Mairie de Nantes la nuit : quand il y a une urgence, personne ne répond

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Une automobile a bousculé hier quelques étals du marché de Talensac. La nuit précédente avait aussi été agitée. Vers 2h21 du matin, l’alarme incendie du marché de Talensac s’est déclenchée, sans raison apparente. La patrouille de police et les pompiers arrivés sur les lieux n’ont trouvé ni trace d’intrusion ni départ de feu. Mais suite à une série de dysfonctionnements liés à la mairie de Nantes, l’alarme a hurlé pendant plus d’une heure. Empêchant les habitants du quartier de dormir et les soldats du feu de partir vaquer à d’autres urgences. Chronologie.

Pas de mandat pour intervenir sur place

2h21 : l’alarme sonne. Un riverain appelle la police. Pompiers (un camion) et policiers (la patrouille de nuit en centre-ville) se rendent sur les lieux. Le CODIS (Centre opérationnel départemental d’incendie et de secours) chargé de la coordination des pompiers, appelle l’astreinte à la mairie (CREOL)… qui appelle les sociétés de télésurveillance. Celles-ci répondent qu’elles n’ont pas de mandat pour intervenir sur place, ni les clés. L’astreinte à la mairie… s’en tient là : « c’est un service avec des gens dans un bureau, ils ne peuvent pas se rendre sur place », explique le service des marchés bien plus tard.

2h26 : un autre riverain arrive à pied. L’alarme s’entend des arrières de la Préfecture au milieu de la rue des Hauts Pavés. Les pompiers font le tour du marché, en cherchant un éventuel départ de feu… et une porte ouverte. L’alarme incendie se trouve à l’intérieur, dans le bureau du placier. 2h30 à 3h du matin : les pompiers tentent sans succès de joindre un interlocuteur à la mairie. Tous les téléphones sont sur répondeur, ou sont des fixes. Un riverain appelle des élus, sans succès. Entre temps, les policiers partent.

3h10 du matin : un poissonnier arrive en bas du marché avec son camion. Le riverain l’attend, récupère les clés du marché, remonte par l’intérieur et ouvre aux pompiers. Puis tente d’appeler sans succès le numéro du marché de Talensac – pas actif avant 6 heures du matin. Tous tombent sur la serrure fermée du local du placier.

3h20 : les pompiers cassent la serrure du local du placier – fermé à clé, et dont les commerçants n’ont pas les clés – puis finissent par désactiver l’alarme incendie, dont heureusement le placard n’est pas fermé. Près de l’alarme, on ne trouve que le numéro de contact de l’accueil du SDIS – ouvert à partir de 9h00 du matin. Et heureusement une instruction comment l’arrêter. Il y a deux ans, elle s’est déclenchée de manière intempestive plusieurs fois en journée.

3h25 : les pompiers ne peuvent pas partir sans être relevés par une personne de la mairie. Un riverain commence par appeler le numéro de l’urgence bâti – le titulaire est en congés jusqu’au 27 mai, et renvoie sur son répondeur sur des numéros fixes. Très pratique en pleine nuit. Les placiers ne répondent pas plus. Le poissonnier qui voit ces efforts trouve que « ne pouvoir joindre personne de la Ville en pleine nuit, c’est quand même complètement dingue ».

3h30 : le riverain prend l’initiative d’aller jusqu’à la mairie à pied. Rue de l’Hôtel de Ville, il y a un peu de lumière dans le local des vigiles. Ils expliquent au riverain ébahi qu’ils sont seuls, « y a personne ici la nuit, et on n’a pas les numéros des astreintes. En plus on n’a pas le droit de partir, sinon la mairie serait abandonnée sans surveillance », et promettent de « tenter de réveiller quelqu’un ». Qui n’arrivera que bien plus tard, quand le marché se sera bien réveillé – et les riverains, rendormis tant bien que mal. Les pompiers finissent par partir peu avant 4h, de guerre lasse.

Estomaqué

Remis de ses émotions, le riverain a pris la peine d’appeler vers 16h30 le service des marchés. Une responsable lui a répondu qu’il n’avait qu’à « écrire pour proposer ses idées », et que « les pompiers n’avaient qu’à nous demander les clés du marché ». Quant à l’alarme, elle s’est à nouveau déclenchée vers 15 heures : « cinq boîtiers oxydés par l’humidité ont été remplacés – on pense qu’ils l’ont été à cause du nettoyage [à grande eau] du marché ».

Nous avons retrouvé ce riverain. « Je suis estomaqué par le fait qu’à Nantes, ville de plus de 300.000 habitants avec des dizaines de bâtiments municipaux, il n’y ait pas d’astreinte. Si je n’avais pas été là cette nuit, on aurait été bons pour une nuit d’insomnie jusqu’à que le placier arrive à six heures du matin ».

La réponse des services ne le satisfait guère : « C’est du domaine de ‘’c’est pas moi, c’est l’autre’’. Zut, ce n’est pas une école maternelle, ils gèrent une ville de 300.000 habitants ! Par ailleurs on m’a insinué que j’étais un opposant politique, que tout était bon pour taper sur Johanna Rolland. Le fait est qu’on peut installer un squat de migrants dans l’Hôtel de Ville en pleine nuit – que pourraient faire les deux vigiles ? Ou dans n’importe quel bâtiment municipal qui n’est pas gardé. Quant aux services municipaux, ils s’en apercevraient en arrivant au boulot à huit-neuf heures du matin. Le fait est qu’il y a plein d’intervenants, et personne n’est responsable , ça ne peut pas marcher, et que Johanna Rolland, en tant que maire, est responsable ce n’importe quoi intégral ».

Et de proposer une « solution de bon sens. 1° Donner les clés des bâtiments municipaux aux pompiers – en commençant par le marché couvert de Talensac – une porte et le local du placier. Les portes extérieures sont des grilles de fer, il faut sans cela les ouvrir à la disqueuse. 2° Prévoir une coupure extérieure de l’alarme en cas de faux départ, de façon à ce que les pompiers et les policiers puissent rapidement vaquer à d’autres urgences. 3° Former les pompiers au maniement de cette alarme – ils ne l’étaient visiblement pas et ont mis un moment à comprendre comment la couper – ce n’est vraiment pas évident. 4° Mettre en place une astreinte nocturne à la mairie, joignable H24, en donner les coordonnées aux policiers, pompiers, les afficher dans le local du placier de Talensac ».

Des propositions qui semblent frappées au coin du bon sens, mais que les services de la mairie de Nantes, confits dans leurs habitudes, ne semblent pas prêts à écouter. Jusqu’au jour où il y aura vraiment une grosse urgence ?

Louis Moulin

Crédit photo : DR
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