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Une vie de journaliste politique permet d’emmagasiner beaucoup de choses que l’on peut utiliser plus tard dans un livre. Et comme les autres auteurs n’ont pas tout dit sur le sujet abordé…
Platitudes et parisianisme illustrent l’ « édito » que Sébastien Le Fol produit pour Le Télégramme le samedi. Jacques Julliard dans Le Figaro et Thomas Piketty dans Le Monde sont meilleurs… il n’y a pas photo ! Mais notre homme se rattrape avec En bande organisée – Mitterrand, le pacte secret (Albin Michel, février 2023). Un travail de bénédictin s’efforçant de faire la lumière sur la « bande des quatre » : François Mitterrand, François Dalle, André Bettencourt et Pierre de Bénouville. Quatre copains qui s’épaulèrent ; on les trouve d’abord à Vichy, puis dans la Résistance, puis dans la IVe République, et enfin dans la Ve République. Ils savent rebondir et s’adapter aux circonstances… La magnifique carrière de Mitterrand passant de l’extrême droite avant-guerre (Volontaires nationaux, l’organisation de jeunesse du mouvement des Croix-de-feu du colonel de La Rocque) au Parti socialiste (1971) et à l’union de la gauche (1972) mérite les félicitations du jury. Un artiste de la politique…
En 89 chapitres, Sébastien Le Fol raconte anecdotes, entretiens, portraits, témoignages… Il y en a pour tous les goûts. Mais notre préférence ira au chapitre 61 consacré à la rencontre Chirac-Le Pen avant le second tour de l’élection présidentielle de 1988. En effet, avenue Montaigne, Pierre de Bénouville possède une « garçonnière » dans laquelle des rencontres discrètes peuvent s’effectuer. « Ce jour-là, Jacques Chirac ne s’y rend pas pour deviser avec son hôte de la littérature et des femmes devant une tasse de thé. Pas plus que ne le faisait Mitterrand. Nous sommes au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle de 1988. François Mitterrand est arrivé en tête avec 34,10 % devant celui qui est encore maire de Paris (19,90 %).
Chirac va à Canossa
Sur la troisième marche du podium, Raymond Barre (16,50 %) apporte son soutien à Chirac. Mais ce ne sera pas suffisant pour le chef du RPR. Il devra aussi pouvoir compter sur les voix de Jean-Marie Le Pen, arrivé en quatrième position. Ce dernier, qui n’avait pu se présenter en 1981, réalise déjà un score historique : 14,40 %. Chirac a donné son accord du bout des lèvres à Charles Pasqua pour qu’il organise une entrevue avec le leader du Front national. Un an plus tôt, sur RTL, celui-ci a dit que les chambres à gaz étaient « un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ».
Quand il a fallu trouver un lieu discret pour héberger cette rencontre, on s’est tourné vers « Bénou », ainsi qu’on le nomme au RPR. Député de la douzième circonscription de Paris, Pierre de Bénouville est aussi l’ami de Le Pen. Il sait garder les secrets. Celui-ci sera dévoilé en 2002 par le journaliste Eric Zemmour dans son livre L’homme qui ne s’aimait pas. Charles Pasqua confirmera l’information à Pierre Péan : « J’ai demandé à Chirac s’il souhaitait rencontrer Le Pen, il m’a dit oui, j’ai donc arrangé cette rencontre. Je les ai présentés, ils se sont serré la main, je les ai laissés parler et ensuite j’ai raccompagné Le Pen jusqu’à la sortie. » Jean-Marie Le Pen se souvient avec gourmandise de ce tête-à-tête : « Chirac était très nerveux. Il battait du pied et fumait cigarette sur cigarette. J’étais étonné par sa fébrilité. Sa gêne était évidente. La discussion avait quelque chose d’irréel. Le décor ajoutait au pittoresque. L’appartement de Bénouville, c’était un lupanar. » Selon lui, Pierre de Bénouville n’a pas assisté à la discussion, mais il était présent dans l’appartement. »
Il manque une bonne conclusion à ce chapitre : en quoi a consisté l’accord entre Chirac et Le Pen ? Quelles promesses ? Des promesses politiques, de l’argent… Qu’a fait ou dit Le Pen pour le second tour ? Comment a-t-il aidé Chirac ? Le lecteur de Sébastien Le Fol reste sur sa faim.
B. Morvan
Crédit photo : Roland Godefroy/Wikiledia (cc)
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2 réponses à “Mitterrand. Sébastien Le Fol raconte parfois la moitié de l’histoire…”
Les » petits arrangements » secrets sont fréquents en politique mais le petit peuple n’a pas accès à la » cuisine » des grands et le fait de révéler quelques bribes n’intéresse pas grand’ monde aujourd’hui, les français ont d’autres préoccupations que les potins tardifs de la politique !
les gens continuent de voter pour ces gugusses qui les trahissent , la gamelle est bonne pour eux!