Le Venezuela, sous le coup de sanctions américaines, a annoncé vendre son pétrole à 5 dollars le baril. Un dumping d’État qui est aussi lié à la basse qualité du pétrole lourd local, Merey, frappé aussi des sanctions des USA. Par ailleurs, les réservoirs pétroliers du Venezuela sont pleins.

La compagnie d’état Petroleos de Venezuela S.A (PDVSA) continue à limiter sa production et a baissé sa production à 865 000 barils par jour en février et serait tombée fin mars sous les 500 000 barils par jour, contre 3,2 millions de barils par jour en 2008. Les raffineries du pays, elles, ne fonctionnent qu’à 10 % de leurs capacités du fait de pannes incessantes et de problèmes de livraison de pièces détachées – les problèmes lourds qui affectent l’économie dirigée vénézuélienne (le PIB s’est contracté de deux tiers en six ans) se traduisent aussi sur sa seule industrie, celle qui est liée au pétrole. PDVSA serait aussi gangrenée par une « corruption » généralisée.

Déjà en défaut partiel sur sa dette souveraine, le Venezuela paie ses créanciers en pétrole – comme la Chine à laquelle le Venezuela s’est engagé en septembre 2018 à fournir un million de barils par jour d’ici août 2019. On en est loin. Le pétrole représente 96 % du PIB du Venezuela, et la dette du Venezuela par rapport à la Chine dépasse les 20 milliards de dollars, pour 62 milliards de dollars de prêts en dix ans, principalement contre du pétrole. L’Inde est aussi un gros acheteur, pour 43 % de la production contre 22 % il y a deux ans, mais les compagnies indiennes se tournent vers d’autres fournisseurs pour ne pas être frappées par les sanctions américaines.

Il est probable que du fait d’une production en chute libre et de cours pétroliers très bas, le Venezuela se retrouve en défaut de paiement vis-à-vis de la Chine, car plus le cours baisse et plus il faut fournir de barils. D’autant que le nouveau bolivar – qui remplace l’ancien, victime de l’hyperinflation – est adossé au petro, une cryptomonnaie appuyée… sur le cours du pétrole. En 2020, le FMI prévoyait encore une chute du PIB de 10 %, équivalente à 2019, mais le krach du pétrole pourrait porter cette contraction du PIB à 14 ou 15 %.

Rosneft quitte le Venezuela et laisse la place… au gouvernement russe

L’entreprise russe Rosneft, basée au Venezuela depuis 2010, a décidé de jeter l’éponge pour tenter d’échapper aux sanctions américaines. Rosneft, qui appartient pour 50,01 % au gouvernement russe (Rosneftegaz), 19,75 % à BP, 18,93 % au fond quatari QH Oil, avait des parts dans cinq co-entreprises avec PDVSA, un projet de développement des gisements de Patao, Mekhiliones et Rio Karibe avec des réserves estimées à 180 milliards de mètres cubes de pétrole et des parts dans des entreprises de distribution, sans oublier une avance de 800 millions de dollars (hors intérêts) contractée par PDVSA.

L’acheteur n’est autre… qu’une société contrôlée à 100 % par le gouvernement russe ; en guise de paiement, Rosneft aura 9,6 % de ses propres actions, actuellement valorisées à 3,9 milliards de dollars. Selon le blogueur russe spécialisé en géopolitique Colonel Cassad, « il est évident que la Russie va continuer à soutenir les chavistes au Venezuela et ne va pas s’en aller. La nouvelle filiale du gouvernement russe qui sera montée au Venezuela se fichera des sanctions américaines, comme la banque “Russie” s’en fiche pour opérer en Crimée. Par ailleurs, Rosneft avait en son temps accordé un crédit au Venezuela lors des jours les plus sombres de la crise économique. Une grande partie de ce crédit a été remboursée, mais il y a encore une partie qui n’a pas été remboursée : le sera-t-elle enfin ou sera-t-elle transmise à la nouvelle entreprise avec les actifs achetés ? ».

L’Arabie saoudite pratique elle aussi le dumping d’État, sous le feu des Houthis

L’Arabie saoudite pratique elle aussi le dumping d’État – elle propose son pétrole Arab Light à 25 $ le baril. Mais même à ce prix-là, les acheteurs d’UE, des USA et de l’Inde qui sont en train d’entrer en confinement et de mettre leur économie entre parenthèses n’en veulent pas. Cependant, l’Arabie saoudite continue de vouloir augmenter les volumes mis sur les marchés : actuellement, elle produit 10 millions de barils de pétrole par jour, et veut arriver jusqu’à 13 millions de barils par jour en mai 2020. D’autres membres de l’OPEP ont aussi annoncé vouloir augmenter leur production, notamment l’irakienne State Oil Marketing Organisation et l’émiratie ADNOC.

L’Arabie saoudite a cependant un talon d’Achille : ses sites de production et de raffinement sont sous la menace des rebelles Houthis au Yémen, qui font face à une ingérence saoudite et ont été dotés par l’Iran de missiles de moyenne portée. Le 14 septembre 2019, ils ont opéré avec 18 drones et 7 missiles de croisière deux attaques sur des installations pétrolières de Saudi Aramco à Abqaïq et Khuraïs, dans l’est de l’Arabie saoudite. Ces frappes à 4 heures du matin ont provoqué la fermeture des deux sites et la réduction de la production pétrolière saoudienne de 60 % pendant deux semaines, soit 5 % de la production mondiale du pétrole d’alors.

