Hervé Van Laethem, auteur d’un livre sur les nationalistes en Belgique : « L’immigration est bien plus mal perçue en Flandre qu’en Wallonie » [Interview]

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On dit souvent en France que nos amis Belges, en particulier les francophones, aiment imiter ce qui se passe de l’autre côté de la frontière. C’est une appréciation un peu rapide des choses.

Dans cette nouvelle livraison des Cahier d’Histoire du nationalisme, Hervé Van Laethem, fin connaisseur du sujet et animateur du mouvement belge Nation, revient sur l’histoire des nationalistes d’outre Quiévrain.

Il s’agit de la première étude menée sur les nationalistes en Wallonie.

Pour en discuter, nous avons interrogé Hervé Van Laethem.

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Breizh-info.com : Pouvez-vous tout d’abord vous présenter à nos lecteurs ?

Hervé Van Laethem : J’ai 55 ans, je suis ce qu’on appelle un flamand francisé (dont la famille a été culturellement francisée). Mais j’ai dû garder quelque chose de flamand en moi puisque, outre le fait que je parle cette langue, j’ai toujours eu globalement de bons contacts avec les nationalistes flamands dont je comprends les raisons profondes de la démarche même si je ne la partage plus tout à fait.

Je suis militant de la mouvance nationaliste depuis 1982. Ce qui fait donc une longue et tumultueuse mais aussi fort riche « carrière » activiste. 

Je suis enfin un des fondateurs du Mouvement NATION en 1999 et dont je suis le président depuis 2016.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amené à écrire sur le mouvement nationaliste en Wallonie ?

Hervé Van Laethem : Une des faiblesses de ce mouvement est son absence de «mémoire ». Et cela fait que les mêmes genres d’erreurs se reproduisent à intervalles réguliers. Cet ouvrage a donc comme but de palier un peu à cela. 

Ensuite, j’ai aussi voulu ainsi rappeler cette histoire peu ou mal connue et au travers d’elle, rendre hommage à tous ces militants de l’ombre qui, pendant des décennies, ont mené un combat tout aussi âpre et difficile qu’ailleurs. Et ceci, à une époque où il était inconcevable d’espérer un salaire en politique, du moins dans notre camp. A une époque où la qualité d’un militant se jugeait sur son engagement sur le terrain, par rapport à ce qu’il tractait ou collait ou par rapport à son courage physique, et non pas sur ses qualités d’aller faire le bellâtre sur les réseaux sociaux…

Breizh-info.com : Quelles ont été ses grandes heures ? 

Hervé Van Laethem : Selon moi, il y a trois époques et trois organisations particulièrement marquantes.

Jeune Europe, certainement dans son époque 1962-1964. Par la taille de l’organisation, par son professionnalisme, par son activisme et par la qualité de son école de cadres qui fera qu’à la disparition de Jeune Europe, nombre de ses anciens cadres utilisèrent la formation reçue pour lancer d’autres structures. C’est dans une de celle-ci que j’ai débuté…On peut donc dire que le flambeau Jeune Europe a été transmis jusqu’à nos jours et le sera encore plus tard, je l’espère.

Le Front de la Jeunesse (version belge) qui fut une démarche très dynamique et prometteuse dans les années 70. Même si à mon sens trop liée avec les forces régimistes de droite. Mais je reconnais que c’est facile de juger avec le recul. En tous cas, cette expérience sera malheureusement brisée par la répression, lorsque les socialistes arrivèrent au pouvoir. 

Le groupe d’action l’Assaut (de 1988 à 1993) qui changea les donnes en termes d’activisme puisqu’il se mit à avoir des attitudes très offensives face aux troupes de choc gauchistes et à leurs auxiliaires issus de l’immigration. Au point qu’à cette époque, lors de manifestations gauchistes, des appels étaient lancés à ne pas partir isolé après la manifestation et on conseillait d’enlever les insignes…Et cet activisme intense fut de plus mené de manière assez intelligente puisque sur 5 années, seuls 5 activistes furent condamnés et pour une seule action parmi les dizaines revendiquées par l’Assaut. L’Assaut ne sera jamais interdit et va s’auto-dissoudre car l’ensemble des militants estimèrent qu’ils avaient fait le tour de ce type de militantisme et qu’il fallait s’adapter aux situations nouvelles.

Breizh-info.com : Il semblerait qu’aujourd’hui, le mouvement nationaliste Wallon ne pèse pas grand-chose électoralement notamment. Qu’est-ce qui explique cela alors que parallèlement, le nationalisme flamand est populaire de l’autre côté ?

Hervé Van Laethem : D’abord car le côté « identitaire » est bien moins développé du côté wallon que flamand. Le peu d’esprit régionaliste wallon a été rapidement confisqué par la gauche. Quant au nationalisme belge, il est très peu mobilisateur et il n’existe donc guère de dénominateur commun de base sur lesquels, les gens peuvent se fédérer un minimum. 

De plus, l’expérience FN belge a été désastreuse et a dégoûté nombre de gens intéressants et surtout a fait qu’il y a eu 20 ans de perdus entre la réelle dynamique du début des années 80 et le début d’une organisation nationaliste du type de NATION au début 2000… 

Rajoutez du côté francophone, un boycott médiatique absolu puisque même aux élections, les médias refusent d’inviter ou même parfois de citer les partis nationalistes. 

Bien évidemment, nous avons aussi eu droit à l’apparition d’un parti « populiste ».

