Une photographie a suffi à rallumer la querelle. Ce dimanche 9 août, à Bellaghy, dans le sud du comté de Londonderry, Michelle O’Neill, Première ministre d’Irlande du Nord et vice-présidente du Sinn Féin, a été photographiée à la commémoration annuelle de Thomas McElwee, aux côtés de l’élue Emma Sheerin et de plusieurs cadres du parti. McElwee, membre de l’IRA provisoire, est mort le 8 août 1981 après 62 jours de grève de la faim, à 23 ans. Il purgeait une peine de 20 ans de prison pour détention d’explosifs et pour l’homicide d’Yvonne Dunlop.
Ballymena, 9 octobre 1976
Yvonne Dunlop avait 26 ans et 3 enfants. Elle travaillait dans une boutique de Ballymena lorsque 2 femmes y ont abandonné un sac de courses. En l’inspectant, elle a déclenché l’engin incendiaire qui s’y trouvait. Son fils de 9 ans a pu s’échapper. Elle est morte brûlée.
McElwee, lui, avait été arrêté quelques mois plus tôt avec 2 autres membres de l’IRA, après l’explosion prématurée de la bombe qu’ils transportaient en voiture. Le souffle avait éjecté les 3 hommes du véhicule : McElwee y a perdu un œil, un autre une partie de sa jambe. Incarcéré au Maze, il rejoint la « blanket protest » avant de s’engager dans la grève de la faim de 1981, celle-là même que Bobby Sands avait ouverte et qui coûta la vie à 10 détenus républicains. Son cousin Francis Hughes, originaire du même village de Bellaghy, était mort quelques semaines plus tôt.
Geoffrey Dunlop, un autre fils de la victime, s’est dit cette semaine profondément déçu par le Sinn Féin et par Michelle O’Neill. Il ne comprend pas, explique-t-il, que le parti juge acceptable de continuer à blesser sa famille, et met en cause la contradiction entre la lutte affichée contre les violences faites aux femmes et l’hommage rendu à l’homme responsable de la mort de sa mère : « Et la vie de notre maman ? »
Deux chevaux à la fois
Le patron de l’Ulster Unionist Party, Jon Burrows, ancien officier de police devenu chef de file du parti en janvier dernier, a parlé d’une « conduite atroce » de la part d’une Première ministre qui demande à être jugée comme la dirigeante de tous. Se tenir à une cérémonie honorant Thomas McElwee, estime-t-il, ne relève pas de cette fonction et inflige une souffrance nouvelle à une famille qui a déjà tout perdu. Regarder vers l’avenir, ajoute-t-il, n’oblige ni à excuser le terrorisme, ni à glorifier ses auteurs, ni à ignorer les victimes innocentes. Sa formule : ce sont les victimes qu’il faut honorer, pas ceux qui les ont faites.
L’élue DUP de South Down Diane Forsythe a pointé la même incohérence. L’exécutif de Stormont, que Michelle O’Neill codirige avec la vice-Première ministre Emma Little-Pengelly, a érigé la lutte contre les violences faites aux femmes en priorité. « On ne peut pas monter deux chevaux à la fois », résume-t-elle : soit ces violences et le terrorisme sont condamnables sans réserve, soit le Sinn Féin considère qu’il existe des circonstances où l’on peut les excuser.
Un porte-parole du parti républicain s’en est tenu à une ligne défensive éprouvée depuis des décennies : chacun a le droit de se souvenir de ses morts avec dignité et respect. Le bureau exécutif de Michelle O’Neill, sollicité, n’avait pas réagi à la publication de ces réactions.
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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