Commando au CHU de Nantes : « L’indigence des forces de l’ordre face aux trafiquants de drogue devient impossible à cacher »

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L’intrusion au CHU Hôtel-Dieu de Nantes, dans la nuit du 21 au 22 janvier, d’un commando de délinquants pour libérer un trafiquant de drogue qui venait d’être interpellé pour refus d’obtempérer et était hospitalisé après une longue course-poursuite pour des douleurs au ventre a provoqué l’émoi. Pourtant, elle n’étonne pas les policiers de terrain à Nantes, lassés du manque de moyens et de volonté politique pour lutter contre le trafic de drogue qui gangrène Nantes.

Depuis le début du mois de janvier, il y a eu ainsi, en lien direct avec le trafic de drogue, cinq fusillades aux Dervallières – un mort âgé de 15 ans et un blessé – et un enlèvement. L’homme qui avait été enlevé aux Dervallières puis retrouvé à Bellevue, libéré par les policiers, s’était montré peu loquace et demeure depuis rigoureusement introuvable.

Depuis, la « nourrice » présumée du trafic au 12, rue Edmond Bertreux au Building a été arrêtée – le deal a abandonné cette cage d’escalier, mais en a colonisé trois autres. Néanmoins, le 22 janvier vers minuit, quand au bout d’une longue course-poursuite de Malakoff au Port-Boyer les policiers arrêtent le conducteur d’une Mercedes GLE immatriculée en Hollande, les policiers croient tenir le bon bout. Le conducteur de 23 ans, interpellé pour refus d’obtempérer, est connu pour trafic de drogue, est originaire du quartier « sensible » de Bellevue et avait déjà été blessé, il y a un mois, dans une fusillade.

Sauf que le prévenu se plaint de fortes douleurs au ventre. « Normalement, le toubib se déplace en GAV, mais la nuit, c’est peu souvent le cas. Alors on emmène les interpellés à l’hôpital », résume un policier nantais. Pour un de ses collègues, « il y a aussi une peur certaine que les interpellés nous claquent entre les mains et que ça nous retombe dessus, la presse aime bien avoir des infos pour les faits divers, mais ne nous fait aucun cadeau ».

Allusion amère à la soi-disant « affaire Steve » où la presse locale a traîné la police dans la boue des semaines durant, avant que le corps du disparu ne soit retrouvé de l’autre côté de l’Ile Beaulieu – à contre-courant de la Loire et des idées reçues ou des idéologies de certains confrères.  

La nouvelle de son transfert au CHU filtre très vite – les policiers ont-ils été suivis ? Vers une heure du matin, une petite dizaine de jeunes gens, cagoulés, déboule dans le hall des urgences, puis se scinde en deux groupes – l’un moleste les agents de sécurité du CHU et les empêche d’intervenir, l’autre les policiers qui gardent le box où est allongé le patient. Ce dernier a déjà arraché sa perfusion.

Tout le monde s’enfuit vers deux voitures, seul un jeune homme de 21 ans est interpellé et placé en garde à vue pour « complicité d’évasion ». Trois plaintes ont été déposées par les policiers agressés – dont un a été blessé au genou – et cinq autres par le personnel du CHU.

« Plus facile de forcer le CHU que Waldeck »

Cette attaque en force n’étonne guère les policiers de terrain nantais. « C’est plus facile de forcer le CHU que Waldeck [l’hôtel de police] et surtout, c’est déjà arrivé ». A l’hôpital Laënnec, à Saint-Herblain, une vingtaine de personnes avait forcé l’entrée des salles de réanimation mi-août dernier pour s’approcher d’un patient qui venait d’y être admis après avoir été blessé par balle. La police avait réussi alors à expulser les intrus.

« On a une délinquance comme à Marseille et les moyens de Vierzon pour s’y opposer »

Surtout, les policiers nantais sont las. « On a l’impression de vider l’océan de la délinquance à la petite cuillère. On a une délinquance comme à Marseille et les moyens de Vierzon pour s’y opposer. Il n’y a de volonté politique que pour cacher cet état de fait, et ce n’est plus possible désormais de cacher la faiblesse insigne, sinon l’indigence de l’ordre face aux délinquants », se confie un policier nantais.

« L’institution est partout en échec. Dans le centre-ville comme dans les quartiers, les habitants ont l’impression d’être abandonnés. Et quand les policiers sont bien présents pour leur mettre des amendes pour le masque, ils ne comprennent plus. A toute heure ce sont les dealers qui commandent, et quand on rentre chez nous, quand on discute avec nos proches, on le ressent. En plus, on n’est pas du tout soutenu – ni par le politique, ni par les médias évidemment qui ne loupent pas une occasion pour nous traiter plus bas que terre, ni par la justice. Nantes est la capitale nationale du laxisme judiciaire le plus total : ici il n’y a pas de justice, et là où il n’y a pas de justice, il ne peut y avoir de sécurité ».

Laxisme judiciaire et généralisation de l’armement aidant, « les délinquants n’ont peur de rien. Il y en a qui se prennent pour Escobar, la série Narcos, pour eux c’est la vie réelle. Alors ils se tirent dessus pour un rien – il ne se passe rien, ça devient banal. Puis ils se tirent dessus en plein jour – toujours aucune réaction, tout le monde regarde ailleurs. Là, c’est une intrusion au CHU, demain ce sera peut-être dans la mairie ou un duel à la kalachnikov rue de Verdun, un samedi après-midi de soldes. Il n’y a plus de limites puisque personne n’a jamais voulu en mettre »

Louis Moulin

Photo d’illustration : DR
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