Langue bretonne. Quand la presse galloise évoque la menace de disparition du breton

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La comparaison entre les moyens ridicules mis en œuvre par le Conseil régional de Bretagne pour sauver la langue bretonne et ceux dont dispose le pays de Galles pour garantir l’avenir du gallois est sidérante. Et peu flatteuse pour nos responsables politiques.

« Le déclin de la langue bretonne en Bretagne »

Les Bretons en sont-ils réduits à se tourner vers leurs cousins du pays de Galles pour enfin trouver dans la presse un juste état des lieux de la situation de la langue bretonne ?

Toujours est-il que le quotidien gallois en ligne The National proposait à ses lecteurs, le 3 mai dernier, un article dressant un tableau assez exhaustif concernant le breton. Un fait d’autant plus notable que la presse mainstream bretonne ne s’attarde bien souvent que très partiellement sur le sujet…

L’article en question, intitulé « Le déclin de la langue bretonne en Bretagne », dressant notamment un parallèle entre les situations bretonne et galloise en matière de promotion de la langue. L’occasion de se rappeler que le gouvernement du Pays de Galles, dans le cadre de la stratégie Cymraeg 2050, prévoit qu’un million de personnes parleront le gallois d’ici 2050.

Cette autre langue celtique, constituant avec le cornique et le breton la branche brittonique des langues celtiques, est elle aussi en danger d’extinction. Mais peut en revanche compter sur une volonté politique et des moyens bien supérieurs à ce que l’on observe en Bretagne. Il faut dire qu’en étant doté de son propre parlement disposant de nombreuses prérogatives, le Pays de Galles a une liberté d’action qui n’est en rien comparable avec celle, ridicule, du Conseil régional breton, simple chambre d’enregistrement des politiques parisiennes.

Autre différence mise en exergue, alors que le gallois continue d’être largement parlé au sein de la population, ce n’est pas le cas du breton, dont l’usage poursuit sa régression.

langue bretonne

Carte d’évolution de la frontière de la langue bretonne du IXe au XXe siècle. Source : Sémhur CC-BY-SA-3.0

La seule langue celtique encore en usage sur le continent européen

Sur l’évolution à venir du breton, The National poursuit en expliquant à ses lecteurs que la langue a connu un déclin général et reste « en danger critique d’extinction »  tandis que  la situation « risque d’empirer avant de s’améliorer ».

Puis de relever, une fois de plus à juste titre, que la Bretagne « ne jouit pas de la liberté linguistique du gallois ou du cornique ».

Cependant, constat à la fois triste et paradoxal, l’importance de la préservation du breton semble davantage préoccuper le titre gallois que les médias de la péninsule, hormis Breizh-Info : « En tant que seule langue celtique encore en usage sur le continent européen, le breton est unique, et doit faire face à des défis uniques pour continuer à survivre ».

Aussi, l’article ne manque pas de pointer du doigt la responsabilité de l’État français sous ses formes successives dans la destruction de la langue bretonne à travers le temps : « Depuis la Troisième République en 1870, le gouvernement français a tenté d’éradiquer toutes les langues minoritaires, y compris le breton », peut-on lire.

Suite à un tel génocide linguistique, difficile de redresser la barre pour une Bretagne ayant par ailleurs un statut de « nain » politique. La publication galloise relève ainsi que « seulement 3 % des élèves en Bretagne apprennent le breton (souvent de façon limitée), car ils continuent rarement à apprendre la langue dans l’enseignement secondaire », fustigeant au passage « la centralisation de la France, la popularité du français, ainsi que la crainte de représailles pour avoir parlé le breton ».

Le déclin de la langue bretonne s’explique aussi par la pyramide des âges de ses locuteurs : 80 % d’entre eux ont plus de 60 ans lorsque seulement 5 % ont entre 15 et 40 ans. Par ailleurs, en basse Bretagne, où la langue est traditionnellement parlée, seulement 12,5 % de la population parle breton. Sans pour autant en faire usage au quotidien.

langue bretonne

Une carte montrant les variantes dialectales du breton. Source : Breton_dialectes.svg CC BY-SA 3.0

De 200 000 à 50 000 locuteurs du breton dans moins de 30 ans…

Sur l’évolution future de la langue bretonne, le journal gallois dresse également un constat froid qui, contrairement à l’autosatisfaction béate du Conseil régional de Bretagne se contentant des « bretonneries » de surface du président Loïg Chesnais-Girard, nous laisse un sentiment de grande inquiétude concernant l’avenir.

