Le jardin des femmes perdues : le livre de Thomas Clavel qui va faire convulser Sandrine Rousseau [Interview]

Alors que le monde de la culture et de la littérature en France s’est enfoncé depuis déjà des années dans la niaiserie et le politiquement correct absolu, certains auteurs gardent la plume vive et l’esprit d’insolence qui a caractérisé, depuis des siècles, plusieurs écoles littéraires dans ce pays.

C’est le cas de Thomas Clavel, auteur notamment d’un indispensable « Un traitre mot » et qui nous revient avec un troisième roman édité par la Nouvelle Librairie, intitulé « Le Jardin des femmes perdues». Un livre à faire convulser Sandrine Rousseau, donc un livre à dévorer comme un peu d’oxygène dans une société d’hommes soja castrés, dévirilisés, société que voudrait dominer une petite minorité de femmes aigries, revanchardes, ayant fait de l’homme l’ennemi à abattre.

Le livre raconte les aventures de Victor Sabran, qui aime les femmes. Qui aime surtout les séduire, les conquérir, y compris d’ailleurs lorsqu’elles ne partagent pas franchement sa ligne idéologique d’anarchiste de droite. Cet homme qui conte ses aventures rend totalement haineuse Magali Bavoir, sa voisine de palier, la caricature de la trentenaire gauchiste qui se rêve croqueuse d’hommes alors qu’elle mène finalement une vie de frustration

Lui, le bourreau des cœurs en guerre contre un féminisme conquérant et enragé. Elle, la victime autoproclamée d’une société misogyne et patriarcale. Tout oppose les deux journaux intimes dont l’auteur rend compte dans le livre, si ce n’est le désir, permanent, et qui lui, est un mot à décliner aussi bien au féminin qu’au masculin.

En attendant, à travers cette idée de désir, masculin et féminin, et de portraits croisés, de deux voisins de palier au coeur de Paris, Thomas Clavel dresse un portrait au vitriol de ce qu’est devenu notre société. Au vitriol, mais un portrait exquis tout de même, car l’auteur n’a pas perdu de vue le fait qu’il est important, fondamental, de rire tous les jours, pour ne pas se perdre.

Un livre à lire de toute urgence et à commander ici.

Breizh-info.com : Tout d’abord, quels retours avez-vous eus sur Un traître mot et Hôtel Beauregard ?

Thomas Clavel : Si la critique littéraire du milieu dissident m’a immédiatement épaulé, les médias dominants ont boudé mon travail. Il est vrai que les thèmes de l’idéologie victimaire ou de la dictature sanitaire sont rarement abordés par la littérature hexagonale… Au fond, il en va de la presse comme de l’édition française : si vous n’êtes pas rescapé d’un génocide, d’un « féminicide » ou d’un inceste, vous n’aurez pas voix au chapitre. Heureusement, les éditions de La Nouvelle librairie ont accepté d’estampiller mes curares.

Breizh-info.com : Vous récidivez littérairement avec un troisième ouvrage difficile à qualifier, si ce n’est qu’il est exquis. Comment le qualifieriez-vous vous-même ?

Thomas Clavel : Merci ! Si mes deux premiers romans ont une structure relativement classique, Le Jardin des femmes perdues est en effet un objet littéraire un peu étrange. Il s’agit de deux journaux croisés qui, bien qu’ils entrent en résonance (il y est surtout question de désir amoureux), ne dialoguent jamais réellement entre eux. Car aucun de mes deux protagonistes (voisins de palier mais antipodiques en tout) n’a connaissance de l’existence de l’autre journal. C’est une sorte de correspondance sans destinataires, de roman épistolaire sans lettres ni envois, de conversation muette et impossible. Le défi principal du livre fut de trouver deux voix très différentes, deux langues, deux styles, qui puissent coller à ces deux âmes un peu perdues.

Breizh-info.com : A travers deux journaux intimes, vous décrivez les pérégrinations d’un homme avide de conquêtes féminines, de séductions, et des plaisirs de la chair. Et de l’autre une femme, féministe, aigrie, ouverte à toutes les lubies sociétales gauchisantes. Avez-vous volontairement forcé le trait…ou si peu ? Il semblerait que vos inspirations ne manquent pas dans les rues parisiennes ?

Thomas Clavel : C’est la réalité qui a tendance à « forcer le trait » ! Je suis frappé par cette vérité : le roman est toujours à la traîne des délires du monde contemporain. Dans la rue, sur Internet, partout : les fruits monstrueux sont mûrs, et même tombés — il n’y a qu’à se pencher, l’inspiration étant à portée de main ! Mais à peine l’écrivain les a-t-il ramassés que d’autres fruits repoussent aussitôt, toujours plus monstrueux et difformes. Vouloir décrire le monde d’aujourd’hui, tâche ô combien herculéenne, rappelle le plus mystérieux des douze travaux : l’Hydre de Lerne, dont les têtes tranchées rejaillissent aussitôt, chaque fois plus vigousses et plus terribles. Les rues de Paris, que j’ai arpentées pendant plus de quinze ans, furent pour moi ce verger monstrueux, imputrescible, intarissable, toujours recommencé.

Breizh-info.com : Avec cette démolition en règle des lubies actuelles et du féminisme, n’avez-vous pas peur de vous attirer une campagne hystérique à votre encontre, le lectorat actuel étant majoritairement féminin ?

