Arrivés chacun au pouvoir dans la période trouble de l’après première guerre mondiale, Hitler et Staline ont de nombreux points communs. Cette nouvelle série BD rappelle qu’ils se sont d’abord alliés, avant de se combattre.
Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich par le président Hindenburg. La foule l’acclame sous les drapeaux. Il réfléchit avec Joseph Goebbels à la stratégie politique à appliquer face à Staline. De son côté, Staline réunit au Kremlin ses proches, les fidèles de la révolution : le fidèle Molotov, Nikita Krouchtchev et le cruel Lavrenti Beria. Outre la répression des koulaks en Ukraine, Staline évoque le nouveau chancelier allemand, pensant que, comme lui, il a pour ennemis les capitalistes américains, anglais et français. Molotov lui rappelle toutefois que dans Mein Kampf, Hitler annonce que « Le moment d’écraser la terreur communiste est pour bientôt ». Pourtant, en août 1939, est signé le Pacte germano-soviétique de non-agression, qui prévoit les sphères d’influence de chacun, notamment après l’attaque commune de la Pologne. En mai 1941, les Allemands sont reçus à Moscou. Mais le Pacte est rompu, le 22 juin 1941, lors de la vaste opération Barbarossa, l’invasion de l’URSS par les armées du IIIe Reich. Staline n’a pas écouté ses généraux qui lui avaient même suggéré une attaque préventive. Aveuglé, il pense même qu’Hitler n’est pas au courant de l’offensive…

Dans cette nouvelle série prévue en trois tomes, bien nommée Le Choc des tyrans, le premier retrace les relations entre Hitler et Staline, des années 1930 à 1941.
Le scénariste français Michaël Prazan avait commencé par réaliser un documentaire, Hitler-Staline, le choc des tyrans, avec la voix off de Philippe Torreton. Dans l’adaptation en bande dessinée, il montre que les deux dictateurs sont d’extraction modeste, se sentent victimes du mépris des élites, manipulent pour arriver au pouvoir, et s’y maintiennent en imposant le culte du chef et la terreur. Il rappelle qu’Hitler et Staline se vouent une haine idéologique féroce : le premier rêve d’un empire aryen purgé du poison bolchévique, le second espère une révolution mondiale socialiste guérie du fascisme. Pourtant, ils vont nouer une alliance de circonstance, le « pacte germano-soviétique ». Multipliant les allers-retours entre Berlin et Moscou, le scénariste rappelle au grand public des détails méconnus, comme du côté allemand, l’obsession raciale en tous domaines, et, du côté soviétique, les procès politiques, les famines planifiées, les déportations massives…. On reste surpris de découvrir que le chef d’État soviétique peut se révéler, face à Hitler, d’une grande naïveté.

Gabriel Andrade, né à Macao, est illustrateur, musicien et dessinateur de comics. Déjà remarqué pour ses albums Les enquêtes de Machiavel et Chef Joseph, par un style réaliste d’une grande précision, il reconstitue à merveille Berlin et Moscou durant les années 1930. Le dynamisme des planches accompagne une narration particulièrement fluide. Les portraits des protagonistes sont réussis.
La colorisation sombre de Sébastien Bouet, assisté de Fabien Blanchot, avec notamment une recherche sur les teintes ocre, illustre l’ambiance du récit.

Le Choc des tyrans, tome 1, 72 pages, 16,50 euros. Editions Glénat.

Kristol Séhec.