Les week-ends à Nantes se suivent et se ressemblent, avec à chaque fois des agressions – parfois violentes – contre les chauffeurs de bus. Agressions lors des contrôles, bus pris pour cible dans les quartiers sensibles, insultes, et même nuit de Halloween tendue – les agents sont régulièrement en première ligne, mais la direction refuse mordicus de communiquer sur ce sujet brûlant, ou même d’informer les agents.

Le 3 octobre, à 23h30, un équipage de police puis un bus (C2) ont été caillassés au niveau de l’arrêt Coulée, au chêne des Anglais – quartier très «sensible » de l’agglomération. Une passagère a été blessée suite au bris de vitre. Cela se trouve au droit d’un des plus gros points de deal et juste sous les fenêtres de Pascal Bolo, apparatchik PS, premier adjoint de la ville de Nantes et président de la SEMITAN.

Au milieu du mois, vers 23 heures, un chauffeur de bus s’est pris un coup de poing dans la figure. Il venait de se faire copieusement insulter par un passager et avait freiné brusquement près de l’arrêt Vincent Auriol, ce qui a renversé une poussette dans le bus. C’est pourtant un troisième passager, qui n’était ni impliqué dans les insultes, ni parent de l’enfant, qui lui a asséné un coup de poing en pleine tête. Le chauffeur de bus a emmené son C3 au terminus puis est rentré tout droit au dépôt, en faisant valoir son droit de retrait.

Enfin, en fin de semaine dernière, quatre contrôleurs ont été agressés par deux individus qui refusaient le contrôle dans un Chronobus, toujours à l’arrêt Vincent Auriol. Ils ont forcé le passage et fui, faisant au passage des contusions aux contrôleurs. La direction de la SEMITAN, que nous avons tenté de joindre pour en savoir plus sur ces agressions, n’a pas donné suite.

Pourtant, l’ancien directeur Alain Boeswillwald, qui a fait en 20 ans de la TAN un des dix réseaux les plus étendus de France – mais pas un des dix plus sûrs – expliquait lors de son départ que « s’il y a un sujet d’inquiétude pour [lui] à l’avenir », ce sont « les insultes et les agressions ».

Des TIG à la SEMITAN : la CFDT dénonce une « décision unilatérale sans aucune organisation »

D’autant que les moyens humains ne suivent pas non plus, ce que regrettait aussi l’ancien directeur. Il manque par exemple 47 postes aux ateliers, et pourtant les objectifs des pouvoirs publics sont toujours plus ambitieux. La nouvelle délégation de service public prévoit ainsi 13% de trafic en plus (à 160 millions de passagers au lieu de 143 aujourd’hui) et 3 millions de kilomètres parcourus en plus.

Mais plutôt que de recruter, la direction a préféré « signer une convention avec la justice pour la mise en place de TIG [travaux d’intérêts généraux] à la Semitan », rapporte la CFDT. « Ces personnes le temps de leur peine feront parties d’équipes EAP [équipiers accueil prévention], IF [installation fixes, service qui dépend des ateliers], agent de réseau ». Le syndicat dénonce une « décision unilatérale sans aucune organisation et mise en place sur le terrain ». Braquer les syndicats contre une mission sociale et mettre un peu plus en tension des effectifs déjà insuffisants, le nouveau directeur Olivier le Grontec commence bien…

Louis Moulin

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