Personne n’a peut-être mieux analysé le déclin du christianisme en Europe que Nietzsche. Parmi ses thèses, la plus terre à terre et la plus pertinente dans le cas qui nous occupe est sans doute d’avoir relevé à quel point le décalage entre la théorie — les Évangiles — et la pratique — l’institution ecclésiastique — a sapé la crédibilité de l’Église. On me rétorquera qu’il n’y avait nul besoin de convoquer le marteau du philosophe allemand pour enfoncer cette porte ouverte. Ce divorce grotesque entre les sermons vertueux et le cynisme des clercs alimente la chronique depuis la naissance même de l’institution. Et le nouveau pape n’y échappe pas.
« La remigration n’est pas une réponse chrétienne »
La remigration est récemment passé de délire d’extrême droite à concept central du débat public. Désormais, chaque acteur politique ou institutionnel est sommé de se positionner. Même le pape s’est prêté à l’exercice : interrogé par des journalistes à Castel Gandolfo, il a tranché :
« La remigration ? Ça ne me semble pas être la réponse la plus chrétienne.
Nous ne connaissons pas toujours les raisons pour lesquelles ces personnes ont quitté leur pays. Donc, en disant simplement que nous les renvoyons, ce serait comme dire que nous nous lavons les mains du problème. Les gens doivent au contraire être traités avec respect ».
Une réponse qui a suscité la colère de nombreux partisans de la remigration, qui n’ont pas hésité à souligner la bonne vieille hypocrisie des prélats en rappelant que le Vatican vante une des politiques des plus répressives au monde en matière d’immigration :
- Si l’entrée non autorisée est commise par la force, par des menaces, par la violence ou par la tromperie, le contrevenant risque 1 à 4 ans d’emprisonnement.
- Ces peines peuvent être assorties d’une interdiction définitive ou temporaire d’entrer sur le territoire du Vatican pouvant aller jusqu’à 15 ans. En cas de violation de ce bannissement, une peine de 1 à 5 ans de prison s’applique automatiquement.
- Toute personne non résidente qui franchit les portes privées sans permis s’expose à une amende administrative immédiate de 10 000 à 25 000 euros ;
- Les personnes accédant au territoire avec un permis expiré ou ne respectant pas scrupuleusement les conditions d’accès encourent une amende de 2 000 à 5 000 euros
Face aux accusations d’hypocrisie – les papes demandant aux pays occidentaux d’ouvrir leurs frontières tout en gardant les siennes fermées -, l’argument principal de la doctrine sociale de l’Église est le suivant :
« Les nations plus prospères sont tenues d’accueillir, dans la mesure du possible, l’étranger en quête de sécurité et de moyens de subsistance qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. »
Les pays riches et vastes ont donc une obligation morale proportionnellement plus grande que le micro-État du Vatican. Comme c’est commode, hein ?
Et l’indécence ne s’arrête pas là. Devinez qui est le plus grand empire immobilier privé au monde ? L’Église catholique, avec plus de 70 millions d’hectares sous son contrôle.
Faire la charité avec le portefeuille des autres
À sa décharge
Dans les colonnes de La Verità, Francesco Borgonovo, est revenu sur la réponse du pape sur la remigration. Après avoir décrit avec quelle délectation les journaux de gauche l’ont reprise, comme à vouloir dire « le pape est avec nous !« , le journaliste se demande si, au regard de ses déclarations sur les migrations, ce n’est pas aller un peu vite en besogne. Il se demande si Léon XIV sait ce que signifie la remigration, s’il a jamais lu quelque proposition sur le sujet qui dépasse la caricature « remigration = déportation« . Il écrit :
« Les paroles que le Pape a utilisées lorsqu’il s’est adressé aux migrants potentiels sont saintes: « Ne mettez pas votre existence dans les mains de celui qui la vend. Ne croyez pas ceux qui promettent des paradis faciles, en échange de votre corps, d’argent, du silence ou de votre liberté. Ces fausses promesses sont des chants de sirènes, ce sont des industries de mort». La remigration repose sur l’idée qu’il existe un droit à rester chez soi et à y construire une vie digne. A ce propos, Léon avait des mots très clairs : « S’il existe le droit de chercher refuge quand la vie est menacée, il existe aussi le droit de ne pas avoir à migrer : le droit de rester chez soi sans la faim, sans la guerre, sans les persécutions, sans la violence, sans que la terre devienne inhabitable, sans que la corruption vole le pain aux pauvres, sans que les armes détruisent l’avenir des enfants ». La remigration est la défense de ce droit, qui doit valoir autant pour les Africains et les Asiatiques contraints de partir que pour les Européens qui voudraient vivre en sécurité et en paix sur leurs terres. C’est pour protéger ce droit que l’on propose d’expulser ceux qui commettent des délits, ceux qui violent, tuent, volent, menacent et sèment le désordre. »
Il ne reste plus qu’à espérer que le pape en question se documente… Car les conséquences des appels à l’accueil indiscriminé que suppose l’angélisme chrétien dévoyé sont toujours plus manifestes dans leurs aspects négatifs. Et il semblerait que nos contemporains, de Rome à Belfast, soient toujours moins enclins à les accepter.
Très Saint-Père, sachez que la remigration, qui prévoit le retour organisé des migrants au sein d’un processus progressif, légal et ordonné, est bien plus en ligne avec les valeurs chrétiennes que les inévitables conflits interethniques, l’esclavage contemporain et l’insécurité qui accompagne l’immigration de masse.
À bon entendeur.
Audrey D’Aguanno
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.