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21 juin. Le soleil s’élève lentement à l’est, entre ciel et pierre, comme s’il jaillissait de la terre même. Le solstice d’été est là, sommet du cycle solaire, instant suspendu où la lumière triomphe enfin de l’ombre. A Stonehenge comme sur les hauteurs du Massif armoricain ou dans les forêts sacrées des Gaules, c’est un moment de magie païenne, de mémoire vive, d’espérance à visage d’homme.
Le solstice est plus qu’une donnée astronomique. C’est une respiration cosmique. Un seuil. Une porte. Le « point culminant du cycle agraire », le sommet de la roue de l’année. Il était fêté par nos ancêtres avec des feux dressés sur les collines, des couronnes de fleurs suspendues aux mâts, des danses et des sauts désespérés par-dessus les flammes.
Le soleil, pour les Celtes, n’était pas un dieu à adorer, mais une présence sacrée, une force de vie. Il était porté par plusieurs visages : Bélénos, à l’éclat radieux, fêté à Beltaine ; Lug, le polytechnicien, héros lumineux de la connaissance et de la guérison ; Taranis, maître de la foudre, du Feu du ciel. Et à chaque tournant du monde, un rite.
Le feu du solstice, ce n’était pas une simple flambée de branchages. C’était un acte sacré. Une architecture éphémère, en forme de meule ou de roue, mêlant bois du chêne et guirlandes de feuillage, dressée vers les cieux. On y couronnait l’élan vital de la jeunesse. Parfois, par des gestes rudes à nos yeux désensibilisés, un animal était lié à la cime du feu, offrande instinctive à l’élément qui purifie et transforme.
Car le Feu, en nos mythologies, est triple : le feu terrestre, qui brûle les foyers ; la foudre, qui traverse l’air comme la volonté des dieux ; et le soleil, roi invisible du ciel. Le solstice célèbre la conjonction des trois. Et c’est pourquoi les rites se multiplient : roue enflammée dévalant la pente, feu de joie où l’on devine les récoltes, herbes cueillies à reculons, à l’aube, pour en tirer toute la vertu.
L’église n’a pu abolir cela. Elle a dû le transfigurer. Elle a plaqué sur la nuit de feu la figure de Jean le Baptiste. La St Jean, le 24 juin, est comme un masque sur les antiques feux païens.
Les druides, eux, saluaient le soleil au zénith et à l’aube. Ils traçaient dans les pierres levées l’arc solaire, ils lisaient dans les cycles l’avenir des peuples. Car c’est dans l’éternel retour du même que s’inscrit le devenir. A Stonehenge, temple à ciel ouvert, l’élan du soleil au solstice venait frapper la pierre du Heel Stone. Et le monde s’alignait.
La souveraineté, chez les Celtes, était une conquête. Il fallait tuer le vieux roi stérile, comme Lug terrassa Balor. Il fallait se soumettre à la loi des cycles. Le chevalier du Chêne cède au chevalier du Houx, mais reviendra à Samain. L’ombre n’est jamais totale, la lumière jamais définitive. Tout meurt et renaît.
Le chêne, arbre de la foudre, arbre du solstice, est la clef de la porte. Dans l’alphabet des druides, il est Duir, la porte, celle qu’on franchit entre deux âges du monde. Le Feu qu’on allume avec ses branches n’est pas qu’une chaleur : c’est une présence. Et c’est à son ombre que se jouent les rites de passage, les alliances avec les forces invisibles.
Au matin du solstice, les herbes parlent. Leur sève est à son comble, leur pouvoir intact. Millepertuis, armoise, camomille, fougère, verveine, hysope, menthe poivrée, églantier : elles tissent une pharmacopée populaire et sacrée. Les cueillir, c’est renouer avec l’art ancien de guérir l’âme et le corps.
Et quand la nuit descend, les couples sautent au-dessus du brasier. Ils y cherchent la promesse des moissons, la protection du bétail, la fertilité du lien. Le feu purifie. Le feu prépare. Le feu consacre.
Nous avons délaissé ces rites. Nous avons oublié que la lumière est fragile. Nous vivons sous les néons, dans les villes sans nuit, les saisons sans règle, les calendriers sans sacralité. Mais il suffit d’une nuit, d’un matin, d’une colline. Il suffit d’un feu dressé. Il suffit de se taire et de voir, dans le ciel, le retour du soleil invaincu.
Jean Mabire disait : « Ce que les hommes aperçoivent dans Sun Stone, ce n’est pas le signe maudit de la fin du monde, c’est la présence vivante de l’éternel retour. » Et c’est cela, le solstice : non pas une fin, mais une boucle. Une fidélité.
Fidèles, nous le sommes encore, à notre manière. Quand nous saluons le soleil, quand nous honorons la terre, quand nous aimons l’été, quand nous semons des graines pour les enfants à venir. Nous sommes les fils d’une mémoire ancienne. D’une roue. D’une lumière. Le feu n’est pas mort. Il dort, au creux du chêne. Il attend l’étincelle.
Aujourd’hui, c’est le 21 juin. Le jour le plus long. L’instant où tout est possible. Levons les yeux. Et que le soleil guide encore nos pas.
Arthur Le Tallec
Photo : Pixabay (cc)
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Une réponse à “Le retour du soleil invaincu : ode au solstice d’été (Sol Invictus)”
« le feu du solstice, ce n’était pas une simple flambée de branchages. C’était un acte sacré. »
« L’église n’a pu abolir cela. Elle a dû le transfigurer. Elle a plaqué sur la nuit de feu la figure de Jean le Baptiste. La St Jean, le 24 juin, est comme un masque sur les antiques feux païens. »
Merci Arthur Le Tallec.