Irlande du Nord. Les gangs paramilitaires loyalistes truffés d’informateurs durant la guerre civile ? Cela aurait sauvé Gerry Adams…

A LA UNE

Un ancien leader de l’UDA, Johnny « Mad Dog» Adair affirme que les gangs paramilitaires loyalistes étaient « inondés » d’informateurs durant les Troubles et la guerre civile. Des informations que confirment certains anciens membres de la RUC, la police nord irlandaise de l’époque, qui affirment avoir, grâce à cela, sauvé la vie de Gerry Adams, leader des Républicains irlandais.

Adair affirme, comme le rapporte le Belfast Telegraph, que son plus gros problème en tant que chef de la Shankill C Company était « l’ennemi intérieur » et partage l’avis de Lord Stevens qui a révélé que les groupes terroristes avaient des centaines d’agents dans leurs rangs. L’enquête Stevens III sur les activités de l’UDA de Belfast Ouest et le meurtre de Pat Finucane, avocat à Belfast, en 1989, a fait une découverte étonnante : sur les 210 membres de l’UDA interrogés, 207 étaient des informateurs de la police.« 

En 2002, Adair a été exclu de l’organisation à la suite d’une violente lutte de pouvoir interne. Depuis 2003, lui, sa famille et un certain nombre de partisans ont été contraints de quitter l’Irlande du Nord par l’UDA.

L’intensification des attaques loyalistes au début des années 1990 – alors que le gouvernement menait un dialogue secret avec l’IRA qui a abouti au cessez-le-feu de 1994 – a obligé le MI5 à s’intéresser aux jeunes générationq qui avaient remplacé la vieille garde de l’UVF et de l’UFF (Ulster Freedom Fighters, branche armée de l’UDA). Pour les commandants de l’UFF comme Adair, les anciens à la tête de leur organisation n’étaient rien d’autre que des « rabatteurs » travaillant à la demande des services spéciaux de la RUC (la police nord irlandaise de l’époque).

L’ancien commandant de Belfast Ouest, Johnny Adair, a affirmé qu’il était lui-même devenu la cible non seulement de l’IRA, mais aussi d’agents et d’informateurs au sein de sa propre organisation.

« L’organisation était armée jusqu’aux dents, les recrues affluaient. Des gens sont venus me voir en prison. Spencer, Big Winkie, Donald. Ils m’ont dit avoir de mauvaises nouvelles pour moi, que des gens allaient me tuer, et que ce n’était pas l’IRA. Ils voulaient me tuer car j’étais une épine dans leur pied..Ma guerre était avec les républicains mais avant tout, la guerre était à l’intérieur. Quand vous vous leviez le matin, vous ne saviez pas si le gars avec vous travaillait ou pas pour les services spéciaux. Parce que les services spéciaux, nous savons comment ils travaillent. Nous savons quel est leur travail. Leur travail n’est pas de faire la police dans la région avec des uniformes de la RUC. Leur travail est en civil – sortir et essayer de recruter des gens. Ils ont essayé avec moi. Et tant de gens venaient me voir et me disaient : ‘Johnny – ils m’ont offert ceci et cela’. Mais combien de personnes ne se sont pas présentées à moi et ont accepté leurs offres ? Et c’était ma plus grande menace – l' »ennemi intérieur », comme je l’appelais. J’essayais toujours de tendre de petits pièges pour essayer de les faire fuir. Et je posais de petits pièges. Et parfois ça marchait. Imaginez, vous essayez de tuer des républicains qui tuent votre peuple et qui font exploser votre pays en mille morceaux. Mais à la fin de la journée, vous avez des pourris qui – pour éviter la prison, pour l’argent, pour la cupidité, envoyaient les propres membres de leur communauté en prison. Oh, je détestais ça et c’était mon plus grand défi, de traiter avec « l’ennemi intérieur »… Malheureusement, les paramilitaires loyalistes étaient inondés d’informateurs »

Ce dernier a indiqué croire volontiers le rapport de John Stevens sur la présence massive d’informateurs dans les gangs loyalistes de l’époque.

Sous le commandement de Johnny Adair, la Compagnie C est devenue une machine à tuer. Entre 1990 et 1994, les paramilitaires loyalistes ont tué 175 catholiques, dont 22 étaient des paramilitaires ou ex-paramilitaires républicains et 13 des militants du Sinn Féin. Seules 20 % de ces victimes étaient liées au mouvement républicain, ce qui indique que les loyalistes ont tué beaucoup plus de civils. Malgré l’intensification des campagnes armées de l’UVF et de l’UFF au début des années 1990, les agents de la Special Branch sont toutefois parvenus dans une mesure à prévenir les attaques.

