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L’armée de terre française est de retour en Estonie, aux portes de la Russie, avec quatre chars Leclerc, 13 VBCI et 300 hommes des 12e Régiment de Cuirassiers [RC], du 2e Régiment Étranger d’Infanterie [REI] et du 1er Régiment Étranger de Génie [REG], le tout dans le cadre de l’OTAN.
Ces hommes seront sous commandement britannique et participeront à des exercices à Tapa (Estonie) aux côtés d’unités estoniennes, danoises, belges ou encore britanniques. Cependant, à 140 km des frontières de la Russie, la France défend-elle ses intérêts en participant à la défense de la forteresse Europe, et surtout des frontières orientales de l’OTAN ? On peut se le demander.
« Depuis le début des années 2000 », écrit le journal russe Vzglyad le 19 avril dernier, « Tapa […] accueille une base de l’armée estonienne, avec des bataillons du génie et d’artillerie, un bataillon de DCA, et depuis 2016 un groupe tactique de combat estonien formé par l’OTAN. Elle n’est estonienne que par l’emplacement de son camp de base : le commandement est britannique, il y a jusqu’à 800 soldats britanniques, soutenus par la France et le Danemark. Ce qui explique que les Français reviennent aux portes de la Russie probablement pour la première fois depuis la retraite de Russie en 1812 ».
« Les groupes tactiques estonien, letton, lituanien et polonais entrent dans le corps d’armée international de l’OTAN “Nord-Est” dont l’état major est à Stettin ; le bataillon letton est dirigé par le Canada, celui de la Lituanie par l’Allemagne et le polonais par les États-Unis ». Le ministère de la Défense russe estime le nombre de soldats de l’OTAN dans les pays baltiques et en Pologne à 5 000 personnes.
Un champ de manœuvre pour l’OTAN
Les pays baltes servent de champ de manœuvre à l’OTAN – ainsi des manœuvres Eager Leopard ont eu lieu en avril dernier en Lituanie, avec 650 soldats allemands, tchèques, hollandais et norvégiens. Mais encore des manœuvres aériennes, avec les Finlandais et les Suédois – il s’agit notamment de tester les tactiques de défense d’un allié attaqué par une puissance extérieure. À quelques dizaines de kilomètres de la Russie, demander quelle est cette puissance extérieure est une question rhétorique. En Estonie même, début avril, les soldats de l’OTAN s’entraînaient à Tallinn aux combats des rues et feront du 29 avril au 10 mai des manœuvres Spring Storm avec plus de 10 000 soldats.
Face à cette hyperactivité militaire de l’OTAN, la Russie aligne la 6e armée, formée à nouveau en 2010, et la région militaire Ouest. Début mars, le ministère de la Défense russe a annoncé que des renforts seraient envoyés, et qu’un régiment de DCA de réserve mobile supplémentaire serait créé, de façon à augmenter de 40 % l’efficacité de la couverture des objectifs militaires et étatiques dans la région – les intrusions aériennes des avions OTAN ne sont pas rares, tout comme de leur côté les Russes n’hésitent pas à survoler de très près près les pays de l’OTAN.
« L’OTAN montre qu’il est prêt à des actions actives en Baltique », explique à Vzglyad le général russe en retraite Vladimir Boldyrev. « D’une certaine façon ils nous provoquent. Mais nous sommes prêts, c’est pourquoi nous avons constitué un groupe ad hoc sur cette direction, largement supérieure au groupe adverse ».
Pendant que l’OTAN et les Russes font montre de leur armement, la France manque de forces pour sa défense et la population des pays baltes continue de diminuer. L’Estonie a perdu 255 000 habitants depuis 1990, soit 16 % de sa population. La Lituanie et la Lettonie, presque un tiers sur la même période. Mais leurs gouvernements semblent ne pas s’en soucier.
Louis Moulin
Crédit photo : Ministère de la Défense
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Une réponse à “Armée de terre en Estonie : quels intérêts la France défend-elle ?”
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