Loire-Atlantique : des chantiers au souk, le destin des outils volés

L’interpellation, le 11 et le 12 octobre dernier, de six hommes issus d’une même famille élargie, disséminée entre Châteaubriant et le sud-Loire, et mis en cause pour vols et recel d’outillages et d’engins de chantier, permet de faire un peu de lumière sur le destin des outils volés sur les chantiers, mais aussi dans les caves, garages et jardins des particuliers – les cambriolages sont un véritable fléau, mais derrière les outils des voleurs, il y a des filières ramifiées pour faire du profit sur chaque bien volé. 

« Il y a vraiment des spécialistes du métier. Ils volent des engins de chantier et des outils, depuis des années parfois – et quand on arrive à les faire tomber, sur leurs terrains, dans leurs locaux où les box qu’ils louent, on peut résoudre ainsi des dizaines d’affaires. Ils ne font que ça – voler et centraliser des outils volés, faire des lots, les revendre », explique un policier chevronné nantais. 

Les engins, les chariots à fourche, les minipelles et autres robots de chantier ? « Il y a les filières de l’est. Ça repart vers les pays de l’Est, la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, dans des camions bâchés qui rentrent à vide, et pour les outils, dans des Renault Espace ou des camionnettes – il y a des familles qui ne cessent de faire des allers-et-retours à travers toute l’Europe. Et puis il y a celles du Sud, direction Marseille, et après ça passe la mer ». 

Les outils en boîte, les machines outils, l’éléctroportatif professionnel ? « ça trouve preneur auprès des professionnels d’origine étrangère – il y en a pas mal du côté de Châteaubriant justement – et sinon, ça fait des lots d’outils ». Comme pour l’éléctroportatif semi-professionnel et celui des particuliers – « dans un lot, l’outil il va être à 3, 5 euros. Beaucoup travaillent avec des marocains. Ils achètent des conteneurs de moteurs, de voitures ou de machines pour pièces – ça c’est parfaitement légal, et en plus, il y a des outils. Qui s’y intéresserait ? Résultat, ça finit au souk, revendu au détail, ça reste intéressant. Et surtout une fois en Afrique, l’outillage… pas près d’être rendu aux victimes ». 

On retrouve d’ailleurs des ressortissants du Maroc – ou d’autres pays du nord de l’Afrique – ailleurs dans la filière. « Les voleurs, ils ne volent pas tout eux-mêmes. Pas le temps, et pas le profil à risquer le placard [la prison] pour une visseuse ; généralement avec leurs antécédents, il n’y a pas de sursis pour eux – donc ils ne se dérangent que si ça en vaut la peine. En revanche, ils rachètent. Aux voyageurs qui font des périples où ils piquent une voiture et vont casser [fracturer] cinq, dix baraques à travers tout le département. Aux blédards qui volent à Nantes, dans les caves, les garages, les abris de jardin… aux ouvriers indélicats qui se servent… une perceuse-visseuse à batterie, ça se vend mieux qu’un service en porcelaine. Donc pendant le cambriolage, le service reste en place et la perceuse est embarquée, le voleur sait qu’il pourra la refourguer ». 

En tout cas, nul doute pour les policiers nantais que les trafiquants de Châteaubriant seront bien vite remplacés sur le marché. « Rien qu’autour de Nantes, il y a des dizaines de voyageurs qui revendent des outils volés. Et puis les filières, ce genre de coup de filet ne les atteint pas. Tant qu’il y a des clients, ici ou par delà les mers... ». 

Emilie Lambert

Photo : Pixabay (cc)
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2 réponses à “Loire-Atlantique : des chantiers au souk, le destin des outils volés”

  1. patphil dit :

    violence policière encore une fois! les djeunes des quartchiers empruntent des outils pour pouvoir travailler et on les en empêche!

  2. Travis dit :

    Un autre aspect de la globalisation des marchés…

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