Venue du Canada, elle combat dans l’armée ukrainienne : « Le seul moyen de sauver les Ukrainiens, c’était de rejoindre le combat »

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Médic de combat et sergent dans le bataillon « Alcatraz » de la 93e brigade ukrainienne, la Canadienne April Huggett raconte au média la Voce del Patriota son basculement, de l’aide humanitaire à l’engagement armé. Un témoignage de terrain sur une guerre que l’Occident, selon elle, ne mesure pas.

Elle était venue pour dix-huit jours. Quatre ans plus tard, April Huggett est sergent et médic de combat dans le bataillon « Alcatraz » de la 93e brigade de l’armée ukrainienne. Dans un long entretien accordé au site italien proche de la droite identitaire européenne, cette volontaire canadienne retrace une trajectoire qui l’a menée de la distribution de colis humanitaires aux tranchées du Donbass.

D’une mission humanitaire à l’enracinement

À l’origine, un voyage d’aide humanitaire censé durer dix-huit jours. Une prolongation liée à des fonds non dépensés, puis une tempête de neige, et la voilà engagée dans des missions vers Bakhmout, Zaritchné et Koupiansk. C’est là, dit-elle, qu’elle saisit le poids symbolique de sa présence : malgré la barrière de la langue, un mot suffisait à faire naître l’espoir dans les regards — « Canada ». Elle comprend alors qu’elle n’est plus tout à fait elle-même sur ces zones de front, mais le signe que l’Occident n’a pas oublié.

De retour au Canada en février 2023, un sentiment la ronge : si elle ne revient pas aider un couple de personnes âgées d’un village reculé de Koupiansk, personne ne viendra. C’est, dit-elle, ce sens du devoir qui l’a retenue. Des villages entiers comptaient sur ses retours, et c’est la confiance bâtie au fil des visites qui finissait par convaincre les habitants d’évacuer.

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Siversk, le basculement

Le tournant porte un nom : Siversk. Elle y livre de l’eau aux civils à partir de janvier 2024 et y rencontre Sergueï, coordinateur de la ville, qui sillonne chaque jour les quartiers pour recenser les vivants, organiser les enterrements et orienter les évacuations. En avril 2024, des lance-roquettes multiples russes tuent Sergueï et trois autres civils. Elle apprend l’information sur Telegram — aucun nom, seulement des âges et des sexes — et comprend immédiatement.

La dernière mission que Sergueï lui avait confiée : évacuer trois chiens. Trois jours plus tard, elle retourne à Siversk, passe du côté de la ville sous le feu des drones FPV russes, et finit par retrouver les animaux. Parmi eux, le chien de Sergueï, qui attendait encore son maître. Elle l’a adopté ; Julie, dit-elle, est devenue son ancre. C’est après quatre mois consacrés aux évacuations — parfois trente à quarante animaux par jour, parfois toute la vie d’une personne chargée dans son van — qu’elle décide de s’engager dans l’armée. Sa conviction : tant que les Russes ne seront pas arrêtés, les colis et les évacuations dureront indéfiniment. Le Donbass, rappelle-t-elle, est sa terre, et sa population russophone est, selon ses mots, assassinée par les Russes.

Une guerre que l’Occident ne veut pas voir

Interrogée sur la perception occidentale du conflit, elle estime qu’il est impossible de comprendre ce qui se joue sans le voir de ses propres yeux, parce qu’il est si facile de détourner le regard. L’Occident, habitué au confort, ne veut pas être contraint de ressentir ces atrocités. D’où, selon elle, la responsabilité des médias et de toute personne disposant d’une audience en ligne : imposer ces récits dans le champ de vision du public.

April Huggett confie être arrivée en Ukraine convaincue qu’elle ne voulait pas aider l’armée. Le 26 décembre 2022, à Bakhmout, elle distribue pourtant des trousses de premiers secours à la 3e brigade mécanisée de la Garde nationale. Elle fonde une organisation caritative, tourne des vidéos, lève des centaines de milliers de dollars et fournit aux unités du front générateurs, drones, matériel médical et véhicules. Son choix de n’aider que des brigades ukrainiennes répond à une logique : les étrangers bénéficient déjà d’un large écho, alors que c’est la voix ukrainienne qui, elle, reste inaudible.

C’est ainsi qu’elle croise le futur commandant du bataillon « Alcatraz », Validol — une unité composée d’Ukrainiens qui purgeaient jusque-là des peines de prison. Après l’avoir épaulée tout l’été 2024, il lui propose un contrat. Elle hésite entre deux offres, s’en remet à un tirage au sort, et comprend, à sa déception quand la pièce désigne la Garde nationale, que sa place est dans la 93e brigade.

Logistique, dons et médecine de guerre

Aujourd’hui responsable logistique de son bataillon, elle gère un éventail de tâches considérable : réseaux sociaux, site internet, relations avec les volontaires étrangers, inventaire et distribution de l’aide, gestion d’un entrepôt financé par les dons. Elle dirige une organisation canadienne, « Planet of People », et une structure caritative ukrainienne du même nom qui lui permet, grâce aux documents officiels, d’accéder à davantage d’équipements. Le tout en exerçant comme médic. Chaque heure éveillée, résume-t-elle, est consacrée à une tâche ou une autre.

Sous la menace permanente des drones

Elle a répondu aux questions depuis son jardin de Kramatorsk, des FPV survolant sa position, seules les vignes la dissimulant. Elle décrit l’évolution de la guerre : des drones rares en 2023 à la généralisation, en 2024-2025, de systèmes anti-drones partout, jusqu’à des FPV déposés au cœur des villes avec leurs batteries pleines. Désormais, dit-elle, la défense tient à l’ouïe — et à la chance qu’un voisin dispose d’un fusil à pompe. Drones à fibre optique et flux vidéo échappent aux détecteurs.

Sa conclusion sur l’Occident est sévère : il n’est pas prêt. Elle ironise sur des drones américains à plus de 70 000 dollars employés pour détruire ce que des FPV à quelques milliers d’euros neutralisent, l’explosif étant la part la plus coûteuse. Tactiques dépassées, systèmes de communication inadaptés, entraînement inefficace : elle juge que ce sont les Ukrainiens qui dominent les exercices conjoints avec les alliés occidentaux, et déplore que les gouvernements n’aient pas mis ces quatre années à profit pour apprendre et investir dans la guerre de demain.

« Rentrez chez vous »

Sur la perspective d’une paix ou d’un cessez-le-feu, elle se montre catégorique. Les tentatives passées, dit-elle, n’ont jamais empêché les Russes de tuer des civils. Elle ne croit pas à une paix véritable avec la Russie, qu’elle décrit comme une machine de guerre impérialiste. À ses yeux, la seule issue passe par l’effondrement de l’économie russe via les sanctions et la fin de tout commerce, le jugement des responsables, et un changement qui ne pourra venir que de l’intérieur. Vivre là-bas, conclut-elle, ne laisse plus que de la colère, car une seule décision suffirait à arrêter la guerre : « Rentrez chez vous, la Russie. Rentrez. »

Crédit photo  : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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