Vingt-quatre heures après le triomphe du Français Paul Magnier en ouverture de la Grande Partenza bulgare, le maillot rose change déjà d’épaules — et de continent. Au terme d’une deuxième étape de 221 kilomètres entre Bourgas et Veliko Tarnovo, l’ancienne capitale médiévale bulgare, c’est l’Uruguayen Guillermo Thomas Silva (XDS Astana) qui s’est imposé ce samedi 9 mai 2026 dans un sprint en petit comité, devançant l’Allemand Florian Stork (Tudor) et l’Italien Giulio Ciccone (Lidl-Trek).
Une victoire à plusieurs titres historique : à 24 ans, Silva devient le premier coureur uruguayen à remporter une étape sur un Grand Tour, et le premier également à porter un maillot de leader. Il signe par la même occasion son premier succès dans le World Tour, lui qui courait encore la saison passée chez Caja Rural, en deuxième division mondiale. Au classement général, il devance désormais Florian Stork et le Colombien Egan Bernal (Netcompany Ineos) de quatre secondes.
Une étape qui s’est emballée dans les vingt derniers kilomètres
Le scénario de la course avait pourtant peu présagé du dénouement. Pendant la majeure partie de l’étape, deux coureurs de l’équipe Polti VisitMalta — l’Espagnol Diego Pablo Sevilla et l’Italien Mirco Maestri — ont mené l’échappée, comptant jusqu’à 5 minutes 45 secondes d’avance sur un peloton conduit notamment par l’Irlandais Ryan Mullen (NSN). Sevilla en a profité pour franchir en tête les sommets des deux premières difficultés répertoriées du jour, à Byala (au 116e kilomètre) et Vratnik (au 134e), consolidant ainsi sa position en tête du classement de la montagne — la fameuse Maglia Azzurra.
Les deux fugitifs ont été repris à 27 kilomètres de l’arrivée, à l’approche du col du monastère de Lyaskovets — la difficulté décisive du jour, longue de 3,9 kilomètres à 6,6 % de moyenne, dont le sommet était situé à 10 kilomètres seulement de la ligne. C’est dans cette transition vers le final que la course s’est embrasée brutalement.
La chute de Marc Soler entraîne une trentaine de coureurs
À 22 kilomètres de l’arrivée, l’Espagnol Marc Soler (UAE Team Emirates – XRG) glisse dans un virage sur des routes humides et entraîne dans sa chute une trentaine de coureurs. Parmi les victimes les plus notables : Adam Yates, leader désigné de l’équipe émiratie pour le classement général, qui termine le visage en sang et concède plus d’un quart d’heure à l’arrivée — voyant ses ambitions au général s’envoler dès la deuxième étape. L’Australien Jay Vine, contraint à l’abandon, fait également partie des victimes, comme Santiago Buitrago (Bahrain-Victorious), Corbin Strong (NSN Cycling Team) et Derek Gee-West (Lidl-Trek). Marc Soler, Moschetti, Holter et Buitrago ont également abandonné.
La chute, brève neutralisation à l’appui, laissera des traces durables dans la suite de l’épreuve. Cette deuxième journée se classe d’ores et déjà parmi les plus accidentées de cette édition 2026.
Vingegaard, première attaque sur le Giro
Dans la montée du monastère de Lyaskovets, l’équipe Visma – Lease a Bike — autour du Danois Jonas Vingegaard, principal favori du classement général — a pris les choses en main. À 700 mètres du sommet, dans les pourcentages les plus difficiles, Vingegaard a porté sa toute première attaque de ce Giro 2026. Seuls deux coureurs ont pu réagir et le suivre : l’Italien Giulio Pellizzari (Red Bull – BORA – hansgrohe) et le Belge Lennert Van Eetvelt (Lotto – Intermarché).
Au sommet, le trio comptait quelques secondes d’avance sur le peloton. Mais après être restés trois pendant une partie de la descente, les attaquants se sont regardés dans le dernier kilomètre, permettant à un peloton d’une trentaine de coureurs de revenir sous la flamme rouge. Le Suisse Jan Christen (UAE Team Emirates – XRG) avait également jeté toutes ses forces pour effectuer la jonction.