Thomas Clavel : C’est vrai, les hommes ont lu (ou le prétendent) et les femmes lisent. Mon roman n’est pas exactement taillé pour elles. Mais allez savoir ! Peut-être auront-elles envie de s’encanailler un peu — à leurs risques et périls ! Mon livre n’appartient pas vraiment au rayon feel good des hypermarchés ; mais il est, je crois, cent fois moins sinistre que les tonnes de récits victimaires déversées chaque année par nos « autrices » de salon — qui ont même le culot de se prétendre rebelles alors qu’un tapis rouge les précède en tous lieux.
Plus sérieusement, il serait peut-être temps que les féministes patentées, avant de s’hystériser pour un rien (mon livre ne prétend d’ailleurs pas être un essai sur la femme, c’est une pure fiction qu’elles voudront bien me pardonner), commencent à jeter un regard critique sur leur pseudo-libération. Les femmes sont-elles réellement plus libres qu’il y a deux cents ans ? Ou ne font-elles que se conformer à un modèle mortifère — mortifère d’abord pour elles, ensuite pour l’avenir de l’humanité ? Les médias, dernièrement, nous ont amusés avec une poignée d’hommes enceints (qui sont en réalité des femmes à barbe vaguement « virilistes »), derniers fruits monstrueux du jardin progressiste, pour éluder la véritable question : l’infécondité galopante de la femme occidentale. Tel est le grand paradoxe : la libération sexuelle de la femme la condamne pratiquement à ne pas avoir d’enfants… Au fond, plus une femme multiplie ses partenaires sexuels dans sa jeune vie (et c’est aussi une injonction médiatique) et moins elle aura de chances de tomber enceinte. Voilà où nous en sommes. Peut-on appeler cela un modèle souhaitable, ou même libérateur ? Tel est d’ailleurs le sinistre constat que dresse Victor Sabran à la fin du livre : être un libertin dans un monde où les jeunes filles, dès l’adolescence, reçoivent sur un plateau d’argent les commandements de l’hypergamie, n’a plus vraiment de sens. Chose ironique : les femmes se sont livrées à l’immense concupiscence des hommes tout en se faisant croire à elles-mêmes qu’elles se sont libérées de leur emprise !

Breizh-info.com : Votre personnage masculin est par ailleurs parfois très borderline… On se croirait parfois dans Lolita. C’est volontaire ?

Thomas Clavel : L’écueil d’un tel livre eût été de faire de mon héros un gendre vaguement idéal, victime de l’érotomanie délirante de sa voisine. Je voulais équilibrer les forces en présence, et corser un peu mon personnage masculin, libertin accompli baignant dans la plus parfaite immoralité, peut-être même parfois dans l’illégalité. Il est vrai que c’est un homme à aimer les fruits verts, et les pommes un peu surettes…

Breizh-info.com : Qui sont vos inspirateurs littéraires, car on sent chez vous une plume d’un haut niveau, et donc forcément des influences qui vous aident à écrire ?

Thomas Clavel : Barbey, Flaubert, Dostoïevski, D’Annunzio. Ce sont eux qui règlent mon niveau d’exigence. Je suis en dialogue permanent avec des morts. Pendant l’écriture de mon dernier livre, je lisais chaque jour deux ou trois pages de Madame Bovary, un peu comme un musicien s’accorde avant de jouer ses premières grilles. Mon héroïne, Maé Bavoir, est d’ailleurs l’anagramme d’Emma Bovary. Elle est, comme elle, férue de séries à l’eau de rose ; comme elle, elle se croit libérée ; comme elle, elle idolâtre toutes les fadaises contemporaines, à commencer par « l’émancipation de la femme ». Jusqu’au pire, jusqu’à l’irréparable.

Breizh-info.com : D’ailleurs, avec trois livres publiés sur trois années, quel est le secret pour être un bon écrivain selon vous ?

Thomas Clavel : « Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre » dirait Cyrano ! Un regard aiguisé, et l’oreille musicale. J’aime considérer l’écriture comme une violence mise en musique, une colère chantante. Une forme d’alchimie : transformer la laideur environnante en beauté sonnante et trébuchante — ma rage dissonante en partition réglée. Oh ! c’est vieux comme le monde — vieux comme la colère d’Achille qu’un poète aveugle a mise en vers. Oui, j’écris car je ne supporte plus le bruit — cette basse continue de la désinformation contemporaine. Remplacer le bruit par la foudre, telle est l’idée. Comme elle, la littérature permet de rééquilibrer certaines choses, au moins de décharger notre ciel intérieur de toutes ses fureurs.

Et puis il y a le travail quotidien, lancinant, cette voix intérieure cruellement impérieuse qui nous tire du sommeil à quatre heures du matin, nous enjoignant de repriser telle phrase mal ficelée, de redresser telle expression boiteuse. Un travail interminable, obsédant. Mais il faut bien finir, il faut bien accepter de finir, au risque de rendre un manuscrit imparfait ou incomplet — de toute façon, la perfection n’est pas de ce monde, et l’on ne peut jamais tout dire. Une « ardente patience », dirait Rimbaud. Oui, je crois que c’est cela, l’écriture : transformer la violence que le monde nous inflige en violence que l’on se fait à soi-même, consentie.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

2 réponses

  1. lu en diagonale mais je n’ai pas attendu une nana pour me rendre LIBRE
    je le dis fière d’être une femme avec Ses 3 patronnes MARIE GENEVIEVE JEANNE D’ARC
    et quend j’avais affaire a un stupide matcho ‘je lui claironnais MAMAN SUR papa peut être !!!’
    et depuis 1945 NOUS AVONS LE DROIT DE VOTE a traduire c’est votre tête qui porte votre liberté c’est pourquoi beaucoup de martyrs en 1793 !!!
    ne les oublions pas AMITIES

Les commentaires sont fermés.

- Sécession la première parution de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-info -

- Je soutiens BREIZH-INFO -

PARTAGEZ L'ARTICLE !

LES DERNIERS ARTICLES

ARTICLES LIÉS