Nantes : Anticor conteste le projet d’Arbre aux Hérons

Miséry, lieu supposé d'implantation de l'Arbre aux Hérons

Mieux vaut prévenir que guérir. L’association anti-corruption Anticor est connue pour ses actions judiciaires contre les dérapages financiers des collectivités publiques. À Nantes, elle prend les devants : elle vient de mettre Nantes Métropole en garde contre l’Arbre aux Hérons, ce vieux projet qui ne veut pas mourir. Car la Métropole et les porteurs du projet comptent ouvertement réaliser l’Arbre en dérogeant au droit commun de la commande publique.

Celui-ci permet, sous certaines conditions, de passer commande sans appel d’offres pour acheter des œuvres d’art. Pierre Orefice et François Delarozière, les concepteurs de l’Arbre aux Hérons ne font pas mystère de leurs intentions : ils veulent agir à leur guise, en attribuant des contrats aux fournisseurs qui leur conviendront. Cela pourrait ouvrir la voie au minimum à des soupçons, au pire à des magouilles. Surtout si certains des fournisseurs retenus sont aussi des mécènes de l’Arbre.

La chambre régionale des comptes n’a pas encore eu à se prononcer sur le dossier. Mais elle a contrôlé une autre opération de Nantes Métropole réalisée avec les mêmes fournisseurs, la construction du Carrousel des mondes marins. Les irrégularités qu’elle a détectées ont provoqué l’ouverture d’une enquête de la police judiciaire, toujours en cours. De plus, la Chambre a souligné lors d’un autre contrôle, celui de la ville de Clisson, qu’une collectivité devait éviter d’attribuer des contrats publics à ses mécènes. Il est donc étrange que Nantes Métropole s’obstine à considérer l’Arbre dans son entier comme une « œuvre d’art » afin de passer commande selon une formule dérogatoire.

Un financement régional caduc ?

Déjà, souligne Anticor, le dossier présente un étonnant mélange des genres. Ainsi, Pierre Orefice n’est pas seulement concepteur de l’Arbre aux Hérons : il fait partie du Fonds de dotation créé par Nantes Métropole pour rechercher des mécènes du projet, il est l’un des membres du groupement rémunéré par Nantes Métropole pour étudier la faisabilité technique de cet Arbre conçu par lui-même et il est directeur des Machines de l’île installées par Nantes Métropole sur le site des anciens chantiers navals.

Mais le droit de la commande publique n’est pas la seule épée de Damoclès suspendue au-dessus du projet. Breizh-info a déjà signalé la pétition qui conteste la légitimité politique du projet. Les financements ne sont pas du tout assurés. Des mécènes doivent apporter un tiers du budget (17,5 millions d’euros sur un total de 52,4 millions). Mais à ce jour, les dons promis n’en couvrent qu’un huitième.

Un autre tiers du budget doit être couvert par des financements publics autres que ceux de Nantes Métropole. La somme serait presque atteinte grâce à l’État (1,7 million), au département de Loire-Atlantique (6 millions d’euros) et à la région des Pays de la Loire (4 millions). Mais le financement régional relevait d’un « contrat de développement métropolitain » signé entre la région et Nantes Métropole. Or le contrat était à échéance 2020. Il est très possible que la promesse soit caduque. Elle avait été faite en 2019 par Laurence Garnier, alors vice-présidente de la région. Mais Laurence Garnier, devenue sénatrice, fait aujourd’hui partie de l’entourage de Valérie Pécresse, alors que Johanna Rolland, maire de Nantes, est directrice de campagne d’Anne Hidalgo…

Illustration : la carrière Miséry à Nantes, site putatif de l’Arbre aux Hérons photo B.I, droits réservés
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2 réponses

  1. Le bruit fait autour de la position d’Anticor paraît un peu suspect. Depuis hier, Pierre Orefice et François Delarozière, les deux grands bénéficiaires du projet, se sont largement exprimés dans la presse, et aussi Fabrice Roussel, vice-président de Nantes Métropole. C’est à se demander si on ne cherche pas à polariser l’attention sur le flou juridique du projet pour faire oublier tout le reste : absence de réflexion stratégique et culturelle sur la vocation d’une telle construction, coût disproportionné d’une attraction touristique, déficit d’exploitation assumé, aléas d’exploitation (vent, pluie, respect de la sécurité…), choix d’un lieu peu adapté, insuffisance des financements, raccommodages esthétiques d’une création qui ne tenait pas la route (le projet 2022 ne ressemble plus beaucoup au projet 2017), etc/

  2. Peut-on rappeler que ce lieu ludique fut un lieu de souffrance et de mort, entre novembre 1793 et mars 1794, pour les 2 à 3 mille personnes qui y furent fusillées par les révolutionnaires français et leurs supplétifs germaniques, avant d’être « balancées » dans la Loire ?
    Outre les milliers de personnes noyées en Loire, prêtres, femmes, enfant, hommes jeunes ou âgés il ne faut pas oublier ceux qui au nombre de 3600 à 4500 furent assassinés dans la carrière de Misery (dite aussi de Chantenay), dans celles de Gigant ou sur les prairies de Mauve (à peu près Malakoff actuel).
    Pas forcément Vendéens, pas forcément Contrerévolutionnaires mais forcément coupables. De quoi ? Souvent de ne pas plaire au pouvoir en place.

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