Parcoursup vient d’ouvrir et les lycéens qui sont en terminale réfléchissent pour remplir leur vœux Ils espèrent tous faire des études qui leur plaisent et qui débouchent sur un métier valorisant qui leur permette de bien gagner leur vie. Or, selon un sondage paru dans le journal Le Monde, 25 % des titulaires d’un master 2 estiment que leur diplôme ne leur est d’aucune utilité pour trouver du travail.

Le chômage frappe durement les non ou peu diplômés

À quoi bon suivre des études universitaires alors ? En fait, les chiffres sont d’une cruauté inouïe. Dans une génération, 10 % ont un DEUG, une licence ou une maîtrise, 15 % un BTS, DUT ou un autre bac+2, 17 % l’équivalent d’un master 2 (grandes écoles comprises) et 1 % sont docteurs. 53 % ont un niveau inférieur au baccalauréat. (16 % n’ont pas le BEPC.)

Le chômage frappe durement les non ou peu diplômés. Si on s’intéresse aux moins de 29 ans, le taux de sans-emploi décroît avec le niveau : il est de 38 % pour ceux qui n’ont ni CAP ni BEPC, de 28 % pour les titulaires d’un CAP ou le brevet, de 20 % pour ceux qui se sont arrêtés au bac (général ou professionnel), alors que les bacs+2 et les bacs+5 connaissent le même taux de chômage (10 %). Mais tous les parchemins ne se valent pas et les rémunérations obtenues sont disparates.

Pour les bacs+5, la moyenne est de 30 000 € brut par an, mais celle-ci est tirée vers le haut par les écoles d’ingénieurs et de commerces (32 000 €), sachant qu’en général ceux qui sont passés par des classes préparatoires arrivent à 34 000 ou 35 000 €. Certains masters 2 tirent leur épingle du jeu : gestion, ressources humaines, sciences fondamentales, fonctions commerciales et marketing obtiennent entre 30 000 et 31 000 €. Le droit et l’économie sont à 27 000 €. Ensuite, la chute est vertigineuse : la santé est à 24 000 € et les langues vivantes à 22 000 €.  Et le pire est atteint avec les lettres, arts et sciences humaines, autour de 20 000 € seulement. Être un crack en latin, avoir un bac+5 et ne gagner que 1 400 € net par mois, à peine plus que le smic, est un crève-cœur que connaissent nombre de jeunes.

En outre, les inégalités ne s’arrêtent pas aux salaires. Les diplômes les moins cotés ne décrochent le plus souvent que des CDD précaires alors que la grande majorité de ceux qui sortent des grandes écoles ont des CDI. Le temps pour décrocher un emploi relativement stable n’est pas non plus le même : entre trois mois et trois ans. Ne rien trouver pendant plusieurs années est le lot de certains bacs+5.

Quelques formations ne servent qu’à donner du travail à ceux qui les enseignent

En fait quelques formations ne servent qu’à donner du travail à ceux qui les enseignent et n’ont absolument aucun débouché concret. Néanmoins, quand un jeune est embauché, son diplôme n’est jamais compatible à 100 % avec son travail. Il doit se former aux spécificités de son emploi et aux attentes de son patron. Parfois même un poste n’a aucun rapport avec la formation initiale de celui qui l’occupe. C’est le cas par exemple de l’audit pour lequel on embauche des jeunes ingénieurs d’écoles spécialisées qui n’ont aucune notion d’économie et de gestion d’entreprises. Un employeur prend le risque d’embaucher un novice complet s’il pense que celui-ci a l’esprit souple et acquerra rapidement les notions de base de son futur travail.

