Il y a vingt ans, en 1999, finissait la Guerre du Kosovo. Scénarisée par Nikola Mirković, la bande dessinée Bienvenue au Kosovo, titre empreint d’ironie, décrit les tensions entre les communautés serbes et albanaises, entre chrétiens orthodoxes et musulmans. Une fois n’est pas coutume, une bande dessinée défend la cause serbe.

Mars 2004. Après avoir passé près de vingt ans en Italie, rongé par les remords et par sa lâcheté, Dimitri revient dans son pays natal, l’ex-Yougoslavie. Il se rend dans la ville de Kosovska Mitrovica, en province du Kosovo, pour les funérailles de son père. Au cours de son voyage en train, il rencontre Milan, un vieux Serbe désabusé et truculent. Bien qu’originaire de Sarajevo, ce dernier a servi dans l’armée bosniaque à majorité musulmane. Il lui raconte sa version de la guerre yougoslave. Une amitié se noue entre eux. Dimitri se souvient de son enfance, comme des moments passés avec son meilleur ami, Kledi, un jeune Albanais. Lorsqu’il parvient au cimetière serbe de Mitrovica, il assiste à un pogrom anti-Serbes mené par des milliers d’Albanais, malgré la présence des forces de paix de la KFOR. Dimitri est ainsi plongé dans les émeutes de 2004 au Kosovo…

Dans la bande dessinée Bienvenue au Kosovo, les scénaristes Nikola Mirkovic et Simona Mogavino portent un regard cinglant sur le conflit au Kosovo. Ils expliquent que seul un Etat fort, à leurs yeux la Serbie, pouvait maintenir cette mosaïque religieuse et ethnique. Mais le 17 mars 2004, les Albanais martyrisent les Serbes orthodoxes du Kosovo. C’est à la suite de ces deux jours de massacre et de destruction d’églises que fut créée l’association Solidarité Kosovo. Pourtant, les scénaristes ne pointent pas du doigt la communauté musulmane. Mais ils soulignent que seule une Yougoslavie unie aurait permis d’éviter les conflits ethniques et révèlent la responsabilité des Etats-Unis.

Nikola Mirkovic, franco-serbe, a cofondé l’association Solidarité Kosovo pour venir en aide aux Serbes du Kosovo. Il est l’auteur du livre « Le martyre du Kosovo » (éditions Jean Picollec), dans lequel il dévoile que sur un territoire qui lui appartient historiquement, une minorité chrétienne est victime d’une véritable épuration ethnique.

Pourtant spécialiste de la matière, la scénariste Simona Mogavino (Aliénor, Catherine de Médicis…) a bâti un scénario un brin complexe. Les mélanges des flash-backs de Milan et de Dimitri peuvent désorienter un lecteur peu attentif. On regrette que Dimitri manque de charisme, ce qui nuit parfois au récit.

La couverture de cette bande dessinée attire le regard : un homme armé d’une kalachnikov tient un enfant dans les bras, avec en toile de fond une parodie du logo Coca Cola. Par son dessin réaliste, Giuseppe Quattrocchi parvient à reconstituer l’ex-Yougoslavie de l’époque. La colorisation terne de José-Luis Rio et Salvatore Bevacqua convient au ton dramatique du récit.

Au final, on retient surtout le message. A la dernière page de cette bande dessinée, le narrateur s’exprime ainsi : « je suis Serbe et fier de l’être. Je me battrai pour ma patrie et ma foi chrétienne jusqu’à la mort ».

Kristol Séhec

Bienvenue au Kosovo, 58 pages, 14,90 euros. Éditions du Rocher.

Illustrations : DR
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