Les Irlandais ne sont pas la seule tribu liée aux Celtes à s’être installés massivement aux États-Unis ; on y retrouve aussi massivement des membres d’une autre nation celte : la Cornouailles.

Le petit comté de Cornouailles, en Angleterre, s’est depuis de nombreuses années identifié comme un groupe minoritaire au Royaume-Uni, avec des arguments en faveur de l’autonomie et des efforts continus pour la renaissance de leur langue cornique. Des années auparavant, cependant, au plus fort des vagues d’immigration vers les États-Unis, les Corniques ont fait partie de ceux qui se sont déplacés, parfois en raison de persécutions religieuses, en même temps les Irlandais.

La Cornouailles est le comté le plus au sud-ouest de la Grande-Bretagne. Elle est presque totalement isolée du reste de l’île en raison d’une rivière qui traverse les terres à peu près d’une mer à l’autre. On pense que ceux qui y vivent sont des descendants des tribus britanniques, souvent appelées les Celtes, qui résidaient en Angleterre avant l’invasion saxonne. Ils ont été chassés vers l’ouest et ont pris possession du comté de Cornouailles, avant d’être finalement soumis par les envahisseurs en 838 après JC.

Dès l’Antiquité, la péninsule qui s’allonge au sud-ouest de l’Angleterre actuelle était appelée Cornuallia ou Cornugallia, c’est-à-dire le pays celte de Corn (Kernow en langue cornique et Cornwall en anglais). A cause de la forme de ce territoire, certains chercheurs ont supposé que le mot Corn voulait dire… corne. En fait, il désigne l’Ouest dans les langues celtes. Au moment des grandes invasions anglo-saxonnes (Ve-VIIe siècles), beaucoup de Corniques se sont réfugiés dans le sud de l’Armorique (la Bretagne actuelle). La péninsule du Finistère sud ayant une forme grossièrement comparable à leur terre d’origine, ils l’ont également appelée Cornuallia, devenue Kernev en breton et Cornouaille en français. La capitale de ce territoire est Quimper. Les deux Cornouailles portent bien le même nom.

Bien qu’ils ne soient plus techniquement qu’un autre comté d’Angleterre depuis, les Corniques ont toujours été une race à part, parlant leur propre langue, qui est fortement liée au gallois, utilisant leurs propres signalétiques, ayant un style vestimentaire particulier, mais aussi des pratiques agricoles, des jeux et coutumes très différents.

De nombreux écrivains tout au long des XVIe et XVIIe siècles ont fait référence à la Cornouailles comme étant une province distincte de la Grande-Bretagne, au même titre que l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Écosse.Cette idée s’est toutefois estompée au fur et à mesure que la population cornique s’est lentement intégrée à la culture anglaise et a abandonné sa langue pour l’anglais, considéré comme plus « raffiné ».

En 1700, il ne restait plus que 5 000 locuteurs du cornique et la prétention de la Cornouailles à être une entité distincte avait été pratiquement oubliée en dehors du comté lui-même. Il en a été ainsi jusqu’à ce que la bataille de l’Irlande pour l’autonomie se traduise par une résurgence d’un sentiment ethnique et culturel fort en Cornouailles, et l’émergence de Corniques qui ont recommencé à se battre pour s’identifier comme un État distinct des Anglais.

La bataille pour la reconnaissance de l’autonomie cornique a progressé lentement, mais régulièrement au cours du XXe siècle. Lors du recensement de 2001, 34 000 personnes vivant en Cornouailles et 3 500 personnes dans le reste du Royaume-Uni se sont décrites comme étant de l’ethnie cornique cornique sous l’étiquette « Other« .

Ce n’est qu’en 2014 que le gouvernement britannique a officiellement reconnu les Corniques comme une minorité nationale au titre de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales du Conseil de l’Europe, leur accordant le même statut que les Gallois, les Écossais et les Irlandais au Royaume-Uni.

En termes d’émigration vers les États-Unis, on estime qu’il y a actuellement 2 millions de personnes d’origine cornique aux États-Unis, soit quatre fois la population actuelle du comté. Mineurs de métier, les Corniques ont commencé à se déplacer vers les États-Unis lors du déclin de l’industrie minière en Grande-Bretagne au 18e siècle. On estime qu’un cinquième de la population masculine totale des Corniques a émigré chaque décennie entre les années 1860 et 1900. La Cornouailles s’est ainsi dépeuplée de 250 000 habitants.

Aujourd’hui, l’influence de l’immigration cornique aux USA n’est peut être pas aussi perceptible que celle de l’immigration irlandaise, célébrée et très populaire, mais elle commence à être popularisée néanmoins, et cela grâce notamment à quelques célébrités, culturelles, médiatiques ou politiques.

Ainsi, parmi les Corniques célèbres aux USA, Mark Twain, père de Tom Sawyer, mais aussi Truman, ancien Président, Roosevelt, Elizabeth Arden ou encore..l’acteur Michael J. Fox (Retour vers le Futur).

Prochainement, nous vous proposerons un reportage afin de découvrir cette nation celte, dans le prolongement de ceux réalisés en Irlande, en Ecosse, ou encore au Pays de Galles.

Source étrangère : Irish central

Crédit photo : DR
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