12 500 places, guichets fermés à répétition, des tribunes posées sur la pelouse et un vacarme qui ne laisse aucun visiteur tranquille : La Rabine est le principal actif sportif du RC Vannes. Pas son budget, pas son centre d’entraînement, pas même son recrutement. Son stade. Et le club vient d’annoncer qu’il allait possiblement s’en priver au moins une fois cette saison, peut-être deux.
13 recrues, 7 avants et un effectif taillé pour durer
Sur le papier, le RCV n’a pas boudé l’effort. 13 recrues cet été, dont 7 avants, avec des signatures qui ne ressemblent pas à du remplissage : Ugo Boniface, double champion d’Europe avec l’UBB, le deuxième ligne argentin Matias Alemanno, Raymond Nu’u, considéré comme l’un des meilleurs joueurs de Pro D2, le pilier gauche Giorgi Beria arrivé de Perpignan, plus les retours de Pierre Popelin à l’ouverture et de Nathanaël Hulleu derrière.
Le staff a même délocalisé sa préparation à La Plagne, à 2 010 mètres, chambres partagées jusqu’à 12 joueurs, rafting sur l’Isère et réunions le soir pour poser les règles de vie du groupe. Jean-Noël Spitzer a insisté sur ce point : d’ordinaire, un entraîneur ne dispose pas de ses joueurs après 18 heures. Une semaine en montagne lui a rendu ce temps-là.
Reste que le Top 14 ne se gagne pas en séminaire. Vannes en est reparti après un aller-retour, et l’élite française avale les promus avec une régularité de métronome. Un club qui monte ne se maintient pas en allant chercher des exploits à Toulon ou à Toulouse. Il se maintient en verrouillant ses réceptions, une par une, sans en laisser filer une seule.
Le 19 septembre à Rennes, le 7-8 novembre peut-être à Nantes
C’est précisément ce que le club s’apprête à compromettre. La réception du Stade Toulousain, quadruple champion de France en titre, lors de la 3e journée, se jouera au Roazhon Park le samedi 19 septembre, en prime time. Une seconde délocalisation est à l’étude pour la venue de l’Union Bordeaux-Bègles, au stade de la Beaujoire et ses plus de 35 000 places, lors de la 9e journée, le week-end des 7 et 8 novembre.
L’argument financier est connu. Olivier Cloarec l’avait chiffré après le premier essai rennais de novembre 2025 contre Grenoble : « On doit générer autour de 100 000 euros supplémentaires en allant jouer là-bas ». Le président avait raison sur un point : les billets étaient partis en quelques heures, l’engouement était réel, la démonstration bretonne réussie.
Sauf que 100 000 euros, rapportés à ce que représente une saison de Top 14 en droits télé, en visibilité et en attractivité pour le recrutement, c’est une pièce jaune. Une descente, elle, se paie pendant des années. Le calcul n’est pas défavorable, il est absurde.
Ce qu’un promu perd quand il quitte son stade
Un stade de rugby de 12 500 places où le public est à quelques mètres de la touche ne produit pas le même match qu’une enceinte de football de 30 000 places dont un tiers sera occupé par des passionnés certes, mais aussi beaucoup de curieux. La pression sur l’arbitre, le bruit au moment d’une touche à 5 mètres, la sensation d’étouffement pour un pack visiteur : tout cela se fabrique dans un chaudron, pas dans un grand stade neutre où l’on vient assister à un événement.
Le Stade Toulousain, lui, ne sera pas dépaysé. Ces joueurs-là évoluent toute l’année devant 30 000 personnes et davantage. Vannes leur offre le confort de leur quotidien et se prive du seul terrain où ils sont mal à l’aise.
Le calendrier aggrave le dossier. La 3e journée, c’est le moment où un promu doit engranger avant que l’automne ne fasse les comptes. Et la 9e journée tombe début novembre, c’est-à-dire à l’entrée de la période que Cloarec lui-même identifiait comme le point faible du club, quand les défaites s’enchaînent et que les organismes accusent les déplacements. Sortir de La Rabine à ce moment précis relève du contresens.
Nantes, une belle idée bretonne au mauvais moment
Sur Nantes, une précision s’impose, parce qu’elle compte. Olivier Cloarec justifie l’hypothèse de la Beaujoire en rappelant que la ville et son stade « font partie de l’histoire de la Bretagne ». Sur ce terrain-là, il a entièrement raison, et il faut lui rendre cette lucidité que beaucoup d’élus bretons n’osent plus afficher. Voir un club breton porter ses couleurs en Loire-Atlantique, devant 35 000 personnes, vaut tous les colloques sur la réunification.
Mais un projet identitaire ne se construit pas sur une équipe qui redescend en Pro D2 au printemps. La meilleure ambassade que le RCV puisse offrir à la Bretagne, de Brest à Nantes, c’est de tenir dans l’élite. Le club sait d’ailleurs très bien faire tourner le rugby sur le territoire sans hypothéquer ses points : il reçoit la Section Paloise en amical le 21 août à Guingamp. Voilà l’outil adapté. Les matchs de gala en amical, les matchs de championnat à la maison.
Personne, en Bretagne, ne souhaite se tromper sur le fond : ce club fait rêver bien au-delà du Morbihan, dans toute la Bretagne et le voir tenir tête aux gros du Top 14 serait l’une des plus belles histoires du sport breton depuis longtemps. C’est justement pour ça qu’il faut le dire maintenant, avant le coup d’envoi, plutôt qu’en juin devant un tableau de classement.
Le calendrier, lui, ne bougera pas : Pau la semaine prochaine à Guingamp, Connacht en amical le 28 août à La Rabine, ouverture du championnat le 5 septembre à Castres, puis Toulouse au Roazhon Park le 19 septembre.
Espérons néanmoins que les délocalisations me fassent mentir, et que le RC Vannes non seulement se maintienne, mais réalise une saison historique.
YV
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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