Et si les Houthis ont eu le temps de se faire oublier depuis quelques semaines, ils viennent de tirer, dans la nuit du 28 au 29 mars, au moins trois missiles sur la capitale Riyad – deux ont été annoncés abattus par les autorités, tandis que des témoins auraient entendu trois explosions au nord de la capitale et une à Jizan.

Le Mexique parmi les perdants de la guerre du pétrole

Autre pays placé parmi les perdants de la guerre du pétrole, le Mexique – qui fait l’objet d’un post intéressant du blogueur industriel russe Zavodfoto sur Yandex Zen ce 28 mars. Le pays a des réserves estimées à 6,46 millards de barils. Cependant le pétrole local est tombé à 13 $ le baril ce 27 mars, ce qui est quasiment le coût de revient de son extraction.

L’extraction de pétrole a commencé au Mexique dans l’Ebano en 1904, a atteint son pic dans les années 1920 (26,5 millions de tonnes, à l’époque n°2 mondial) avant de baisser doucement. Après la Seconde Guerre mondiale, le pétrole mexicain couvrait essentiellement la consommation intérieure.

Au début des années 1980, le Mexique avait les cinquièmes réserves mondiales et le 4ème rang pour les quantités de pétrole extraites en moyenne chaque jour. Après le défaut sur les dettes souveraines du Mexique, les revenus des pétroliers ont été confisqués pour établir le budget, tandis que les dépenses pour l’extraction et les recherches de nouveaux gisements ont été substantiellement réduites.

À ce jour, il y a 300 gisements de pétrole et 200 de gaz naturel sur le territoire du Mexique ; ils sont pour l’essentiel de petites taille. Deux gisements de pétroles ont des réserves qui dépassent 500 millions de T (Bermudes et Cantarel), et 12 autres ont des réserves connues de plus de 100 millions de T de pétrole et 100 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Le dernier pic d’extraction date de 2004, avec 3,4 millions de barils de pétrole extraits chaque jour – cette quantité est tombée à ce jour à 1,8 millions de barils.

Les réserves de pétrole mexicaines devraient s’épuiser dans une dizaine d’années, et les capacités de raffinement sont réduites – le pays n’a que six raffineries et reçoit 60 % de son essence des États-Unis voisins. Cependant, le 6 décembre dernier, la compagnie Pemex a annoncé la découverte d’un gisement d’un demi-milliards de barils équivalent pétrole à Quesqui, sur 34 km² dans l’état de Tabasco. Pemex a annoncé espérer lancer en 2020 l’exploitation de ce gisement, avec une production de 69 000 barils par jour de pétrole et de 300 millions de pieds cubiques de gaz naturel ; les objectifs pour 2021 seraient de 110 000 barils par jour de pétrole et 410 millions de pieds cubiques de gaz naturel.

La principale compagnie d’extraction est la compagnie d’État Pemex, créée en 1938 à partir de compagnies privées nationalisées et fusionnées ; sa production a chuté de moitié depuis 2004 (de 3,4 à 1,6 millions de barils par jour) et elle est plombée par une dette de 100 milliards de dollars. Malgré un apport de 10 milliards de dollars de la part du gouvernement depuis décembre 2018, elle continue à perdre de l’argent – 18,3 milliards de dollars en 2019, a annoncé l’entreprise fin février 2020, soit +92 % en un an, à mettre sur le compte d’une baisse des recettes de vente du pétrole brut et des charges fiscales. Ses ventes ont en effet reculé de 16 % en un an, sa dette de 4,8 % mais s’établissait fin 2019 à 105,2 milliards de dollars.

Le principal problème de Pemex, c’est que le coût de revient moyen du pétrole extrait sur ses gisements est de 14,2 $ le baril, même si sur certains gisements, dont Teekit, Iksachi et Mulatch ce coût de revient ne s’établit qu’à 4,8 $ le baril. L’autre grande industrie du Mexique – la production et le transit de drogues (coke, marijuana, opium) vers les États-Unis se porte en revanche à merveille.

L’industrie et la balance commerciale de l’Inde parmi les gagnants de la guerre du pétrole

L’Inde fait en revanche partie des gagnants de la guerre du pétrole : elle importe 80 % de ses ressources énergétiques, ce qui représentait 95,6 milliards de $ en 2019 pour l’importation du pétrole. Or le pétrole pas cher permet de stimuler l’industrie – si le pétrole était resté au-dessus de 50 $ le baril, il représenterait 21 % des importations de l’Inde en 2020. À chaque hausse des prix de 10 $ au baril, le budget de l’Inde perd 15 milliards de dollars.

L’Inde a depuis 1889 une production locale de pétrole, notamment dans l’Assam ; une vingtaine de compagnies sont actives sur le marché, dont la principale est Oil and Natural Gas Corporation Limited (ONGC), créée par l’État le 14 août 1956 ; elle produit 77 % du pétrole brut et 81 % du gaz naturel de l’Inde.

L.B. Greffe

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