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Si la solidarité bretonne avait existé, Michèle Kirry, préfet de Bretagne, n’aurait pas envoyé Daniel Cueff devant le tribunal administratif. Il suffisait que ses collègues maires fassent preuve de caractère.
La politique, c’est d’abord une histoire de rapport de force. Mais il faut également tenir compte de la capacité de nuisance des acteurs et du tam-tam médiatique. Voilà ce qu’on a oublié d’apprendre à l’ENA à Michèle Kirry, préfet de la région Bretagne.
Comme elle ne sait pas tout cela, elle peut donc jouer à la juriste à propos de l’arrêté anti-pesticides pris par Daniel Cueff, maire de Langouët. « Nous vivons dans un État de droit, écrit, codifié. Dans ce pays, le maire dispose d’un droit de police générale s’il n’y a pas de police spéciale. Les phytosanitaires relèvent en l’occurrence d’une police spéciale. Il faut donc signaler au maire qu’il outrepasse ses droits. Il a pris un acte illégal et ce n’est pas totalement anodin pour un élu », explique-t-elle (Le Télégramme, Bretagne, mercredi 4 septembre 2019). « Cet arrêté était un acte illégal. Et il n’y avait aucun doute sur la décision du tribunal administratif. Le maire de Langouët a voulu créer le buzz », poursuit-elle (Ouest-France, Bretagne, mercredi 4 septembre 2019).
Le droit et rien que le droit
Michèle Kirry demande donc le respect de la loi. Sa religion : le droit et rien que le droit. Manifestement, dans cette histoire, elle a eu beaucoup de chance. Comment aurait-elle réagi si une cinquantaine de maires bretons avaient signé un arrêté semblable à celui de Langouët ? Les aurait-elle tous envoyés devant le tribunal administratif ? Quelles explications auraient-elle fournées au ministre de l’Intérieur si un autre groupe de maires bretons avaient démissionné ? À coup sûr, elle n’aurait pas administré aux journalistes un cours de droit dans une conférence de presse.
La loi est bien mal respectée en Bretagne
Et puisque force reste à la loi, selon Mme Kirry, elle pourrait s’attaquer en priorité à la délinquance – à la vraie. Là, elle a du boulot. Un exemple récent : de violents affrontements entre bandes rivales éclatent à Brest, conséquence du trafic de drogue ; deux personnes sont blessées par balles.
Bien sûr, elle pourrait s’intéresser à des sujets plus légers où le risque de coup de feu n’existe pas. Ainsi, récemment, un homme pratiquait le nudisme sur le balcon d’un immeuble du quartier Henri Fréville, à Rennes. Plusieurs passants ont appelé la police. L’homme a fait l’objet d’un simple rappel à la loi (Ouest-France, Rennes, 24-25 août 2019). Pourtant il risquait un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende…
Comme on peut le constater, la loi est bien mal respectée en Bretagne en ce moment, alors que Mme Kirry devrait combattre – jour et nuit – la délinquance sur tous les fronts. Et sur le terrain, à la tête de ses troupes (Police et gendarmerie). Mais il est plus facile et plus reposant, depuis son bureau, de saisir le tribunal administratif à propos de Langouët.
Bertrand Redon
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