Catalogne : une société plus divisée que jamais

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Alors que les deux principaux partis de gauche préparent à Madrid un programme qui ne peut obtenir une majorité parlementaire qu’avec le soutien des indépendantistes catalans, la réalité politique de la région rebelle dévoile une société plus divisée que jamais où l’ambition indépendantiste ne progresse pas.

Le Centre d’Estudis d’Opinion (CEO), un service d’études d’opinion financé par la Généralité, vient de publier les résultats d’une enquête récurrente sur l’adhésion des Catalans à l’idée d’indépendance. Selon cette étude, 48,8 % des Catalans refusent la séparation avec le reste de l’Espagne quand 41,9 % y adhèrent. Le nombre des personnes favorables au projet indépendantiste a baissé de 6,6 % au cours des six derniers mois quand les partisans du régime actuel ont grimpé au contraire de 4,7%.

Quand on interroge les Catalans sur leurs préférences en matière d’organisation territoriale, ils sont 28 % à se sentir à l’aise dans le modèle actuel de région autonome, 21,6 % sont partisans d’un Etat au sein d’une Espagne fédérale et, enfin, 33,6% choisissent l’indépendance.

Les résultats de cette enquête régulière ne sont pas du goût des partis catalanistes, mais ce qui les contrarie vraiment ce sont les résultats des élections législatives en Catalogne. Une fois les statistiques dépouillées, les chiffres sont une douche froide incontestable pour les partisans de la séparation.

L’argument principal des catalanistes est qu’ils représentent le peuple de Catalogne, que la majorité des Catalans s’incarne dans leur projet politique. Les manifestations massives dans les villes de Catalogne, les scènes de violence dans les rues, les coupures des autoroutes et des voies de chemin de fer, témoignent d’une capacité de mobilisation qui a peu d’équivalents ailleurs en Europe et même dans le monde.

Mais est-ce suffisant ? Apparemment non.

Les partis constitutionnalistes, Parti socialiste de Catalogne (PSC), Parti populaire (PP), Ciudadanos (Cs), Comunes et Mas Pais (extrême gauche) et Vox, ont engrangé un peu moins d’un demi-million de voix de plus que les formations souverainistes de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), la droite catalane (JxCAT) et l’extrême gauche (CUP).

En pourcentage de voix, les indépendantistes sont encore loin de représenter la moitié de l’électorat catalan. Les partis qui défendent la constitution obtiennent 54,05% des voix et les indépendantistes 40,54%. Les 6% qui restent se répartissent entre des partis n’ayant pas obtenu de sièges, mais qu’il conviendrait plutôt de classer parmi les constitutionnalistes, ce qui amènerait leur total à près de 60%.

Les catalanistes peuvent se consoler en avançant l’argument que par rapport aux élections du mois d’avril, ils ont considérablement progressé, passant de 35 à 40 % des voix. En revanche, l’irruption de Vox à Barcelone est un avertissement sans frais que rien n’est joué. La formation ultra conservatrice, qui se veut le défenseur d’un patriotisme espagnol décomplexé, a arraché deux sièges dans la capitale de la généralité.

Comme le fait remarquer David Lopez Frias dans les colonnes du site libéral  El Español :

Si les souverainistes catalans persistent dans leur intention d’exiger du Parti socialiste espagnol des concessions impossibles à accorder pour le soutenir lors du vote d’investiture, Pedro Sanchez n’aura pas d’autre recours que demander le soutien de la droite du Parti populaire. Les souverainistes perdraient ainsi le seul soutien envisageable à Madrid et persisteraient dans leur politique du pire.

Est-ce le bon choix pour la Catalogne et les Catalans ? Il est permis d’en douter.

Balbino Katz

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