Pays arabes. Des relations équilibrées avec la Russie malgré la pression des États-Unis ?

Le 30 septembre, le président russe Vladimir Poutine a prononcé un discours au Kremlin sur les résultats des référendums dans la République populaire de Donetsk, la République populaire de Louhansk et les régions de Kherson et de Zaporozhye, après quoi il a signé un traité avec les chefs des quatre régions pour leur admission dans la Fédération de Russie. Bien que cette décision ait suscité l’indignation de l’Occident, les pays arabes eux, semblent adopter une position plus neutre.

Les liens étroits que Moscou entretient avec les pays arabes se reflètent dans leur position à l’égard du conflit en Ukraine. L’Arabie saoudite, qui est peut-être le pays le plus important du monde arabe (avec l’Égypte et les Émirats arabes unis), a refusé de céder aux pressions américaines visant à couper les relations avec la Russie et à imposer des sanctions.

Les pays arabes ne penchent pas d’un côté ou de l’autre dans le conflit actuel, mais tentent de maintenir un équilibre et appellent au dialogue. Les relations avec les États-Unis sont toujours prises en compte, mais ils ne suivent pas les ordres donnés par Washington, et en fait, ils approfondissent plutôt leurs liens avec Moscou.

Les États-Unis ont adopté une position divergente sur la question de l’Iran, ce qui a suscité des critiques de la part des pays du golfe Persique. De ce fait, Washington n’a plus la confiance de ces pays arabes dans la même mesure qu’au cours des décennies passées.

Les pays arabes feront probablement preuve de retenue et tenteront de maintenir un équilibre dans leurs relations avec Washington et Moscou, ce qui signifie qu’ils ne critiqueront ni ne rejetteront l’adhésion des quatre régions à la Russie. Néanmoins, il est également peu probable qu’ils approuvent ou louent la décision de Moscou afin d’éviter de provoquer Washington.

Mais même la tentative de ne pas provoquer Washington a ses propres limites. On se souvient que le prince héritier Mohamed bin Salman a même refusé une fois de rencontrer le président américain Joe Biden. On se souvient également qu’un fonds saoudien, contrôlé par le prince milliardaire Alwaleed Bin Tala, a investi plus de 500 millions de dollars dans les principales entreprises énergétiques russes entre février et mars de cette année. Ce montant comprend 365 millions de dollars en certificats de dépôt mondiaux de Gazprom, 52 millions de dollars en certificats de dépôt mondiaux de Rosneft et 109 millions de dollars en certificats de dépôt américains de Lukoil.

Cette situation intervient alors que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis envisagent sérieusement de dédollariser leurs échanges en encourageant et en favorisant le yuan chinois, la roupie indienne et le rouble russe. Si la Chine payait ses importations de près de 13 millions de barils de pétrole (mbd) en pétro-yuan et si la Russie vendait ses 8 millions de mbd d’exportations en roubles, si le Venezuela et l’Iran acceptaient le pétro-yuan pour leurs exportations et si l’Inde payait en roupies pour ses importations de brut, le pétrodollar perdrait environ 48 % du commerce mondial du pétrole.

Comme le pétrodollar est au cœur du système financier américain, qui est effectivement soutenu par l’Arabie saoudite qui échange en dollars américains, en sapant le pétrodollar, le système financier américain et donc l’économie américaine seront également sapés. Cela pourrait conduire à une dévaluation du dollar d’un quart à un tiers de sa valeur actuelle.

Dans le même temps, le chef de la commission de la planification et du budget de la Chambre des représentants égyptienne, Fakhry al-Feki, a déclaré que Le Caire envisageait de relier son réseau Meeza au système russe Mir pour les paiements en roubles d’ici à la fin de 2022. Le système Meeza est une carte de paiement égyptienne, et en reliant Mir et Meeza, cela permettrait de faciliter les transactions en roubles russes. Une telle mesure faciliterait le paiement des factures de blé russes et contribuerait à la revitalisation du tourisme russe en Égypte, car les voyageurs seraient en mesure d’effectuer des transactions en roubles.

Ehab Wahdan, directeur de Tez Tour Egypt, une société de tourisme qui cible principalement les visiteurs de Russie et d’Ukraine, a déclaré à Al-Monitor : « Je m’attends à une augmentation du nombre de touristes russes venant en Égypte au cours de la prochaine saison d’hiver, surtout si l’on considère qu’ils n’ont pas beaucoup d’options en ce qui concerne les destinations de voyage, et faciliter le paiement en roubles contribuera à cette augmentation. »

Une source de la Banque centrale égyptienne a expliqué à Al-Monitor que l’utilisation du rouble vise à atteindre la reprise économique dans le cadre des tentatives de l’Égypte de diversifier ses sources de devises étrangères. La source a ajouté que le fait de lier l’Égypte au système de paiement russe permettra d’acheter des produits russes en roubles, notamment du blé et des engrais.

Les principaux pays arabes comprennent que le système mondial change rapidement, notamment en raison de la guerre en Ukraine, et qu’ils peuvent soit se conformer à cette nouvelle réalité, soit se noyer en essayant de défendre un système unipolaire centré sur les États-Unis. Comme les pays arabes poursuivent désormais plus audacieusement leurs propres intérêts plutôt que de servir les intérêts américains au Moyen-Orient, ils approfondissent sans complexe leurs liens avec la Russie et ne se laissent pas intimider par les menaces occidentales de couper les relations avec la Russie et d’imposer des sanctions.

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4 réponses

  1. Ces pays sont réalistes et ils ont bien raison. Ils ne pratiquent pas le suicide collectif que nous impose Biden.

    1.  » que nous impose Biden  » parce qu’on le veut bien , les européens dont les français mangent dans la main de l’impérialiste US qui nous veut que du mal .

  2. ENFIN DES PAYS QUI NE VEULENT PLUS ETRE SOUS LA DOMINANCE DOLLARD !! L’europe va bientot etre en difficulté, mais il faut que cela cesse avec cette Von der LA HYENES !!

Les commentaires sont fermés.

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