Tensions entre Guyana et Vénézuela sur fond d’ingérence américaine ?

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Nous avons traduit pour vous un article d’infobrics à propos des tensions entre la Guyana et le Vénézuela, sur fond d’ingérence américaine.

Un nouveau foyer de tensions émerge en Amérique du Sud. Depuis la découverte de pétrole en Guyane, ce pays se rapproche de plus en plus de Washington, à la fois comme partenaire économique et comme allié politique. Les Américains voient le partenariat avec les Guyanais comme une opportunité de combler le vide laissé sur le marché mondial du pétrole par les sanctions économiques imposées au Venezuela. Mais, outre une simple alliance économique, les liens entre les deux pays s’étendent également à la sphère militaire, ce qui suscite des inquiétudes à Caracas.

Le 21 janvier, les tensions régionales ont atteint leur point culminant. Les bateaux de pêche guyanais Nady Nayera et Sea Wolf ont été interceptés par le Venezuela après une incursion illégale en territoire vénézuélien. Caracas, n’ayant pas autorisé l’entrée des navires, a interprété la manœuvre comme dangereuse pour la sécurité nationale et a gardé les bateaux sous son contrôle. Cependant, cette version vénézuélienne des faits a été démentie par Georgetown, qui a affirmé que les navires étaient détenus dans la zone économique exclusive du Guyana.

Certains facteurs notables ont précédé cette escalade des tensions.

Le 7 janvier, le président vénézuélien Nicolás Maduro a signé un décret qui établit la formation d’un nouveau territoire maritime sur la côte atlantique. Le décret inclut une partie de la région d’Essequibo, dans laquelle il y a un conflit territorial avec la Guyane. Le « Guyana Essequiba » désigne un territoire actuellement sous la domination de la Guyane qui appartenait auparavant au Venezuela, ayant été transféré en possession de la Guyane après une sentence arbitraire prononcée par un tribunal international organisé par le Royaume-Uni à la fin du XIXe siècle.

Le Venezuela a depuis revendiqué la souveraineté sur Essequibo, mais les tensions ont été légères la plupart du temps. Cependant, la Guyane, depuis qu’elle s’est alignée sur les États-Unis, a adopté des mesures plus agressives dans la région. Les forces armées américaines ont récemment commencé des exercices militaires en Guyane et ont déployé plusieurs navires militaires le long des 159 000 km² d’Essequibo. Le territoire est riche en pétrole et la justification américaine de ces exercices est précisément de protéger les bases d’extraction pétrolière installées par la société ExxonMobil. Dans de telles circonstances, le Venezuela voit sa souveraineté nationale violée et tente donc d’établir des mesures minimales pour garantir ses intérêts.

Cependant, bien que la rivalité ait repris un vieux conflit territorial, il faut souligner qu’il existe un accord en vigueur sur Essequibo que la Guyane viole directement. En 1966, la Guyane et le Venezuela ont signé l’accord de Genève, sous la médiation des Nations unies, qui déterminait quelles activités seraient autorisées dans quelle zone d’Essequibo. Dans ce document, l’exploration pétrolière par des sociétés étrangères n’est pas autorisée. Depuis 2015, le gouvernement guyanais a violé le pacte, autorisant les multinationales à y explorer le pétrole

En 2018, le Venezuela avait déjà intercepté des navires d’ExxonMobil qui avaient envahi son territoire pour y explorer le pétrole.

Aujourd’hui, le président vénézuélien Nicolás Maduro a décidé de créer une zone stratégique spéciale pour renforcer la sécurité sur Essequibo, car la tendance est à l’augmentation des violations territoriales, étant donné que la diplomatie régionale est déjà rompue et que le Guyana est devenu une nation satellite des intérêts de Washington – qui prévoit publiquement de renverser Maduro. La décision vénézuélienne a été condamnée par le président de la Guyane, Irfaan Ali, ce qui a incité Caracas à publier une déclaration disant que de telles positions suggéraient la préparation d’une confrontation armée.

L’attitude de la Guyane n’a pas changé au fil du temps.

Aujourd’hui, une fois de plus, des navires ont pénétré en territoire vénézuélien. Si cette situation perdure, la réponse vénézuélienne aux incursions étrangères pourrait devenir de plus en plus rigide et les forces armées pourraient détruire les navires jugés comme envahisseurs, ce qui entraînera des réactions sévères de Washington.

Actuellement, le scénario d’une guerre n’est plus « improbable ».  La crise sécuritaire est généralisée et avec Biden au pouvoir, de nombreux experts suggèrent que la politique étrangère américaine deviendra plus agressive et interventionniste. La Guyane dispose d’un appareil militaire beaucoup plus faible que l’État vénézuélien et ne peut pas faire face au pays voisin avec ses propres forces. Il reste à voir quelle sera la volonté de Washington de s’impliquer dans un conflit en Amérique du Sud.

Plus que jamais, un nouvel accord international est nécessaire pour établir une nouvelle réglementation pour la région. L’accord doit cependant être impartial et essayer de favoriser les deux nations. Dans un scénario idéal, les autres nations sud-américaines, étant co-participantes aux conflits, devraient servir de médiateurs pour un tel accord. Mais, aujourd’hui, la structure politique de l’Amérique du Sud est absolument brisée, et aucune nation ne dispose d’une force diplomatique suffisante pour résoudre une demande de cette nature.

Lucas Leiroz, chercheur en droit international à l’Université fédérale de Rio de Janeiro.

Crédit photo : DR
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2 Commentaires

  1. J’ai travaillé au GUYANA anglophone., à Georgetown et surtout dans le sud, près d’Ashelton. Vous utilisez le nom de GUYANE, attention!
    Le Guyana? Un pays qui marche. A son indépendance, le président a déclaré: « Ceux qui ne travailleront pas ne mangeront pas »! Quelle différence avec la patrie de madame Taubira…Et l’architecture ainsi que l’hygiène de la capitale n’ont rien à voir avec la repoussante Cayenne.
    600.000 habitants venus pour moitié d’Inde et pour moitié d’Afrique pour travailler dans les plantations. Ils ne se mélangent guère et se sont partagé l’économie et la politique. Plusieurs nations amérindiennes plus intelligemment traitées qu’en Guyane .Culture hindouiste et chrétienne se supportent très bien. Un peu d’islam qui boit, ne fait pas le ramadan et ignore même ce qu’est le hallal.
    De l’or en paillettes un peu partout et l’atmosphère qui va avec. Le premier ministre est géologue de formation.
    Longtemps, le Vénézuela a voulu les envahir. On distribuait même des cartes aux écoles l’incluant dans le pays du temps des prédécesseurs de Chavez. Depuis je ne sais pas. Mais avec Maduro, le fou…
    S’ils ont vraiment du pétrole, une petite élite d’ingénieurs y est bien présente mais elle connaît surtout la mine.
    Le pays mérite qu’on y jette un oeil. En 2010, à peine 40 français y résidaient.

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