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Depuis la rentrée 2020, tous les étudiants en licences en lien avec les langues ou la littérature doivent obtenir une certification de leur niveau en langue anglaise. Liste des licences concernées : littératures et civilisations étrangères et régionales, LEA, Lettres et double mention avec une majeure en langue anglaise. Dès la rentrée 2021, toutes les autres licences seront concernées par cette mesure.
L’entreprise choisi pour faire passer la certification en anglais à tous les étudiants français, est PeopleCert qui proposera la certification en anglais LanguageCert à l’issue du premier cycle de leur enseignement supérieur. En effet PeopleCert, le concepteur du test LanguageCert, a signé un contrat exclusif de quatre ans avec le ministère français de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation pour fournir 636.000 examens d’anglais aux étudiants de BTS et DUT.
Un choix qui fait tiquer plusieurs associations.
Le gouvernement français a décidé, sans concertation avec les principaux acteurs de l’Education, de faire passer une certification en anglais à tous les étudiants pour « un test de type Cambridge, IELTS, financé par l’État, et qui donnera donc un niveau reconnu partout à l’étranger » (Edouard Philippe, 23 février 2018). Le budget prévu dans la loi de finances 2020 était de 40 millions d’euros pour 400 000 étudiants concernés, soit 100 euros par étudiant.
Le mouvement Europe-Démocratie-Espéranto (France) avait publié un dossier à ce sujet en février 2020. Son président Pierre Dieumegard, explique l’objet des réserves émises par l’association :
« Les décrets d’application ont été publiés début avril 2020, alors que l’Europe entière luttait contre la pandémie, et que le ministère de l’enseignement supérieur aurait plutôt dû aider les universités à mieux fonctionner pendant le confinement. Cette publication indécente des décrets a montré un grand mépris pour les parlementaires et les professionnels de l’enseignement des langues. Un recours en Conseil d’État a été déposé en septembre 2020 par 15 associations professionnelles, soutenues par Europe-Démocratie-Espéranto.
Il restait encore à passer un marché avec une entreprise de certification. C’est fait depuis fin décembre 2020 : l’entreprise choisie est PeopleCert. La certification proposée par cette entreprise ne fait pas partie de ce qui était indiqué par E. Philippe, et est inconnue du public. Un grand nombre d’associations professionnelles (étudiants, enseignants et chercheurs en langues) ont publié un communiqué commun pour montrer leur désaccord : gaspillage des deniers publics, déni des compétences des enseignants, perte de compétences linguistiques, etc »
Cette certification proposée par PeopleCert n’est pas « reconnue au niveau international et par le monde socio-économique », comme le demandent les décrets parus en avril 2020. Elle n’apporte donc rien aux étudiants par rapport à des examens qu’ils pourraient passer dans le système éducatif français, examens qui pourraient être adaptés à leur branche d’études.
Les associations professionnelles qui ont dénoncé cette attribution demandent « au ministre de l’Enseignement supérieur de prendre en compte les compétences nécessaires aux futurs professionnels de 2050 plutôt de s’aligner sur le standard d’une entreprise extérieure peu connue » tout en rappelant l’opposition massive de nombreux enseignants de langues, associations d’étudiants, de défense du plurilinguisme et des langues régionales, qui forcément, subiront les conséquences de ces priorités budgétaires en faveur de l’anglais (donc de l’uniformisation).
Ainsi, l’association des professeurs de langues vivantes dénonce une mesure « imposée contre toute logique économique et tout bon sens par l’ancien premier ministre, Edouard Philippe, et la ministre de l’Enseignement Supérieur, Frédérique Vidal. Nous avons écrit plusieurs fois à Edouard Philippe et à Frédérique Vidal, sans la moindre réponse, nous avons sollicité des rendez-vous, sans la moindre réponse. L’ADEAF et l’APLV, comme des dizaines d’autres sociétés de linguistes et associations de spécialistes, ont multiplié les communiqués expliquant que ces certifications étaient inutiles et dispendieuses, que, dans les universités, IUT et STS, elles allaient transformer l’enseignement des langues, accroître l’inégalité entre elles et aller à l’encontre de l’objectif visé par le gouvernement, celui de rééquilibrer la balance commerciale en allant gagner des marchés à l’exportation, en diminuant l’offre linguistique et en réduisant l’apprentissage de la/des langue(s) proposée(s) à l’acquisition de routines grammaticales et lexicales décontextualisées, en dehors de toute mise en perspective culturelle ou pratique actionnelle.
L’ADEAF et l’APLV déplorent le choix mal avisé du ministère de l’Enseignement Supérieur, complètement incompréhensible car il fait fi de l‘expertise des enseignants de langues et des enseignants-chercheurs en didactique des langues, menace le plurilinguisme dans l’enseignement supérieur, dépossède les universités de la politique linguistique, tout en se montrant particulièrement onéreux. Un tel choix est évidemment d’autant moins acceptable que quelques millions d’euros vont être versés à un organisme privé alors que la crise sanitaire impacte déjà fortement le budget du pays. En outre, ce choix est d’autant plus regrettable que l’université française a développé une certification en langues avec le soutien du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Conférence des Présidents d’Université, le CLES (Certificat de Compétences en Langues de l’Enseignement Supérieur), une certification publique et plurilingue »
Crédit photo : DR
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Une réponse à “Certification en anglais des étudiants : la polémique Peoplecert”
Peut être un jour sera-t-il interdit aux étudiants de cracher par terre et de parler français.