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Si on nommait un Gilet jaune ministre des Finances ?

Scandale. Le coût des mesures annoncées par Emmanuel Macron pour décrocher une majorité de Français du mouvement des Gilets jaunes s’élève à 10 milliards d’euros – soit 0,5 point du PIB. Autant dire que la barre des 3% du PIB que le déficit public est supposé ne pas dépasser sera franchie allègrement en 2019 – on parle de 3,4% au lieu du 2,8% prévu.

Mais Macron a beau être banquier d’affaires et les cerveaux de Bercy des énarques, ils manquent d’imagination pour trouver de l’argent. Les Gilets jaunes ont une proposition choc : l’introduction du référendum d’initiative citoyenne. Effectivement, grâce au RIC, les contribuables – ceux de la France d’en bas – rivaliseraient d’idées pour trouver ces fonds qui font défaut à l’État (déficit de ce dernier en 2017 : 67,6 milliards d’euros). Mais il n’est pas certain que ces référendums conviennent à la classe dominante…

Le référendum d’initiative citoyenne, une revendication des Gilets jaunes

Dans les revendications des Gilets jaunes, il y en a pour tous les goûts – pas forcément ceux d’Emmanuel Macron. L’une d’elles semble avoir la  priorité en ce moment sur les barrages : le référendum d’initiative citoyenne (RIC). Là on sort carrément de la question sociale pour se diriger vers le secteur politique, voire institutionnel. C’est ce qu’explique Maxime Nicolle, un porte-parole des Gilets jaunes dans les Côtes-d’Armor ; à l’entendre, ces derniers veulent modifier la constitution « pour y introduire un référendum d’initiative citoyenne, permettant aux habitants de proposer ou abroger une loi, de donner leur avis sur des questions importantes… » (Ouest-France, vendredi 14 décembre 2018). Gaëtan  Honoré, un porte-parole des Lapins jaunes (un des groupes des Gilets jaunes de Rennes), complète : « On continuera tant que le RIC, le référendum d’initiative citoyenne, ne sera pas mis en place. C’est le seul moyen de redonner la parole au peuple. C’est primordial. » (Ouest-France, Ille-et –Vilaine, vendredi 14 décembre 2018).

A coup sûr, la classe dominante n’acceptera jamais la mise en place du RIC. Si la pression de l’opinion publique devenait trop forte, le gouvernement et les parlementaires s’engageraient pour mettre au point une formule alambiquée permettant, sur le papier, l’utilisation de cette innovation mais qui la rendrait dans les faits, quasiment impossible à mettre en œuvre. Filtres, obstacles et conditions seront prévus afin de neutraliser la volonté populaire. Le dossier de la réunification de la Bretagne en est un parfait exemple. En théorie, on peut. Mais en pratique, on ne peut pas (article L 4122 -1 -1 du code général des collectivités territoriales).

Une série de sujets que les élites déclarent tabous

Sinon les classes populaires et moyennes s’empresseraient de mettre sur la table toute une série de sujets que les élites déclarent tabous :

  • rétablissement de l’ISF (impôt sur la fortune qui avait rapporté à l’État 4,23 milliards d’euros en 2017).
  • obligation pour les exilés fiscaux (ceux de Genève, ceux du Luxembourg, ceux du Portugal, ceux de Los Angeles, les 50 000 du Maroc…) de payer l’impôt sur le revenu en France (comme c’est le cas pour tous les citoyens américains).
  • obligation pour les grandes entreprises françaises de rapatrier leur siège social en France et donc de payer l’impôt sur les sociétés en France (cela concernerait par exemple, Renault dont le siège social est à Amsterdam).
  • Suppression de toutes les combines légales qui permettent l’évasion fiscale pratiquée par les groupes du CAC et par les grandes fortunes dans les paradis fiscaux (manque à gagner annuel pour la France : 21 milliards d’euros).
  • Lutte contre la fraude fiscale (TVA, sous déclaration des revenus) qui prive l’État d’une recette allant de 60 à 80 milliards d’euros.

Mais aussi arrêt de l’immigration, voire expulsion des délinquants étrangers. Et puisqu’il faut faire des économies, suppression dans le budget de l’État, de la mission « Immigration, asile et intégration » qui a coûté au contribuable, 1,607 milliard d’euros en 2017.

L’insécurité sociale et culturelle ne concerne pas la classe pensante, dirigeante et possédante

Bien entendu, les libéraux de gauche et de droite, adeptes du politiquement correct, ne prendront pas le risque de voir le « peuple » les embêter avec de pareilles propositions. La classe pensante, dirigeante et possédante veut bien qu’on lui parle de « croissance », de « compétitivité », de « société ouverte », de « lutte contre toutes les discriminations », mais c’est tout. L’insécurité sociale et culturelle ne la concerne pas. Or, avec le RIC, nos gouvernants seraient mis sous surveillance et contraints de tenir compte de la volonté populaire ; ce dont ils ne veulent pas entendre parler.

Un exemple récent en Bretagne : la Ville de Nantes a vendu un terrain de 1030 m2 pour 124 625 euros à l’Association culturelle musulmane de Nantes – Est. Cette dernière souhaite y construire une mosquée et un espace culturel. Pour la plus grande satisfaction de Catherine Piau, adjointe du quartier Nantes Erdre : « On connaît bien cette association, on a confiance, ils sont intégrés, ils font partie du paysage déjà et, à priori, ils s’appuient sur des dons des fidèles et non des fonds privés étrangers » (Ouest-France, Nantes, vendredi 14 décembre 2018). Au passage, on peut se féliciter que les « fidèles » puissent rassembler le 1,5 million d’euros nécessaire pour financer le projet « sans fonds privés étrangers ». Avec le RIC, une mobilisation populaire apparaîtrait rapidement afin de s’opposer à cette réalisation. Et il serait fort possible que Johanna Rolland fût désavouée, malgré le côté « bobo » de la ville de Nantes.

Bernard Morvan

Crédit photo : Dinkum/Wikipedia (cc)
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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