La réponse européenne à la crise des migrants en Pologne et au Bélarus est hypocrite

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Alors que des milliers d’immigrés clandestins tentent de pénétrer en Pologne depuis la Biélorussie, l’attention de l’Europe s’est focalisée sur les répercussions que pourrait avoir le président Alexandre Loukachenko. M. Loukachenko a créé une crise des migrants à la frontière polonaise, une réponse probable à la pression quotidienne que le Belarus subit de la part de ses voisins baltes et polonais. Ce qui ressort de cette crise des migrants, c’est la réponse européenne à cette crise, comparée à la crise des migrants fabriquée de manière similaire que la Turquie provoque fréquemment aux frontières de la Grèce, notamment en février et mars 2020.

Lors de la récente réunion à Bruxelles entre les ambassadeurs des pays de l’UE, l’ambassadeur polonais Andrzej Sadoś a expliqué la situation actuelle à la frontière entre la Pologne et le Bélarus. Il a annoncé que la Pologne présentera la semaine prochaine aux hauts fonctionnaires de la Commission européenne et aux ambassadeurs des preuves des activités des autorités biélorusses à la frontière.

À la suite de cette réunion, les appels à des sanctions contre le Belarus se sont intensifiés.

Ces derniers mois, la Lituanie, la Lettonie et la Pologne ont dû faire face à une augmentation du nombre de migrants illégaux entrant en provenance du Belarus. M. Loukachenko a déclaré que Minsk ne retiendrait plus l’afflux de migrants illégaux vers l’UE, car le pays n’a « ni l’argent ni la force » pour le faire en raison des sanctions déjà existantes.

Malgré l’affirmation de Loukachenko selon laquelle la Biélorussie n’a pas les ressources nécessaires pour faire face à la crise des migrants, il existe des preuves accablantes que son pays est à l’origine de cette crise en augmentant les vols en provenance des pays chauds pour les migrants, comme l’Irak et la Turquie, sans avoir besoin de visas. Un Syrien qui a organisé des migrants pour aller du Kurdistan irakien à la Biélorussie a déclaré à la BBC qu’avec l’assouplissement des règles relatives aux visas, « je savais que ce serait la même chose que ce qui s’est passé en 2015 avec la Turquie. »

En 2015, le président turc Recep Tayyip Erdoğan était en conflit avec l’UE car il ne parvenait pas à obtenir suffisamment de soutien pour sa guerre contre la Syrie. Il a laissé des centaines de milliers de migrants traverser la Turquie et déferler sur la Grèce jusqu’à ce que l’UE accepte finalement un accord de 6 milliards d’euros pour aider le pays à faire face au coût de cet afflux. Et ce, en dépit du fait que le financement, l’armement et l’entraînement par Ankara d’organisations terroristes, dont ISIS et Al-Qaïda, étaient la cause même de la fuite de millions de Syriens vers la Turquie.

La Turquie viole continuellement l’accord conclu avec l’UE en utilisant la migration comme arme contre la Grèce, une stratégie turque utilisée depuis longtemps. On se souvient que dans les années 1990, Turgut Özal, alors président de la Turquie, s’était vanté de manière provocante : « Nous n’avons pas besoin de faire la guerre à la Grèce. Il nous suffit de leur envoyer quelques millions d’immigrants et d’en finir avec eux. » Bien que l’UE et la Turquie aient signé un accord le 18 mars 2016 pour endiguer les flux migratoires et de réfugiés vers la Grèce, Ankara n’a jamais véritablement arrêté ces flux. En fait, la Turquie a été à l’origine d’une nouvelle crise des migrants en février-mars 2020 en affirmant faussement que la Grèce était ouverte et en amenant les migrants en bus à la frontière.

La réaction de l’Europe entre la crise des migrants provoquée par la Turquie et celle de la Biélorussie est cependant très différente. Bien que certains pays, dont la Pologne, aient soutenu les efforts de la Grèce pour faire face à la crise des migrants de 2020, les appels à des sanctions contre la Turquie ont été rapidement rejetés par tous les coins de l’UE. En revanche, les appels à l’imposition de nouvelles sanctions à l’encontre du Belarus sont presque unanimes.

Norbert Röttgen, président de la commission allemande des affaires étrangères et membre du Bundestag, a déclaré sur Twitter : « Nous devons sanctionner Loukachenko de manière beaucoup plus conséquente. Sa tentative de déstabilisation de l’UE est au moins tolérée, sinon soutenue, par Poutine. Le fait que l’UE reste silencieuse face à cette politique russe est inacceptable. » Rappelons que lors de la crise des migrants grecs de 2020, Röttgen n’a jamais suggéré de sanctions contre Ankara, mais a plutôt appelé à une renégociation pour récompenser la Turquie avec encore plus d’argent alors qu’elle n’a jamais vraiment arrêté les flux de migrants vers la Grèce.

Lundi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exhorté les États membres de l’UE à imposer de nouvelles sanctions contre la Biélorussie, en déclarant : « Je demande l’approbation de sanctions étendues, d’éventuelles sanctions sur les compagnies aériennes de pays tiers impliquées. Nous voulons également prévenir une crise humanitaire et garantir des retours sûrs. » Pendant la crise des migrants grecs de 2020, la Commission européenne s’est opposée à toutes les sanctions contre la Turquie, mais maintenant, avec la Biélorussie, elle demande instamment l’adoption de sanctions.

Ce comportement contradictoire montre que l’UE n’est pas unie derrière l’arrêt des flux de migrants, mais qu’elle utilise plutôt la crise actuelle comme une occasion de cibler le Belarus et même la Russie, Aeroflot étant impliquée dans le transport de migrants. Comme une grande partie de l’Europe est profondément liée à la Turquie dans le secteur financier, elle ne souhaite pas sanctionner le pays. Cependant, la Biélorussie ne bénéficie pas d’un tel privilège, et malgré un comportement similaire à celui de la Turquie, elle sera probablement confrontée à des sanctions que cette dernière a toujours réussi à éviter.

Paul Antonopoulos (Infobrics, traduction breizh-info.com)

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2 Commentaires

  1. La responsabilité première de cette tentative d’invasion incombe à Angela Merkel. L’Europe subit toujours les répercussions de la décision d’accueil inconditionnel des migrants prise en 2015 par la chancelière allemande. Elle a créé un appel d’air — voilà bien une énergie renouvelable ! La Turquie et la Biélorussie profitent peut-être de ce mouvement mais elles ne l’ont pas créé.

  2. lorsque erdogan fait la même chose, l’ue lui verse des millions (milliards? en ce moment on ne sait plus très bien avec quoi ils jonglent)
    cherchez donc l’erreur !
    ce qui est sur c’est que l’ue verse un milliard d’euros à l’afghanistan ! cherchez l’erreur encore

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