À Rennes, il n’y a pas que les quartiers de Villejean, de Cleunay, du Blosne, de la Bellangerais à faire parler d’eux. Maurepas s’illustre également… Mais la « reconquête républicaine » va faire le ménage !

Vers une « reconquête républicaine »?

Les habitants du quartier de Maurepas, à Rennes ont de la chance ; ils habitent dans un « point chaud », donc le ministère de l’Intérieur y lance une opération de « reconquête républicaine » (sic). Concrètement, cela s’est traduit par un renfort de quinze policiers nationaux. Objectif de cette police de sécurité au quotidien : reconquérir le terrain, éradiquer la violence et la vente de drogue.

La situation est classique. Un couple y dépeint l’ambiance : « Ça fait trois ans qu’on est là. Ce n’est pas la vie rêvée. Des gamins dealent dans la rue devant tout le monde. Ils n’ont aucun respect. Ils insultent la police, rien ne se passe. »Une maman complète : « J’étais au 14ème étage, maintenant j’habite au 4ème. J’en avais marre, car les dealers bloquaient tout le temps les escaliers. Ils ne sont pas agressifs, ils nous ouvrent même les portes parfois. Mais l’odeur de la drogue dans les couloirs me gêne. Le trafic passe d’une tour à l’autre en fonction des descentes de flics. » (Ouest-France, Rennes, lundi 16 septembre 2019). Alors le préfet, Michèle Kirry, vient sur place afin de se faire son opinion. Un commerçant ne tourne pas autour du pot : «  C’est le bordel ». L’opticien est plus bavard : « Il faut revenir cet après-midi, après 16h, ils sont tous là… Les gens ne viennent plus. Et encore, des clients me disent : vous avez de la chance, vous ne dormez pas ici ! ». Les pharmaciennes précisent : « C’est de plus en plus difficile. Il y a souvent des attroupements sur le parking, du deal. Les gens ne se sentent pas en sécurité. Certains ont peur de venir ici. Et la police nous dit parfois qu’elle ne peut pas intervenir. » (Ouest-France, Rennes, mercredi 9 octobre 2019).

L’ennui visible de Mme Appéré

Martial, le préfet assure : « Je vous assure que c’est un quartier qui nous préoccupe collectivement. On ne va pas le lâcher ». Le maire, Nathalie Appéré (PS), qui l’accompagne, y va également de son petit couplet : « La sécurité est la première des libertés. Aucun espace ne doit être confisqué dans cette ville. Il est hors de question de laisser quelques dealers pourrir le quotidien des habitants. » (Ouest-France, Rennes, mercredi 9 octobre 2019). Paroles verbales car les questions de sécurité ne l’ont jamais beaucoup préoccupée. Une photo valant souvent mieux qu’un long discours, un cliché pris à l’intérieur de la pharmacie nous apporte la preuve de l’ennui profond que ressent Mme Appéré en déambulant dans Maurepas avec le préfet. Une véritable punition pour elle. Elle fait la gueule, se demandant « Qu’est-ce que je fais là ? ». Effectivement, être contrainte d’entendre les plaintes de commerçants qui n’appartiennent pas à son électorat, c’est du temps perdu. Quant aux immigrés aperçus dans la rue, ils ignorent l’existence des urnes. Et pour couronner le tout, les Bretons qui font leurs courses, soit ils s’abstiennent, soit ils votent pour le Rassemblement national ! Bref, elle n’est pas prête à retourner à Maurepas. Elle préfère se tenir bien au chaud au sein de sa clientèle bobo : jursite, sociologue urbaniste, formatrice dans l’enseignement supérieur, analyse financier, professeur des universités, sénatrice… (Voir la composition de sa liste, Ouest-France, Rennes 29 févier – 1er mars 2020 ; c’est sociologiquement caricatural). Question : un seul des 61 membres de sa liste habite-t-il Maurepas ?

L’insécurité, première préoccupation des Français

À l’occasion de ces élections municipales, on a découvert l’importance de la sécurité. Et les Français attendent beaucoup de leur maire en ce domaine puisqu’ils sont 61 % à estimer que les maires n’ont pas suffisamment de pouvoir en terme de lutte contre l’insécurité et de répression. (Enquête Odoxa, Le Figaro, vendredi 31 janvier 2020). «  Cette attente est encore plus forte dans les grandes villes (plus de100 000 habitants) comme Brest, où cette problématique est citée par 53% des sondés » (Le Télégramme, vendredi 14 février 2020). Cette préoccupation devance celle de l’environnement.

Qu’importe les viols, qu’importe les vols avec violence, qu’importe le trafic de drogue organisé à deux cent mètres de l’hôtel de ville, qu’importe les fusillades à Villejean, à la Bellangerais, à Cleunay… tout cela laisse Nathalie Appéré imperturbable. Pour elle, l’essentiel est ailleurs : «  La campagne est apaisée » (Médiapart, 22 février 2020).

Bernard Morvan

Crédit photo : L/Wikimedia (cc)
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