Et enfin, il y aussi une différence sociologique importante qui fait que l’immigration est bien plus mal perçue en Flandre qu’en Wallonie.

Breizh-info.com : Au sujet du nationalisme flamand justement, quelles relations entretiennent nationalistes wallons et flamands ? Ces relations ont elles évolué sur les décennies précédentes ? Qu’est-ce qui les lie et qu’est ce qui les sépare ?

Hervé Van Laethem : Il y a toujours eu des passerelles que j’évoque largement dans le livre, qui parle d’ailleurs aussi de certains groupes nationalistes flamands. Ce qui est certain, c’est que dans les années 70, il y eut de nombreux contacts entre divers groupes francophones et le VMO (Vlaams Militante Orde – Ordre Militant Flamand, célèbre groupe d’action). Je raconte d’ailleurs une anecdote peu connue de militants VMO venus protéger en 1976 une librairie en plein Brabant Wallon, contre une manifestation violente d’opposants sionistes et de gauche.

Plus tard, le Vlaams Blok a soutenu AGIR et REF qui étaient deux organisations régionalistes wallonnes. Il y eut aussi des liens informels mais bien réels avec l’Assaut.

Le VB va aussi récupérer sur Bruxelles pas mal de déçus du FN belge et va même lancer une campagne bilingue à Bruxelles, dans l’espoir de bloquer les (très compliquées) institutions belges en dépassant un certain pourcentage dans la capitale. Mais ils échouèrent et Bruxelles ne semble plus être une priorité. 

A ma connaissance, à ce jour, le VB n’a aucune relation officielle avec des « organisations » wallonnes. Même si quelques individus qui cherchent un « parti clé en mains » leur font la danse du ventre pour se faire soutenir. Jusqu’ici sans réussite, ce que je peux comprendre. 

Pour ce qui est des points communs, c’est bien évidemment la lutte contre l’immigration sauvage, contre l’extrémisme religieux et contre l’establishment politique corrompu. 

La grosse différence, entre NATION (qui dans les faits aujourd’hui est la seule force militante organisée en Belgique francophone) et le VB n’est pas tant l’avenir institutionnel de la Belgique. Si NATION défend le concept belge, c’est par analyse anti mondialiste et le VB, de son côté, est plus discret sur ses projets séparatistes. La différence est plus marquée au niveau de  la stratégie et de la politique internationale. Le VB est sur une ligne populiste : atlantisme,  soutien aux lois liberticides, capitulation sur les questions éthiques, etc… Sur ces questions-là, NATION est évidemment aux antipodes du VB. Précisons néanmoins que le VB est également parcouru par des courants différents dont certains nous sont bien plus sympathiques que d’autres. Enfin et pour illustrer l’état d’esprit, tout ceci n’a pas empêché  NATION de récemment publier un communiqué de soutien à des militants du groupe d’action flamand Voorpost, poursuivis pour « racisme ».

Breizh-info.com : Y’a-t-il déjà eu des relations entre mouvements nationalistes wallons et français ? Avec le Front national ? 

Hervé Van Laethem : Dans les années 60, Jeune Europe a fait des émules en France. Ensuite, comme souvent, des Belges ont voulu reprendre les dénominations françaises pour profiter de l’effet médiatique. Mais reconnaissons-le, sans grand succès. Ainsi a-t-on connu Occident Belgique (qui fut néanmoins assez actif) et Ordre Nouveau Belgique (mort-né). 

Plus tard, dans le cadre de l’Euro-Droite, le Front de la Jeunesse aura des liens étroits avec le PFN français. Ensuite, Forces Nouvelles (Belgique) va travailler avec le mouvement Troisième Voie de J-G Malliarakis.

L’Assaut a eu des contacts, entre autres, avec les JNR, le Cercle Franco-Hispanique, etc… Plus tard, cette mouvance se rapprochera du GUD version « Intifada ».

Le Front National belge a eu des contacts en dent de scie avec le FN de JMLP. Ce dernier se méfia rapidement, et à raison, de la mauvaise réputation du leader du FN belge. Marine Le Pen a d’ailleurs intenté une action en justice qui a finalement fait interdire l’usage du sigle FN en Belgique.

Breizh-info.com : Quelle est l’actualité du nationalisme wallon, en 2021 ?

Hervé Van Laethem : Son actualité est un peu terne, avouons-le. D’abord de par le confinement qui limite pas mal les possibilités d’activités. Mais aussi car les mauvais résultats des dernières élections en Mai 2019 ont laissé des stigmates.

Le côté positif est que, pour l’instant, les populistes ont disparu. Et que NATION, qui a aussi connu des turbulences, y a non seulement survécu mais a repris, dans les limites du confinement, son rythme de travail d’avant.

L’année 2020 aura été (outre le Covid) marquée par la saga des statues de Léopold II pour la défense desquelles NATION a organisé 4 rassemblements. Rassemblements qui ont permis jusqu’ici que ni les gauchistes, ni les « indigénistes » de tous poils, ni plus récemment les clowns de la LDNA ne puissent l’abîmer gravement ou la déboulonner.

Pour le reste, nous essayons de continuer à construire une organisation militante mais aussi sociale et culturelle. Et ceci sans donner une importance démesurée au processus électoral. Et la publication de ce livre est aussi une part de cette construction sur le plan de la formation politique et idéologique, formation plus que jamais indispensable.

Propos recueillis par YV

Illustrations : DR
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