Le travail collectif des XDS Astana paie
C’est alors que le travail d’équipe des XDS Astana a fait la différence. L’Italien Christian Scaroni a parfaitement lancé son coéquipier uruguayen, qui a profité de l’élan donné par son poisson-pilote pour devancer Florian Stork et Giulio Ciccone dans les derniers mètres.
« Je suis aux anges », a réagi Silva après l’arrivée. « C’est ma deuxième étape en carrière au Giro d’Italia et j’ai déjà réussi à gagner et même à décrocher la Maglia Rosa. Je me sentais bien, mais je ne pensais pas pouvoir remporter un tel succès. Je dois remercier Christian Scaroni, qui m’a aidé à rattraper les coureurs de tête et à lancer le sprint. Je pense que je n’oublierai jamais cette journée. »
Quant à Paul Magnier, le sprinteur français de Soudal Quick-Step qui avait endossé la veille le tout premier maillot rose de cette édition, il a logiquement cédé sa tunique en ne pouvant suivre les meilleurs dans la dernière ascension. Il conserve toutefois la Maglia Ciclamino du classement par points, ce qui constitue une consolation honorable pour un coureur dont les ambitions cette semaine restent centrées sur les arrivées au sprint.
Les autres maillots distinctifs
Au terme de cette deuxième journée bulgare, la répartition des tuniques distinctives s’établit ainsi : Guillermo Thomas Silva porte la Maglia Rosa du classement général ainsi que la Maglia Bianca du classement des meilleurs jeunes (réservée aux coureurs nés après le 1er janvier 2001). Paul Magnier conserve la Maglia Ciclamino du classement par points. Et Diego Pablo Sevilla reste en possession de la Maglia Azzurra du Grand Prix de la Montagne.
Place à Sofia : une troisième étape ambivalente
La troisième et dernière étape de cette Grande Partenza bulgare conduira ce dimanche 10 mai le peloton jusqu’à la capitale, Sofia. Une étape qui s’annonce ambivalente sur le papier. Si une arrivée massive au sprint est attendue dans les rues de la capitale bulgare, le tracé comporte une difficulté significative à mi-parcours : le col de Borovets (9,2 kilomètres à 5,4 % de moyenne), dont le sommet est situé à environ 72 kilomètres de la ligne d’arrivée.
Ce profil offre potentiellement deux scénarios concurrents. Premier scénario : une équipe décide de durcir la course dans le Borovets pour éliminer les sprinteurs purs et tenter de jouer la victoire avec des coureurs plus polyvalents — typiquement les puncheurs et les sprinteurs résistants comme le Vénézuélien Orluis Aular (Movistar) ou le Slovaque Lukáš Kubiš. Second scénario : aucune équipe ne prend l’initiative de durcir la course, et l’étape se termine dans un sprint massif avec les principaux favoris : l’Italien Jonathan Milan (Lidl-Trek), le Danois Tobias Lund Andresen (Decathlon CMA CGM) — déjà deuxième de la première étape —, et bien sûr Paul Magnier, qui aura à cœur de rebondir après son revers du jour.
Pour les sprinteurs ayant été pris dans la chute du dernier kilomètre à Bourgas vendredi — Dylan Groenewegen (Unibet Rose Rockets) et Kaden Groves (Alpecin-Premier Tech) notamment —, cette troisième étape constituera une première occasion de retour au premier plan, à condition d’avoir récupéré physiquement.
Du côté de XDS Astana, l’objectif tactique sera évidemment de protéger le maillot rose de Silva. L’équipe kazakhe aura tout intérêt à ce que la course soit suffisamment animée pour éliminer les sprinteurs les plus dangereux, tout en préservant les forces de son leader uruguayen pour les jours à venir. Les conditions météorologiques annoncées prévoient un vent modéré (14 km/h, de face) après Samokov, qui pourrait aider les coureurs souhaitant se maintenir dans le peloton après le passage du Borovets, sans pour autant suffire à neutraliser une attaque résolue.
Le départ de la troisième étape sera donné à 13 h 05 dimanche 10 mai, pour une arrivée prévue vers 17 h 14 dans le centre de Sofia. La diffusion intégrale est assurée par Eurosport et la plateforme HBO Max. À l’issue de cette étape, le peloton quittera la Bulgarie pour rejoindre l’Italie en vue des étapes suivantes — la grande aventure du Giro 2026 ne fera, en quelque sorte, que véritablement commencer.
Photo d’illustration : Giro d’Italia (DR)
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