Élections municipales à Nantes : Où est Steve ?

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Mise en difficulté par ses adversaires sur le thème de la sécurité, Johanna Rolland, maire socialiste sortante de Nantes, se méfie sûrement du cas de Steve Maia Caniço. Cet homme de 24 ans, on s’en souvient, a disparu au cours de la dernière Fête de la Musique à Nantes. Cette nuit-là, le 22 juin 2019 vers 4 heures 30 du matin, une intervention policière sur le quai Wilson dégénère. Visés par des jets de pierres et de canettes, les policiers ripostent avec des grenades lacrymogènes. Sept « teufeurs » tombés à la Loire depuis le quai dépourvu de garde-corps sont repêchés par les sauveteurs postés sur le fleuve.

Dans la journée du 22, ses amis constatent la disparition de Steve. L’un d’eux l’a vu pour la dernière fois, endormi au bord du quai Wilson, vers 3 heures du matin. Dans un premier temps, tout le monde s’inquiète surtout du sort du jeune homme. Mais, dans l’entourage de Johanna Rolland, on voit vite le danger. Si Steve est tombé à la Loire, de multiples responsabilités pourraient être recherchées : celle de la police, mais aussi celle du propriétaire du sound-system installé sur le quai Wilson, celle des « teufeurs » non maîtres de leurs comportements, celle de l’ami qui a abandonné Steve dans une position dangereuse et, surtout, celle de la ville de Nantes, organisatrice de la Fête de la Musique et garante de la sécurité publique, qui a tacitement autorisé des installations sur un quai de Loire non protégé. (Au moins cinq autres personnes ont fait des plongeons à d’autres moments de la nuit.)

Amener le public à regarder ailleurs que vers la mairie

La gauche nantaise cherche donc à éloigner le danger de Johanna Rolland en concentrant ses tirs sur la police. À partir du 8 juillet, soit une quinzaine de jours après la disparition, une campagne d’affichage et de manifestations est organisée sur le thème « Où est Steve ? ». La question est évidemment idiote si Steve a disparu en Loire, mais elle sous-entend que quelqu’un « sait ». Qui ? La police, bien sûr, ouvertement accusée d’avoir tué Steve.

Le 29 juillet 2019, le corps de Steve Maia Caniço est retrouvé, en amont du lieu supposé de sa disparition et dans un autre bras de la Loire. Une instruction judiciaire est ouverte. Elle n’aboutira sûrement pas avant quelques mois. À ce jour, aucun élément nouveau n’a été rendu public par les magistrats rennais (qui ont repris le dossier à la demande des juges nantais). On s’interroge donc sur les motivations d’Ouest France, qui vient de publier un article rapprochant le cas de Steve Maia Caniço de celui d’Aboubacar Fofana.

Les deux cas n’ont rien à voir. À ce jour, personne ne sait exactement dans quelles conditions Steve Maia Caniço est mort. Aboubacar Fofana, lui, a été tué d’un coup de feu (accidentel, affirme son auteur) lors d’une interpellation. Ce qui n’empêche pas Ouest France d’écrire : « deux jeunes hommes sont morts en moins d’un an, à Nantes (Loire-Atlantique), lors d’interventions policières violentes ». Au passage, « en moins d’un an » laisse supposer qu’il s’agit de faits d’actualité ; en réalité, la mort d’Aboubacar Fofana remonte au 3 juillet 2018.

La mort de Steve instrumentalisée au profit de Johanna Rolland ?

Telle que la cite Ouest-France, Me Cécile de Oliveira, l’avocate de la famille de Steve Maia Caniço déclare : « C’est seulement au bout du bout de la pression publique, symbolisée par les amis de Steve, quand ce n’était plus tenable médiatiquement et socialement, que le procureur a ouvert une information judiciaire pour recherche des causes de la disparition. » Cette présentation de la chronologie judiciaire est hautement fantaisiste. Voire délibérément faussée.

Les amis de Steve commencent à s’alarmer de son absence dans la journée du samedi 22 juin. La police ouvre une enquête pour disparition inquiétante et lance un appel à témoins le lundi 24 juin. Le parquet de Rennes ouvre une information judiciaire le jeudi 27 juin, soit bien avant que la « pression publique » ne s’exprime. Une chronologie parfaitement normale, donc, malgré le sentiment que cherche à donner l’avocate.

« Il a fallu attendre la découverte du corps pour que cela soit qualifié d’homicide involontaire, et non pas violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », ajoute-t-elle. Une bourde involontaire, elle aussi ? Car bien entendu « il a fallu attendre » la découverte du corps – et même, en réalité, l’autopsie qui l’a identifié – pour avoir la certitude que Steve était mort. Alors, l’instruction a pu être ouverte : elle l’a été dès le lendemain, le 30 juillet 2019.

Cette présentation biaisée et ce rapprochement artificiel entre deux affaires sans rapport l’une avec l’autre évoquent fortement un rideau de fumée destinée à brouiller les pistes. L’été dernier, Me de Oliveira avait déjà qualifié la mort de Steve d’« affaire d’État », tendant à faire oublier qu’elle est surtout une affaire municipale ; avocate de la famille de Steve, elle tient des propos qui servent plutôt Johanna Rolland. Ce qui rappelle qu’elle figurait sur la liste de celle-ci pour les élections municipales à Nantes en 2014.

E.F.

Illustration : Cliché Breizh info
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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