Un ancien membre de l’UVF, « Matthew », a rappelé qu’une équipe avait été envoyée pour tuer Martin McGuinness et son proche associé Sean « Spike » Murray à Belfast, mais que leurs cibles avaient été prévenues et que la police les attendait. Ils ont été rapidement arrêtés et emprisonnés. Il existe des preuves qui suggèrent que cela faisait partie d’un schéma plus large. Selon une estimation pour la période 1986-1993, le nombre de loyalistes arrêtés par rapport aux républicains est de 2 pour 1, ce qui souligne l’intensification des opérations des forces de sécurité contre les paramilitaires loyalistes.

La prévention des attaques a également pris d’autres formes, notamment la culture d’agents au sein des groupes paramilitaires loyalistes. L’un de ces agents a atteint un poste de direction au sein de l’UVF et a commencé à faire de nombreux rapports dans les années 1990, aidant les services de renseignement britanniques à intercepter l’une des plus importantes cargaisons d’armes et d’explosifs illégaux du groupe en novembre 1993. Si la violence loyaliste n’avait pas été maîtrisée, les loyalistes auraient réussi à tuer des républicains de haut rang, mettant ainsi en péril le dialogue secret en cours entre l’IRA et les autorités britanniques de l’époque.

Gerry Adams sauvé par la police nord irlandaise ?

Le Belfast Telegraph toujours révèle à cette occasion qu’une unité de la RUC avait pour mission de protéger Gerry Adams, leader des républicains, des groupes paramilitaires loyalistes. L’embuscade des SAS à Loughgall a commodément éliminé des acteurs clés qui auraient pu s’opposer à la stratégie politique de Gerry Adams.

Huit hommes de l’IRA de la brigade d’East Tyrone ont été tués le 8 mai 1987 lors de l’opération portant le nom de code Opération Judy – la plus grande perte de vies humaines de l’IRA en un seul incident pendant les Troubles. Il était désormais urgent de protéger le président du Sinn Féin, qui figurait en tête de liste des cibles des deux principales organisations paramilitaires loyalistes. Le 11 mars 1984, l’UFF tente une attaque à main armée contre Adams dans le centre-ville de Belfast, mais elle est déjouée par un officier de la RUC qui n’est pas en service et deux policiers militaires en civil qui se trouvaient dans les environs.

Une déclaration de l’UFF a désigné Adams comme « le chef d’état-major de l’IRA, responsable de la campagne de meurtres et donc une cible légitime de la guerre » et a averti que l’organisation « finira par l’avoir ».

L’ancien directeur des opérations de l’UVF a depuis confirmé que l’UVF disposait d’une équipe avec une « artillerie plus lourde » prête à frapper Adams le même jour. Quelques années plus tard, l’UVF a tenu sa promesse d’une nouvelle tentative d’assassinat d’Adams. Le 20 mai 1987, Brian Nelson, agent de renseignement de l’UFF et agent de l’Unité de recherche des forces britanniques, informe ses supérieurs qu’une attaque est imminente.

La E4 HMSU (qui fait partie de la branche spéciale de la RUC) est chargée de protéger Adams. Jack, un membre de l’unité qui avait participé à l’opération Judy, se souvient : « Nous avons sauvé la vie de Gerry Adams plus d’une fois. Au moins deux fois, si ce n’est trois. Les loyalistes avaient un plan simple. Il devait être simple et efficace. Il y avait un cinéma à Belfast Ouest – c’est maintenant un hôtel – et derrière, Adams tenait un tribunal dans une petite clinique où les gens pouvaient venir évoquer leurs problèmes. Il a utilisé une voiture blindée – à l’épreuve des balles sauf pour le toit – et les loyalistes avaient prévu de passer en moto et de poser une mine sur le toit. Nous avons arrêté ça. Nous avons sauvé la vie d’Adams »

D’autres membres de l’E4 HMSU ont souligné qu’ils ne faisaient aucune discrimination et qu’ils étaient heureux de protéger la vie du leader du mouvement républicain. Ils ont tenu à souligner que cela prouvait qu’ils n’étaient pas impliqués dans une collusion systématique avec les paramilitaires loyalistes.

Crédit photo : DR
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