Trois associations bretonnes – Enviro-Veritas, Les Gardiens du Large et PIEBIEM – ont décidé de s’associer à un recours déposé devant le Conseil d’État contre le décret du 13 février 2026 fixant la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3). Elles contestent la légalité de ce texte, estimant qu’il aurait dû être précédé d’un vote parlementaire définissant les grandes orientations de la politique énergétique nationale.
Selon les requérants, le gouvernement a engagé la France sur dix ans en matière de politique énergétique et de finances publiques sans base législative préalable, alors même que le Code de l’énergie prévoit un tel cadre. Ils dénoncent une méthode jugée précipitée, qui aurait écarté plusieurs travaux parlementaires, expertises scientifiques et retours d’expérience issus de la précédente programmation.
Une trajectoire de consommation jugée irréaliste
Sur le fond, les associations contestent le scénario retenu pour la demande d’électricité. La PPE3 table sur une forte hausse de la consommation d’ici 2035, alors que, selon elles, de nombreux experts constatent plutôt une stagnation durable dans un contexte de désindustrialisation, de sobriété accrue et de prix élevés de l’énergie.
Elles estiment en conséquence que l’objectif de développement des énergies renouvelables intermittentes – 120 GW en 2035 contre 54,5 GW fin 2025 – conduirait à un doublement jugé excessif des capacités, alors même que le parc pilotable existant (nucléaire et hydraulique) demeure opérationnel et que la pointe hivernale dépasse rarement 90 GW. Les requérants évoquent un risque de surproduction durable et soutiennent qu’aucun nouveau moyen de production ne serait nécessaire à l’horizon 2035, hors situations extrêmes
Ils mettent également en cause l’évaluation des émissions de CO₂ évitées, affirmant que la méthodologie utilisée ferait débat et pourrait conduire à une appréciation contestable des effets climatiques du dispositif.
L’éolien en mer et la spécificité bretonne
Pour les trois associations bretonnes, le point le plus sensible concerne l’éolien en mer, et en particulier la technologie flottante retenue pour certains projets au large de la Bretagne. La PPE3 prévoit un passage de moins de 2 GW aujourd’hui à 15 GW en 2035, puis 18 GW en 2037.
Les opposants soulignent que l’éolien flottant, plus coûteux et technologiquement moins mature, présenterait des contraintes supplémentaires. Ils évoquent la dépendance industrielle à des équipements fabriqués en grande partie en Asie, ainsi que des interrogations déjà formulées sur la pertinence de cette filière.
Au-delà de la question économique, les associations mettent en avant les impacts paysagers et patrimoniaux d’installations proches des côtes, les atteintes potentielles à la biodiversité marine et aux fonds marins, ainsi que les conséquences pour la pêche, le tourisme, la plaisance ou la sécurité maritime dans des zones de trafic dense.
Un recours collectif d’ampleur nationale
Les trois structures bretonnes se sont jointes à un recours porté notamment par la Fédération Environnement Durable (FED), Vent de Colère et Sites & Monuments, aux côtés d’autres collectifs régionaux.
Le Conseil d’État devra désormais se prononcer sur la légalité du décret et sur la procédure ayant conduit à son adoption. Au-delà du cas breton, c’est l’ensemble de la trajectoire énergétique nationale pour la décennie à venir qui se retrouve ainsi placée sous contrôle juridictionnel.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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