La confraternité existe entre les grands patrons. Ce qui amène Loïk Le Floch-Prigent à considérer que Carlos Ghosn « a été un dirigeant d’exception », « un grand serviteur de la France ». Tous deux sont passés par la case prison… Hier et aujourd’hui, pour Le Floch, la Bretagne se réduit quasiment à la « pêche à pied ». Dommage, il pouvait faire mieux.

Les grandes marées

Loïk Le Floch-Prigent est un grand bonhomme. On l’a connu PDG de Rhône-Poulenc, de Elf Aquitaine, de Gaz de France, de la SNCF… Jusqu’à ce que ses acrobaties le conduisent à Fresnes grâce aux bons offices d’Éva Joly ; on lui reprochait un détournement de fonds impliquant Elf Aquitaine. Dans un entretien accordé à Ouest-France (20-21 avril 2019), il parle de « sa » Bretagne. « J’ai commencé la pêche à pied lorsque j’étais enfant à Trébeurden, où on prenait des coques tous les jours. Les grandes marées sont restées un de mes points fondamentaux de ma vie, y compris lorsque je dirigeais de très grandes entreprises. J’avais toujours mon calendrier des marées avec moi, que je consultais avant d’accepter certains rendez-vous. Au-delà de 115, pas de discussion possible ! »

Aujourd’hui, Le Floch écrit des polars. « J’en ai écrit deux. Un troisième est prévu pour l’automne, avec une héroïne crêpière à L’Abri du marin, à Trébeurden, dans les années 1960. L’endroit a existé, j’y ai passé une partie de mon enfance. Ces livres me permettent de faire revivre le “breton parlé en français”, traduction mot à mot du breton en français, en conservant la structure bretonne des phrases. “J’ai été couché avec le docteur” signifiait que le médecin vous avait recommandé de garder le lit. Truculent. Et c’est ma langue maternelle. »

Un bilan breton assez maigre

Tout cela est bel et bien bon, mais le journaliste de Ouest-France, Stéphane Verney, qui interroge Le Floch, oublie de poser une question importante : « Qu’avez-vous fait pour la Bretagne lorsque vous étiez aux affaires ? ». Concrètement, le bilan breton de celui qui fut « ministre du pétrole » apparaît en effet maigre. Pourtant, l’intéressé, un des éléments clés de la Mitterrandie, avait à sa disposition deux outils formidables. D’abord Elf Aquitaine, géant à l’époque du pétrole avec lequel Le Floch arrosait les caisses noires des partis (PS et RPR). Ensuite Sanofi, filiale de Elf, conglomérat hérité du gaullisme industriel, qui gérait une multitude de participations dans les entreprise les plus diverses (cosmétique, pharmacie, conserves, produits vétérinaires…).

Le Floch avait donc la possibilité de faire la pluie et le beau temps en Bretagne ; il ne l’a pas fait. Car réduire la Bretagne à la « pêche à pied » semble tout à fait minuscule pour celui qui était un homme puissant. Avec une petite société, alimentée par Elf et Sanofi, il aurait pu rendre de grands services en prenant des participations dans des PME bretonnes. Et cela ne pouvait que faire du bien à son image et à son ego…

Certes, il répliquera qu’il était intervenu « positivement » dans le différend qui opposait la BNP à Yves Rocher dans le dossier Petit Bateau. C’est vrai mais c’est un peu court.

Bernard Morvan

Crédit photo : Christian D’AUFIN/Wikimedia (cc)
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