Bernard Pivot

Il y a certains moments de télévision qui marquent plus que d’autres. C’est le cas de l’émission Apostrophes du 8 juillet 1977. Ce programme littéraire présenté par Bernard Pivot était dédié ce jour-là aux écrivains bretons. C’était il y a plus de 40 ans désormais mais cette configuration inédite ne s’est jamais reproduite depuis.

« Pebezh Breizh, pebezh Bretoned ? »

L’émission hebdomadaire avait donc décidé de faire la part belle à la Bretagne. Une Bretagne représentée par des plumes majeures des années 1970 puisque se trouvaient sur le plateau Pierre-Jakez Hélias, Xavier Grall, Youenn Gwernig mais aussi Charles Le Quintrec et Yves Le Berre.

Parmi les images fortes de l’émission, restera son introduction faite en breton par Pierre-Jakez Hélias. « Pebezh Breizh, pebezh Bretoned ? », « Quelle Bretagne, quels bretons ?» en français.

https://www.youtube.com/watch?v=AFSol9Df7e0

« Latins, vous m’avez crevé les yeux ! »

Autre fait marquant de cette « tribune bretonne » d’un soir offerte par Bernard Pivot, les échanges parfois vifs entre Xavier Grall et Pierre-Jakez Hélias. Ce dernier, auteur du très célèbre ouvrage Le Cheval d’orgueil, incarnait une Bretagne trop figée et passéiste pour Xavier Grall. Qui a écrit en guise de réponse Le Cheval couché, pamphlet du livre de Pierre-Jakez Hélias.

Xavier Grall, revenu s’enraciner en Bretagne après une vie parisienne, en avait pour sa part une vision beaucoup plus optimiste et politique. Une fin de vie marquée par un profond retour au celtisme. Emporté à 51 ans d’un cancer des poumons, il laissera notamment ces quelques lignes devenues célèbres par la suite :

« Latins, vous m’avez crevé les yeux !
Je suis Celte. Je suis Breton.
Je suis le barde condamné.
Ma démence fait ma force.
Parfois, au fond de l’ivresse, flamboie la voyance » 

Xavier Grall, alors que la fin des années 1970 était rythmée par les attentats du Front de Libération de la Bretagne, fut un témoin atypique de son époque. Se revendiquant de la gauche catholique, il se penchera malgré tout sur l’oeuvre d’Olier Mordrel, dont il écrira en 1977 :
« Elle est la meilleure synthèse sur l’identité culturelle bretonne à travers toutes les vicissitudes et les malheurs de l’histoire. Malgré quelques tics sur la race et la force, elle garde toute sa valeur d’actualité alors que son encre est sèche depuis un demi-siècle. »

Unanimité autour de Maodez Glanndour

Pour l’anecdote, Maodez Glanndour était l’oncle de l’ancien dirigeant d’entreprises Loïck Le Floch-Prigent.

Voilà un moment de télévision qui, malgré le temps, demeure instructif et rafraîchissant. Ce qui n’est pas toujours le cas avec les programmes d’aujourd’hui.

Crédit photo : Wikimedia Commons (CC/Georges Seguin)
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