Talonnée par la droite au premier tour, la maire socialiste de Nantes Johanna Rolland a scellé une alliance avec La France Insoumise pour le second tour — après avoir juré qu’elle ne le ferait pas. À Brest, François Cuillandre a fait exactement le même choix. Résultat : des listes qui se disloquent, des alliés modérés qui fuient, mais des apparatchiks PS qui s’accrochent au pouvoir coûte que coûte. La gauche « humaniste » tombe le masque.
Nantes : le revirement de Johanna Rolland
Il y a quelques semaines encore, Johanna Rolland affirmait qu’elle ne s’allierait pas avec La France Insoumise. C’était avant le premier tour. Avant que la droite unie de Foulques Chombart de Lauwe ne vienne talonner la maire sortante dans ce qui était considéré comme un bastion imprenable du PS. Avec environ 35% des voix au premier tour, Rolland a vu le sol se dérober sous ses pieds.
Dès le lendemain, la « fusion technique » avec la liste LFI de William Aucant était actée. Dix candidats insoumis ont intégré la liste rebaptisée « La Gauche unie pour Nantes » — dont Erika Cadersah, présentée comme « militante antiraciste », et un certain Patrice Boutin, comédien, qui avait été élu sur la liste Rolland en 2020 avant de rejoindre LFI. Le voilà qui revient comme si de rien n’était, à la 40e position.
Le plus ubuesque ? William Aucant a d’ores et déjà annoncé que le futur groupe LFI siégerait dans l’oppositionau conseil municipal. Autrement dit, Rolland offre des places sur sa liste à des gens qui combattront sa propre politique une fois élus. On cherche en vain la cohérence — sauf si l’on admet que le seul objectif est arithmétique : additionner les voix pour garder le fauteuil de maire.
Le navire se disloque
Cette manœuvre a un prix, et il est salé. Le premier adjoint de Johanna Rolland, Bassem Asseh, a quitté la liste — un fait sans précédent qui en dit long sur le malaise. Le Parti radical de gauche a claqué la porte dans la foulée. Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann, a emboîté le pas ce mercredi 18 mars, retirant ses deux candidats par fidélité à sa « ligne nationale » : pas d’alliance avec LFI.
L’ancien collaborateur de Jean-Marc Ayrault, Pascal Bolo, poids lourd du PS nantais, a qualifié la proposition de « front antifasciste » avancée par LFI de « surréaliste », rappelant qu’il existait une autre voie, « pratiquée depuis 80 ans à gauche » : le simple désistement républicain. Celui-là même que le socialiste Benoît Payan a obtenu du député insoumis Sébastien Delogu à Marseille — sans avoir à brader sa liste.
Mais Johanna Rolland n’a pas voulu — ou pas pu — négocier un désistement. Elle a préféré la fusion. La compromission totale plutôt que le risque de perdre.
Brest : Cuillandre, même combat
Le scénario nantais est le copier-coller de ce qui s’est produit à Brest. François Cuillandre, maire socialiste sortant depuis 2001, est arrivé deuxième au premier tour avec seulement 23,88% des voix, loin derrière Stéphane Roudaut (droite modérée) qui a créé la surprise à 30,24%. Vingt-quatre heures plus tôt, l’alliance avec LFI semblait « inimaginable ». Vingt-quatre heures plus tard, elle était signée.
Cuillandre, proche de François Hollande, avait toujours rejeté l’idée d’un rapprochement avec le mouvement de Mélenchon. Mais face à la perspective de perdre un fauteuil qu’il occupe depuis un quart de siècle, les grands principes ont fondu comme neige au soleil. Une liste commune de 55 noms a été déposée, et le même cirque qu’à Nantes s’est mis en place : une « fusion » sans véritable accord programmatique, où l’on additionne les étiquettes en espérant que l’électeur ne regarde pas de trop près.
La gauche « humaniste » tombe le masque
Le parallèle entre Nantes et Brest est édifiant. Dans les deux cas, des maires PS qui se réclamaient d’une gauche modérée, « humaniste », républicaine, n’ont pas hésité une seconde à s’allier avec un mouvement dont les positions sur l’antisémitisme, le communautarisme et la laïcité posent question à une large partie de l’opinion — y compris à gauche.
Johanna Rolland tente de justifier sa volte-face en invoquant la menace d’une « droite dure » à Nantes. L’argument est d’autant plus grotesque que Foulques Chombart de Lauwe, petit-fils d’un colonel de la Résistance, mène une liste d’union de la droite et du centre soutenue notamment par Les Centristes d’Hervé Morin — qui a dénoncé une « alliance de la honte » entre le PS et LFI. Quand la maire parle d’un candidat qui « superpose ses positions à l’extrême droite », c’est d’un homme dont la famille a combattu le nazisme qu’elle parle. Le ridicule ne tue plus, visiblement.
Le vrai visage du pouvoir socialiste
Ce que révèlent ces alliances, c’est une vérité que les électeurs bretons feraient bien de méditer : pour la gauche socialiste, le pouvoir n’est pas un moyen, c’est une fin. Les « valeurs » sont un décor de campagne que l’on range au placard dès que les résultats du premier tour l’exigent. L’« humanisme nantais » dont se gargarise Rolland s’accommode très bien de colistiers insoumis qui siégeront dans l’opposition. La « social-écologie » brestoise de Cuillandre s’adapte sans sourciller à une fusion avec des mélenchonistes qu’il vilipendait la veille.
À Nantes comme à Brest, la gauche a fait son choix. Les électeurs feront le leur dimanche.
Crédit photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.