à Nantes chaque jour.

En revanche elle a préféré l’attaquer personnellement. « Mme Garnier, je ne comprends pas votre position. Vous êtes vice-présidente de la région des Pays de Loire [en charge des sports], où étiez vous cet été ? Où étiez vous mi-août lorsque nous cherchions des solutions ? Vous avez fait le choix délibéré de vous cacher sur ce dossier. Quand on ne fait rien, on ne donne pas de leçons. Vous le faites encore en refusant de voter. […] Nantes ce n’est pas ça. Je crois à la grande histoire des villes, par-dessus les générations. Nantes a toujours été lucide ».

Et de remercier en vrac « le secours Catholique, l’évêché, le diaconat protestant, Médecins du Monde, les Bienveilleurs [un collectif de riverains… pas très nombreux ni très pressés de loger eux-mêmes les migrants, animé par une ex-communicante de Nantes Métropole], la Cimade », qui eux soutiennent l’action de la mairie. « C’est la force de nos convictions qui est mise à l’épreuve ; Cet épisode est extrêmement révélateur sur qui on peut compter ».

Elle s’attire alors une réplique de Laurence Garnier, piquée au vif : « vous attendez la fin de l’échange pour me mettre en cause directement. C’est d’une élégance. Et surtout assumez. Arrêtez d’aller chercher des responsables qui n’ont pas de compétence, comme le conseil régional des Pays de Loire… ou le conseil général de Loire-Atlantique, que vous n’avez d’ailleurs pas trop cherché. Allez chercher le maire de Batz qui est de votre sensibilité politique et qui refuse d’accueillir 100 migrants sur son territoire ».

Et de reposer la question : « vous refusez de répondre à ce qu’on va faire avec les 30 à 40 migrants qui arrivent chaque jour ». Johanna Rolland répond à côté. Laurence Garnier insiste : « il n’y a toujours pas de réponse sur ce que vous ferez au sujet de ces 1000 migrants qui arrivent chaque mois. Vous semblez obstinément décidée à ne pas répondre ».

En effet. Johanna Rolland botte en touche : « je vous invite à poser la question à l’État ». Les migrants n’ont plus qu’à s’armer de patience… ou, comme les militants pro-migrants issus de la bourgeoisie et qui, eux, ne connaissent pas la faim, à gaspiller de la farine pour en arroser la mairesse, plutôt que de nourrir à leur faim les migrants dont ils prétendent s’occuper.

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Migrants : grâce à la « lucidité » de Johanna Rolland, Nantes a perdu 18 places en un an dans le classement des villes où il fait bon vivre

En revanche, elle a affirmé : « je suis pour un droit d’asile européen, je suis pour qu’on mette fin aux dublinés [migrants renvoyés dans le premier pays où ils se sont enregistrés ou ont fait leur demande d’asile en vertu du règlement européen Dublin III, ce qui concerne un demandeur d’asile sur deux en France] parce que ça ne marche pas, et pas pour l’accueil inconditionnel ».

Et elle a expliqué que d’autres villes connaissaient le même problème – une place occupée à Clermont-Ferrand par 300 migrants, « et le maire qui nous appelle pour savoir comment faire ». S’il fait comme à Nantes, qui a glissé en un an de la 2e à la 20e place du classement de la qualité de vie, il n’est pas sorti de l’auberge. Et de citer aussi Rennes, Strasbourg, Dunkerque confrontées au même problème. Mais curieusement, Johanna Rolland n’a pas cité Orléans où s’entassent des migrants qui vont ensuite à Nantes, et où un homme blanc a été découvert, début octobre, égorgé en plein milieu de leur camp, au coeur de la ville.

Julie Laernoes (EELV) : de 200 millions à 1 milliard de réfugiés climatiques, et c’est l’Occident qui est responsable

Professionnelle de la politique et élue écologiste, Julie Laernoes milite depuis longtemps pour l’accueil inconditionnel des migrants. Elle n’a pas manqué d’en rajouter dans le pathétique : « Les passeurs se nourrissent de la fermeture des frontières. Les migrants [du square Daviais] viennent du Soudan et de l’Érythrée où le réchauffement climatique est déjà en marche. Nous sommes les principaux responsables du réchauffement. Nous aurons entre 200 millions et un milliard de réfugiés climatiques d’ici 30 ans, pas dans cinq siècles. Si nous n’agissons pas, nous laisserons à nos enfants un monde en guerre ».

Tant pis pour la responsabilité écrasante de la Chine (1er émetteur mondial de gaz à effet de serre) et des États-Unis, pas obligés d’accueillir les migrants, eux. L’Iran, l’Inde et l’Arabie Saoudite sont dans le top 10, pas la France (19e). Le sénateur Ronan Dantec en rajoute en sortant le canon contre Laurence Garnier : « en vous éloignant de l’humanisme chrétien, ce n’est pas vraiment Noël dans vos interventions, vous vous rapprochez de l’extrême-droite qui a toujours estimé qu’un de ses grands ennemis c’est la démocratie chrétienne ».

Tant de catastrophisme fort mal à propos a même ému une élue socialiste : « si on veut encourager le populisme, on tient des propos de ce genre ». Elle s’oppose aussi au « présupposé moral que l’Occident est responsable » du réchauffement climatique. Contrairement à la passionaria écologiste, elle a peut-être pris la peine de consulter le classement des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre ? Qu’on trouve en cinq secondes sur internet.

Louis-Benoît Greffe

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