Jusqu’ici, la maladie cœliaque se résumait à un emballement : chez les personnes génétiquement prédisposées, le gluten déclenche une réaction immunitaire qui abîme l’intestin. Une équipe australienne du WEHI et de l’université de Melbourne décrit un tableau plus complexe. Certaines cellules immunitaires des malades seraient anormales dès le départ, avant même d’avoir rencontré le gluten. L’étude a été publiée le 17 mai 2026 dans la revue Immunology & Cell Biology.
Les lymphocytes T « naïfs » à l’étude
Les chercheurs se sont intéressés aux lymphocytes T naïfs, des globules blancs qui n’ont encore jamais été activés par un antigène. Parce qu’ils n’ont pas été façonnés par les infections ou l’alimentation, ces cellules reflètent la programmation immunitaire héritée de chacun.
Pour mesurer leur comportement, l’équipe a mis au point un test baptisé « momentum assay ». Les cellules sont fortement stimulées pendant 42 heures, puis la stimulation est retirée, et les chercheurs observent pendant 4 jours comment elles se divisent, survivent et se désactivent. La chercheuse Vanessa Bryant compare ce test au fait de faire fonctionner un jouet à ressort : « comme remonter un jouet et le lâcher pour voir combien de temps il tourne ». Un modèle mathématique, Cyton2, permet ensuite d’estimer le moment où les cellules se divisent pour la première fois, cessent de se diviser ou meurent.
Moins d’IL-2, des cellules qui meurent plus tôt
Les lymphocytes T CD4+ des malades, qui jouent un rôle de coordination de la réponse immunitaire, se sont révélés moins vigoureux que ceux des donneurs sains. Ils produisent moins d’interleukine-2 (IL-2), un signal chimique essentiel à leur survie, et meurent plus tôt. Leur rythme de division, lui, reste normal. Quand les chercheurs contrôlent la quantité d’IL-2 dans les cultures, l’écart entre malades et donneurs sains disparaît : c’est donc bien le manque d’IL-2 qui explique la moindre survie.
Autre anomalie : ces cellules mettent plus de temps à « éteindre » leur activation après le retrait du stimulus, comme en témoigne un marqueur appelé CD69. Les chercheurs y voient un défaut des mécanismes qui freinent normalement la réponse immunitaire. Les lymphocytes CD8+ présentent quelques différences au début de l’activation, plus modestes.
Présent même sous régime sans gluten
Ces anomalies apparaissent chez les patients récemment diagnostiqués comme chez ceux qui suivent un régime strict sans gluten depuis au moins 6 mois. Pour les auteurs, cela plaide pour un trait propre aux cellules plutôt qu’une conséquence de l’inflammation. Les voies touchées correspondent d’ailleurs à des gènes déjà associés au risque de maladie cœliaque, notamment ceux liés à l’IL-2. Le gluten reste, selon l’étude, le déclencheur de la maladie ; l’anomalie décrite créerait un terrain favorable.
Un petit échantillon
L’étude porte sur 22 malades, dont 19 femmes, et 54 donneurs sains. Selon les analyses, entre 14 et 17 malades seulement ont été comparés. Les auteurs reconnaissent qu’on ne peut pas totalement distinguer, chez l’humain, ce qui relève de la génétique et ce qui vient des expositions passées. Ils déclarent également plusieurs liens avec l’industrie pharmaceutique, notamment l’un des auteurs principaux, qui a travaillé comme consultant pour une douzaine de laboratoires.
La suite passera par le suivi, dès la naissance, d’enfants génétiquement à risque, pour savoir si ces anomalies précèdent l’apparition de la maladie. L’équipe prévoit aussi d’appliquer son test à d’autres maladies auto-immunes comme le diabète de type 1 ou la polyarthrite rhumatoïde, qui partagent des gènes de risque avec la maladie cœliaque.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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