Après le nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le second grand équipement public voulu par Jean-Marc Ayrault est-il compromis ? Le projet du nouveau centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes est de plus en plus contesté.

La comparaison est relative. En particulier, les opposants au projet ne sont pas les mêmes. Au conseil de Nantes Métropole, gauche majoritaire et droite d’opposition s’entendaient sur le soutien au projet d’aéroport. Au contraire, elles se divisent à propos du projet de CHU. Très impliqués dans la contestation de l’aéroport, les écologistes, eux, sont peu audibles à propos du CHU.

La protection de la nature est peu invoquée à l’encontre du projet, qui vise à regrouper sur un seul site les deux établissements actuels du CHU de Nantes. En revanche, ses opposants agitent des arguments fonctionnels de poids. Ils tiennent essentiellement au site choisi. Celui-ci se trouve en bord de Loire, au sud de l’île de Nantes, là où se situait le marché d’intérêt national (MIN) récemment déménagé vers le sud de l’agglomération.

Un site exigu, inondable et peu accessible

Ce site paraît si peu adapté à l’implantation d’un hôpital qu’il éveille même des soupçons complotistes chez certains. « Le site de l’île de Nantes est assez facile à défendre en cas de troubles graves », assure Louis*, résolument survivaliste. « Le site alternatif, à Saint-Herblain, autour de l’actuel hôpital Laennec, se trouve à proximité de quartiers sensibles. » En tout état de cause, le choix de la municipalité nantaise présente plusieurs inconvénients majeurs :

  • Il est inondable, ou du moins ses accès le sont. En cas d’inondation comparable à celles de 1872 ou 1910, l’établissement pourrait devenir une île, inaccessible par voie terrestre. Son fonctionnement serait alors très difficile.
  • Il est survolé à basse altitude par un couloir aérien conduisant à l’aéroport de Nantes Atlantique. Cette particularité avait été invoquée en faveur du projet de nouvel aéroport : il fallait le construire pour pouvoir construire le CHU.
  • Le site est mal desservi par les transports terrestres. La population de l’aire métropolitaine réside très majoritairement au nord de la Loire, mais réaménager la circulation nord/sud paraît extrêmement difficile en raison de la saturation du quai de la Fosse, qui accueille les flux est-ouest.
  • L’espace foncier disponible, limité à une dizaine d’hectares, ne permettrait aucun agrandissement futur. Il ne permettrait même pas d’accueillir toutes les activités associées au CHU actuel, implanté sur deux sites différents occupant au total 67 hectares.

Le CHU le plus cher de France

Une enquête publique est en cours. Les arguments ci-dessus sont largement repris par les participants – plus de 400 à ce jour. Mais le débat s’étend désormais à un second front : les finances. Lors de sa présentation, en 2009, le projet était évalué à 350 millions d’euros. Dix ans plus tard, on en est à plus de 950 millions d’euros. Cela ferait de l’établissement le CHU le plus cher de France.

« C’est une véritable gabegie qui se profile dans la ville des Ducs de Bretagne », proteste l’association Contribuables associés. Alertée par le GAELA, un groupe local issu notamment des milieux médicaux, elle vient de s’engager dans la lutte contre le projet. L’intervention de cette organisation spécialisée dans la lutte contre les gaspillages d’argent public fera-t-elle reculer les partisans du projet ? Elle contribue en tout cas à fragiliser un dossier déjà mal en point.

E.F.

(*) Prénom modifié

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