Beaucoup de bruit, beaucoup d’agitation, beaucoup de fureur dans l’affaire du divorce d’avec la Confédération nationale du Crédit mutuel. En cas de succès, la marque Arkéa remplacerait celle du « Crédit mutuel ». La nouvelle entreprise serait vaguement coopérative, mais plus du tout mutualiste. Disparition des contraintes et des obligations fixées par la CNCM. Ce qui serait bien pratique pour le tandem Denis – Le Moal.

En affaires, comme en politique, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Cette erreur, Jean-Pierre Denis, président du groupe Arkéa (Crédit mutuel de Bretagne + Crédit mutuel du sud-ouest), et Ronan Le Moal, directeur général d’Arkéa, viennent de la commettre. S’étant mis dans la tête que divorcer d’avec la Confédération nationale du Crédit mutuel s’imposait, ils se sont lancés dans une campagne tous azimuts afin d’obtenir satisfaction.

L’affaire démarre sur les chapeaux de roues : 94,5% de l’ensemble des caisses locales d’Arkéa ont voté en faveur de l’indépendance. « Le score est sans appel, l’indépendance est actée. Le processus est engagé de façon irréversible et définitive », se réjouit Jean-Pierre Denis (Les Échos, jeudi 19 avril 2018).

Un vote bidon ?

Tout sociétaire lucide sait que ce vote est bidon. Car ce ne sont pas les sociétaires qui ont voté, mais les membres des conseils d’administration des caisses locales. Personnages falots le plus souvent, recrutés par le directeur de l’agence car jugés inoffensifs et surtout incapables de s’opposer aux desiderata  de la technostructure qui dirige le CMB – Arkéa. Quant au président de la caisse, en général, nous avons affaire à un brave type, considéré comme dévoué, qui ne fait pas le poids lorsqu’il s’agit d’aborder les grands dossiers. La légitimité de ce petit monde est nulle car, dans une caisse de 6 000 sociétaires, seuls deux cents participent à l’assemblée générale. Situation pratique pour le tandem Denis – Le Moal : pas de questions dérangeantes, pas d’opposition, pas de « Gilets jaunes » en vue. Dans ces conditions, au CMB, une assemblée générale n’est qu’une chambre d’enregistrement. La poignée de sociétaires présents votent ce qu’on leur dit de voter… Et comme ils ne demandent pas d’explications…

Toujours convaincu de pouvoir gagner la partie, Jean-Pierre Denis persiste et signe : « Le vote est intervenu à la mi-mars et le résultat est extrêmement clair : l’indépendance est décidée. Le processus est maintenant engagé, de façon irréversible. Rien de l’arrêtera. Le choix de l’indépendance étant fait, nous allons passer à une autre étape, technique, celle des conditions de la mise en œuvre de la séparation. » (Bretons, juin 2018). L’année suivante, le discours du président Denis ne change pas : « Le projet d’indépendance est très engagé et il se poursuit normalement. Nous ne réduisons pas la cadence mais nous voulons bien faire es choses. » (Ouest-France Bretagne, vendredi 1er mars 2019).

Des paroles pas suivies d’actes

Pour l’instant, ces paroles ne sont pas suivies d’actes. C’est ce que souligne Nicolas Théry, président de la Confédération nationale du Crédit mutuel. : « Je note toutefois que personne ne conteste plus que la responsabilité de la désaffiliation relève d’une décision de la Confédération, et qu’aucune demande ne lui a été adressée à ce jour » (Les Échos, 10 – 11 mai 2019). Deux mois plus tard, Marylise Lebranchu, ancien député de Morlaix et ancien ministre, devenue présidente de l’association Restons mutualistes, fait le point : « Il y a maintenant un an, les dirigeants du Crédit mutuel de Bretagne –Arkéa annonçaient l’indépendance comme inéluctable et immédiate, le projet solide et fiable. Un an plus tard c’est l’enlisement. Les autorités  prudentielles n’ont toujours pas donné leur avis. Les 3 000 ou 10 000 pages du prétendu projet Arkéa, si souvent citées, ne sont toujours pas visibles. La Confédération nationale n’a, à ce jour, reçu aucun dossier de demande de scission, pourtant seul moyen d’ouvrir le processus. On nous annonçait que l’indépendance serait proclamée en décembre 2018 puis cet été… Et pourtant, pas de projet public, toujours pas de débat contradictoire, toujours pas de vote. Ce n’est plus un projet, c’est l’Arlésienne… » (Les Échos, lundi 1er juillet 2019).

Avant de claironner le divorce, Denis et Le Moal n’avaient certainement pas prévu les exigences de la Confédération nationale de Crédit mutuel. Cette dernière prévoit en particulier une compensation financière afin d’être « indemnisée des conséquences induites par le projet ». Dans le cas d’Arkéa, elle a chiffré le préjudice à 1,7 milliards d’euros. Cette somme devrait lui servir à financer l’ouverture de 150 nouvelles caisses locales avec la marque Crédit mutuel qu’Arkéa ne pourra pas conserver, en Bretagne et dans le Sud-Ouest, en cas de sécession (Le Figaro Économie, mercredi 13 février 2019).

Bernard Morvan

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