Débarquement du 6 juin 1944. Il y a soixante-quinze ans… (histoire orale)

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Nous assistons, paraît-il, au passage de « l’histoire orale » à l’Histoire avec un grand H. Les cérémonies de commémoration nous le rappellent. Et la présence de « vieux » jeunes hommes – les « héros » – plus encore. Ils sont comme des arbres de Noël, décorés de la tête aux pieds… Certains ont plus de cent ans ! Ainsi se termine le temps des « guides touristiques » (en parlant des témoignages) comme osa dire un jour le petit roi, en visite à Oradour, ce bourg gras où s’achevait la ligne de tram, fréquentée le samedi par les ravitailleurs de Limoges, et qui fut choisi pour le massacre. In memoriam…

D’DAY ou « débarquement » ? Et pourquoi pas, comme disent les Allemands : « l’invasion » ! Personnellement, j’ai une pensée affectueuse pour Gwenaël (Bolloré), qui partit un jour d’été de sa Bretagne natale pour « Londres ». C’était au milieu de la guerre, la Seconde, la grande. Il avait seize ans. Son frère aîné l’accompagnait sur la barque. Il fut obligé de cacher son âge (seize ans n’est pas avouable). Là-bas, en Cornouaille, il dit s’appeler « Bollinger » mais pour le champagne, il fallait attendre. Il entra au commando Kieffer – il y était infirmier. Il participa à l’action contre le « casino » après avoir sauté de la deuxième barge (la « 527 ») sur « Sword Beach»… Les adultes ne l’ont pas oublié – lui non plus.

La première fois que j’ai entendu le roulement de l’artillerie, c’était vers la fin du mois de juin. Un jour frisquet. Et puis, un après-midi, une colonne de charrettes stationna sur le chemin du cimetière. Des « Mongols » auxiliaires la conduisait. Nous avions subi les bombes sur les ponts et sur Angers. En plus, j’avais les oreillons. Ma mère m’avait blotti dans l’épaisseur d’un mur, contre une cheminée – quand tout s’écroule, « ça tient ». Il y avait eu des centaines de morts. Et nous préférions les Britanniques aux Américains… La preuve, les « double-queues» (les « Lightning » P-38) nous saluaient, battant des ailes, en rasant au-dessus des jardins. D’en bas, on les acclamait. C’était l’époque des cerises. Des « cœurs de pigeon » délicieuses, qu’on ne retrouve plus guère avec ces cochonneries (enfin pas toutes) qui nous viennent de l’Yonne. Les Américains y allaient à l’aveuglette, prompts à bouffer leur chewing-gum (« Oh ! Yeah ! »). Ils volaient très haut contrairement aux British.

Les canons ne se turent pas durant deux mois. Un moment, il y eut comme des grandes vacances, avec les nuits passées dans un souterrain où le lit était fait de rouches (je dormais comme un loir, les pieds dans la figure de ma petite sœur). Les seuls troubles furent l’irruption du curé de la paroisse voisine, la soutane pleine de terre, qui vint annoncer la fusillade par les derniers SS d’une dizaine de citoyens surpris dans leurs maisons… et un exode dans les lointains du Layon, avec, sur le chemin, ce sabot de cheval dont les mouches se régalaient de sang caillé. Cela sentait « comme dans les tranchées », nous précisa un « ancien héros de Quatorze ». La mitraille de l’aérien était passé par là. On avait vu une longue colonne de lourds blindés (des « Panzer IV »), dans le bourg, avec des pilotes de noir vêtus. Et puis le passage, discret en apparence, d’un monsieur bien mis en imperméable kaki… qui avait traversé la Loire pour venir aux informations. Pensez, une batterie était installée sur le haut du village. C’était un jour ensoleillé du mois d’août.

Quand, en septembre, nous revînmes d’exode, les maisons du bourg étaient éventrées. Les ardoises jonchaient la grand-rue et la voûte de l’église était béante. Cela dura des mois, à se serrer sur des bancs, les livres sur les genoux. Nous n’avons pas eu le service d’une « cellule psychologique »… Il a fallu nous requinquer tout seuls. N’empêche, on avait, tout ce temps, heureusement évité le miel « de sapin », noir, goudronneux, du tonton Alexis, qui était enfermé dans la « poche » de Saint-Nazaire… Ah ! là là !

MORASSE

Crédit photo : DR
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