Un Conseil régional qui, en raison du vieillissement des locuteurs évoqué précédemment, prévoit une forte baisse de 200 000 à 50 000 locuteurs du breton dans les 28 prochaines années.

Le fait que presque toutes les familles qui fréquentent les écoles où l’on enseigne la langue bretonne parlent en français à la maison ne contribue guère à nous rassurer par ailleurs.

Autre signe de l’impuissance politique bretonne qui n’a pas échappé aux observateurs d’outre-Manche, la fameuse loi Molac, adoptée par l’Assemblée nationale française le 8 avril 2021, sera finalement totalement vidée de sa substance quelques semaines plus tard par le Conseil constitutionnel. Ce dernier estimant que l’enseignement par immersion en breton était « inconstitutionnel »…

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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4 réponses à “Langue bretonne. Quand la presse galloise évoque la menace de disparition du breton”

  1. Marc RICAUD dit :

    La culture Bretonne serait-elle victime de la trop bonne assimilation ou intégration des Bretons dans la nation française ? Les Bretons dans leur très large majorité, aiment la France et les autres Français, malgré tout ce que l’Etat jacobin a entrepris contre eux. Pour avoir fait 20 ans dans l’armée, qui est une micro société à l’intérieur de la nation, tout autant qu’un condensé de celle-ci et un excellent observatoire de ce qui s’y passe, j’ai pu constater que les Bretons évoluent dans la nation et donc dans l’armée, comme s’ils étaient chez eux, ou comme des poissons dans l’eau, au risque de s’y diluer. Cela ne les empêche pas de revendiquer leur bretonnitude sans complexes ou névroses particulières, dès qu’ils en ont l’occasion. Les autres nationaux provenant des régions à fortes identités régionales comme les Corses, les Alsaciens, les Basques…(liste non exhaustive et non discriminatoire), semblent plus discrets dans leur façon de se comporter et de revendiquer leur particularisme.
    Pour résumer, la culture bretonne est certes menacée par une trop grande passivité-indifférence de l’Etat français, quand ce n’est pas une certaine hostilité, mais aussi et surtout par le zèle qu’ont les Bretons à être toujours en première ligne, par leur abnégation pour leurs semblables, par leur sens du sacrifice, par leur faculté à s’oublier eux-mêmes….

  2. Yvette Prétet dit :

    Pourquoi ne parlez-vous pas du  »groupe breton » Alvan & Abez qui ont chanté à l’Eurovision et de la remarque faite par Stéphane Bern qui s’étonnait que l’on  »ne parle pas le français à l’Eurovision »?

  3. Marcel Texier dit :

    Les Français s’indignent, à juste titre, de la destruction des ruines de Palmyre par Daesh. C’est évidemment un crime impardonnable. Mais beaucoup plus grave est la destruction planifiée, poursuivie sans relâche depuis plus de deux cents ans par l’État français, d’une langue et d’une culture dont l’origine se perd dans la nuit des temps, dont on sait seulement qu’elle nous vient de nos ancêtres les Gaulois, langue et culture encore vivantes. Quand on réalise l’énormité de ce crime, on est sidéré quand on entend des dirigeants français, « la bouche en cœur », parler des « droits de l’homme », de « nos valeurs » ! Quelle indécence ! N’ont-ils donc aucune pudeur ?

  4. Kan al louarn dit :

    « Comment peut-on être Breton ? » livre de Morvan Lebesque de 1970 dont les Tri Yann ont sorti le texte « la découverte ou l’ignorance » : tout est dit « A ce jour des enfants naissent en Bretagne. Seront-ils Bretons ? A chacun l’âge venu, la découverte ou l’ignorance ».
    La langue finira peut-être par malheureusement disparaitre à force de jacobinisme forcené. Mais pas la culture ni le sentiment d’appartenir à un peuple différent. Je crois avoir bénéficié de la découverte….

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