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Du jamais vu : le prix du diesel a récemment dépassé celui du sans-plomb 95 dans 20% des stations-services françaises.
La décision, annoncée par le gouvernement fin 2017, d’aligner progressivement de la fiscalité du Gasoil sur celle du Sans-Plomb à l’horizon 2021 n’a pas manqué de susciter l’émoi en France, en particulier dans les territoires ruraux, plus friands de moteurs Diesel.
En effet, la vie loin des grandes métropoles impose des distances plus grandes à parcourir pour tous les actes de la vie quotidienne, majoritairement en véhicule individuel, faute d’offre de transports en commun.
68,0% des automobilistes français roulaient au diesel au 1er janvier 2018.
L’argus, a voulu savoir qui étaient les grands perdants de cette fiscalité en hausse combinée à des normes toujours plus contraignantes.
Pour répondre à cette question, le journal a comparé pour chaque département, le pourcentage de véhicules roulant au diesel dans le parc de véhicules particuliers, avec le taux de ménages non imposables, marqueur révélateur de la pauvreté, sinon de la fragilité, d’un territoire.
La fracture Diesel, ou le carburant comme marqueur social de fragilité
Il en ressort deux cartes, dont la superposabilité est frappante : parmi les zones urbaines dynamiques, marquées par une faible proportion de ménages non-imposés, et un faible taux de dieselisation du parc, figurent toute l’Ile de France et l’Oise, l’ensemble du Lyonnais et des Savoie, les métropoles de Nantes, Bordeaux, Toulouse, Nice, ou encore l’Alsace.
A l’inverse, certains départements très urbanisés et denses comme le Nord (452 habs/km2), le Pas-de-Calais (220 habs/km2) ou la Moselle (168 habs/km2) affichent des proportions importantes de diesels dans leurs parcs. Trois départements marqués par la présence de bassins industriels en reconversion à la population fragilisée.
Une ruralité à deux vitesses
De la même manière, les territoires ruraux ne sont pas tous logés à la même enseigne : la riche Côte d’Or, les caves champenoises de la Marne ou encore les fertiles plaines beauceronnes du Loiret affichent à la fois une faible part de ménages non-imposables et un taux de dieselisation inférieur à la moyenne nationale, tandis que les territoires les plus excentrés et les plus fragiles sont marqués par un parc routier dieselisé à plus de 72% : Massif central, Limousin, Bretagne, Pays de Loire et Poitou, ou encore la Somme, l’Aisne, le Calvados, la Haute-Saône, la Haute-Marne, etc.
Afin de mieux mettre en évidence la corrélation, L’argus a illustré ces données sur un graphique, où chaque département est représenté par un point, positionné en fonction de la part de ménages fiscaux imposés et du pourcentage de véhicule diesel dans le parc. Le lien entre fragilité économique et équipement en Diesel n’en apparait que plus flagrant.
Évidemment, ce constat ne vaut pas généralisation à l’échelle d’un ménage ou d’un individu et recèle forcément de nombreux cas particuliers où le choix des automobilistes en faveur du Diesel n’est pas conditionné par leurs ressources financières : libre à chacun de rouler en coupé, cabriolet ou 4×4 au gasoil, de préférer l’agrément de conduite du diesel, de choisir d’équiper son entreprise en diesel pour des raisons fiscales, ou simplement d’acheter un véhicule d’occasion diesel parce que l’offre en essence est inexistante.
« Il n’empêche qu’en raisonnant à l’échelle de l’unité départementale, preuve est faite que les plus fragiles seront les plus impactés par les mesures anti-diesel, et pas seulement sur le plan financier : avec l’interdiction pure et simple du Diesel planifiée pour 2024 à Paris et 2030 pour l’Ile de France, c’est toute une population rurale qui pourrait alors subir une véritable assignation à résidence, qui ne ferait qu’accentuer encore la fracture territoriale. Une réalité que l’exécutif, à l’heure où ses actions en faveur des plus modestes peinent à convaincre l’opinion publique, ne devrait pas négliger. » déclare Thibaut Frank, éditorialiste de L’argus.
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