Corsica Libera propose 10 points de négociation avec l’Etat français pour une solution politique à la situation en Corse

L’assassinat en prison d’Yvan Colonna a renforcé la détermination des nationalistes corses à pousser les autorités françaises à la négociation. Ainsi, Corsica Libera vient de proposer, au moins d’août, 10 points de négociation que nous vous proposons de découvrir ci-dessous, « 10 points sans lesquelles il n’y aura pas de processus historique » selon le parti .

Des points qui ne trouvent pour le moment aucun écho auprès de Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur et qui amène les indépendantistes à dénoncer des échanges stériles et à vouloir mobiliser rapidement la jeunesse.

Petru Antone Tomasi, membre de l’exécutif du mouvement indépendantiste, est resté sur la même ligne face à la presse : « Les Ghjurnate Internaziunale ont été un succès populaire et politique. Nous avons pu soumettre un projet en 10 points, véritable solution politique. À cette heure, aucune proposition de fond n’est sur la table. Cela traduit notre volonté de permettre la réussite d’un vrai processus politique qui garantisse l’existence du peuple corse sur sa propre terre et l’exercice de l’ensemble de ses droits nationaux, dont celui d’accéder à la souveraineté qui est un droit imprescriptible. Cette ambition pour la Corse nous oblige à juger sévèrement la parodie de processus en cours. » Pour l’ancien candidat aux élections législatives, « l’ensemble des autres participants à ces discussions tente de maintenir artificiellement l’illusion d’un moment  »historique » sous la bannière d’une  »autonomie » sans peuple corse, sans pouvoirs et sans contours ».

Les 10 points de Corsica Libera : pour une véritable solution politique en Corse

  1. La libération des prisonniers politiques et l’arrêt des poursuites.
    Par sa portée politique et symbolique, nous situons, pour notre part, cette mesure comme le prélude au processus et un gage de sincérité de la démarche engagée.
  2. La reconnaissance des droits du peuple corse
    Ce deuxième point revêt pour nous une double importance. D’abord, parce que nous avons pris l’engagement avec les dizaines de milliers de Corse qui ont manifesté ces derniers mois, de nous battre pour l’obtention de cette reconnaissance, comme pour la libération des prisonniers d’ailleurs. Ensuite, car de ce point découlent les suivants : le droit de nous doter de nos propres lois et donc de décider de ce qui est juste dans notre pays, le droit à sauvegarder notre langue, le droit de protéger notre terre, le droit d’y vivre et d’y travailler dignement, le droit de gérer nos ressources propres, le droit demain d’accéder à notre pleine souveraineté.
  3. La dévolution du pouvoir législatif
    C’est-à-dire le pouvoir de voter nos propres lois comme cela est le droit commun de la plupart des peuples en Europe et même au-delà. Le périmètre de ce pouvoir législatif étant évidemment évolutif.
  4. La coofficialité de la langue.
    C’est une mesure d’urgence à l’heure où la transmission de la langue entre générations ne concerne plus que 2% des familles et alors que l’appareil d’Etat, du gouvernement jusqu’au Conseil Constitutionnel, s’emploie à entraver l’enseignement par immersion. Ci tocca à rimette a nostra lingua à a piazza chì ghjè soia in stu paese.
  5. La citoyenneté corse
    La citoyenneté corse, fondée sur une durée de résidence permanente, afin réserver l’accès au foncier (le statut de résident), de prioriser l’accès à l’emploi (la corsisation des emplois) et de constituer un corps électoral légitime. C’est une mesure de salut public. En effet, avec une une augmentation des prix du foncier et de l’immobilier de 138% en dix ans, couplée à un phénomène de décorsisation des emplois, les Corses sont progressivement chassés de leur terre par l’installation massive de nouveaux arrivants, par les forces de l’argent de la spéculation. Cette question est une priorité absolue car nous n’accepterons pas de disparaître.
  1. Le statut fiscal et social
    Contrairement à ce que sous-entendent les propos infantilisants du ministre Darmanin sur le refrain bien connu « que ferait la Corse sans l’argent de la France ? », nous ne demandons pas plus d’aides financières à la France. Nous demandons même précisément le contraire ! Nous revendiquons un véritable statut fiscal social afin de maîtriser notre développement économique et d’assurer un mieux-être social. D’ailleurs, dans ce domaine aussi, contrairement au mythe de la fameuse « solidarité nationale », la dépendance a un coût puisque les dotations, donc les subventions d’Etat stagnent ou reculent alors que les impôts que Bercy prélève en Corse augmentent considérablement et de façon constante (117% entre 2004 et 2016 selon l’économiste Guillaume Guidoni). En réalité la pseudo « générosité » de la France à notre égard consiste donc à nous faire les poches et, en plus, à nous donner la leçon !
  2. La justice sociale
    Les forces sociales de ce pays ont eu raison de dire que l’évolution politique doit s’accompagner d’un volet social. Cela a toujours été la position de Corsica Libera qui n’a jamais dissocié libération nationale et libération sociale. Durant la dernière mandature à l’Assemblée de Corse, l’ensemble des observateurs a d’ailleurs reconnu notre investissement à ce sujet. Plusieurs projets que nous avons porté sur la lutte contre le chômage de longue durée (Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée), l’expérimentation du revenu universel, ou encore le micro-crédit ont été alternativement bloqués par Paris et ignorés par la majorité en Corse. Ces questions doivent figurer au processus.
  3. L’urgence écologique
    C’est l’un des grands défis de notre temps. Dans le prolongement de la « déclaration d’urgence climatique et écologique » que nous avons fait voté par l’Assemblée de Corse en 2019, la Corse doit disposer des moyens nécessaires à la préservation de sa biodiversité et à sa souveraineté énergétique.
  4. Le droit à la santé
    Est-il acceptable que la Corse soit le dernier morceau de terre sous domination de l’Etat français à être privé d’un Centre Hospitalier Universitaire (CHU) ? Dans les années 1970, les Corses étaient privés de leur droit à l’éducation. Ils se sont battus et ont obtenu la réouverture de l’université. De la même façon, dans les mois qui viennent, nous devrons nous mobiliser et arracher ce droit fondamental qu’est le droit à la santé.
  5. L’abolition des « lignes rouges » par l’abrogation du protocole du 17 mars.
    Arrêtons nous un instant sur ce dernier point qui est décisif. En effet, nous avons face à nous un obstacle majeur à la prise en compte de ces différents points.

Le protocole signé le 17 mars dernier entre Gérald Darmanin et Gilles Simeoni fixe explicitement une « ligne rouge », à savoir le refus de « créer deux catégories de citoyens ». Pour les représentants de l’Etat français, cette formule signifie clairement le refus d’engager des négociations sur les questions fondamentales que sont par exemple : la reconnaissance des droits du peuple corse, la coofficialité, la citoyenneté corse. Sans compter que la question de l’amnistie des prisonniers est également écartée.

En conséquence, Corsica Libera demande solennellement l’abrogation du protocole Darmanin-Simeoni et l’ouverture de négociations sans aucun préalable ni lignes rouges.

Crédit photo : DR
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Une réponse

  1. La mort de Colonna est un assassinat fomenté par le gouvernement…. c’est clair, vu qu’il était innocent !!! Relire les livres sur ce sujet !

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