Au-delà des connaissances acquises, une formation universitaire bien conduite forme l’esprit de ses postulants et leur permet d’apprendre par la suite n’importe quoi. Chez nous, les employeurs se tournent en priorité vers les étudiants des grandes écoles (surtout issus des classes préparatoires) ou vers les docteurs (mais ceux-ci sont peu nombreux, 7 000 par an). Un étudiant titulaire d’un master 2 de gestion de patrimoine sera, malgré sa valeur intrinsèque, boudé par les patrons. Dans d’autres pays comme en Angleterre, où les grandes écoles n’existent pas, des diplômes qui en France sont méprisés (comme des maîtrises d’histoire) permettent d’occuper des emplois à responsabilités. Néanmoins, dans ce pays les relations et les connaissances (qui dépendent souvent de l’origine sociale) sont primordiales et des diplômés sans carnet d’adresse suffisant restent souvent sur le carreau. On retrouve ce mode de recrutement par cooptation sociale dans notre pays, mais à une moindre échelle, car la méritocratie n’est pas encore chez nous entièrement abolie.

Des masters 2 en latin se retrouvent à vendre des habits ou des frites

Voilà pourquoi des masters 2 en latin se retrouvent à vendre des habits ou des frites et voilà pourquoi 25 % des bacs+5 trouvent leurs diplômes inutiles voire dangereux, car souvent ils s’échinent en vain à trouver des postes dans leur domaine de compétence. Parfois aussi, ils refusent au début de leur recherche des emplois dont ils estiment le salaire trop bas, alors qu’un an plus tard ils trouveraient miraculeuse une telle proposition.

En réalité, le nombre de places « intéressantes » (et encore le salaire souvent n’est pas mirobolant) est limitée. On l’estime à 200 000 par génération pour 400 000 diplômés du supérieur. C’est donc une foire d’empoigne qui fait beaucoup de déçus, d’amers et de déclassés. C’est la rançon de la « démocratisation » de l’enseignement supérieur et cela pose le problème de la sélection. La refuser, comme c’est la mode, prétendre que tout est au même plan, revient à entretenir et à perpétuer les inégalités sociales. Si je dois choisir entre 20 candidats qui ont des diplômes considérés comme équivalents, je prends celui qui m’a été recommandé, sachant que mes propres enfants bénéficieront en retour d’un coup de pouce similaire. C’est le rêve suprême des bobos et des membres du camp du « bien » (c’est-à-dire de la prétendue gauche) : éliminer la concurrence des classes défavorisées en stérilisant et en relativisant les formations de façon que les places de cadres ne soient plus décernées au mérite, mais uniquement par cooptation de classe. On démantibule l’ascenseur social avec la meilleure conscience du monde.

Aussi suis-je dubitatif quand le gouvernement prétend vouloir lutter contre l’échec à l’université. Si les 650 000 jeunes qui s’inscrivent en post-bac sortaient tous avec un diplôme, voire un bac+5, nous détruirions les derniers restes de la méritocratie et nous instaurerions une société totalement figée, tout en augmentant le chômage des diplômés, car notre économie ne créerait pas plus d’emplois.

Certes ceux qui échouent en facultés sont souvent d’origine défavorisée ou ont un bac professionnel. Pour remédier à cette injustice, pourquoi ne pas mettre en place une politique de discrimination positive (uniquement sociale et non ethnique ou religieuse), basée d’une manière drastique sur le mérite et la sélection ?

Un bon exemple de ce qu’il faut faire sont les prépas TSI (Technologies et sciences industrielles), mises en place sous Giscard d’Estaing dans un souci d’équité sociale. Ces classes préparatoires sont réservées à des bacs délaissés par les classes favorisées et permettent d’intégrer des grandes écoles prestigieuses (même Polytechnique !). C’est ce modèle qu’il faut développer en priorité en ayant en tête que les sciences sont plus neutres socialement que les humanités. Un enfant de « pauvre » a au départ les mêmes chances en mathématiques qu’un enfant de « riche ». Il n’en est pas de même en français ou dans les langues vivantes.

La grande majorité des Français ont les items « égalité sociale » à la bouche, mais beaucoup d’entre eux (qui se disent souvent de gauche !) sont hypocrites, car ils refusent la méritocratie et une sélection qui se baserait sur des matières non corrélées à l’origine sociale. Nous sommes là au cœur du problème qui ronge notre société.

Christian de Moliner

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