Hôpitaux, cuisines et salles de restaurant, établissements médico-sociaux : c’est dans ces univers que les salariés se disent les plus exposés au harcèlement et aux comportements hostiles. C’est ce qui ressort d’une enquête nationale publiée le 29 septembre par le cabinet de psychologues Reversens, spécialisé dans les enquêtes liées au harcèlement, menée auprès de 3 100 salariés d’une part et de 2 700 professionnels chargés de recueillir ou de traiter les signalements d’autre part.
Santé, hôtellerie-restauration et médico-social en tête
Invités à désigner les secteurs les plus exposés, les salariés citent d’abord la santé et les hôpitaux (39 %), l’hôtellerie-restauration (38 %) et le médico-social et l’aide à la personne (34 %). L’enseignement suit (31 %), devant le commerce (25 %) et le transport (24 %). En bas du classement figurent la banque-assurance (15 %) et l’informatique (11 %).
Les salariés de ces secteurs partagent ce diagnostic sur leur propre métier : 66 % en hôtellerie-restauration, 64 % dans le médico-social, 59 % dans la santé et 56 % dans l’enseignement jugent leur univers professionnel plus exposé que les autres.
Sur l’ensemble de leur carrière, 31 % des salariés déclarent avoir été personnellement victimes de harcèlement ou de comportements gravement inadaptés, et 48 % en avoir été témoins. Au total, 61 % ont été victimes ou témoins.
58 % sur les 12 derniers mois
Sur la seule dernière année, dans leur emploi actuel, 58 % des salariés disent avoir subi ou observé au moins un comportement hostile. L’hôtellerie-restauration et le médico-social culminent à 69 %, devant la santé (67 %), l’enseignement et le commerce (64 %) et le transport (62 %). L’administration (56 %) et le BTP (54 %) se situent plus bas, l’informatique (43 %) et la banque-assurance (45 %) nettement en retrait.
Les auteurs de l’étude précisent que ce chiffre couvre un périmètre large (incivilités, pression excessive, mise à l’écart, discriminations, intimidations, violences, comportements sexistes ou sexuels) et ne correspond pas à un taux de harcèlement au sens juridique.
La nature des faits varie selon les métiers. La pression et la surcharge dominent dans la santé (43 %) et le médico-social (41 %). Les incivilités atteignent leurs niveaux les plus élevés dans l’hôtellerie-restauration (39 %) et le commerce (35 %). Les agressions physiques restent rares mais concernent 8 % des salariés de la santé, soit 2 fois la moyenne (4 %). L’ambiance sexualisée ressort davantage dans le BTP (15 %), l’hôtellerie-restauration (14 %) et l’industrie (13 %), contre 10 % en moyenne.
Dénigrement et pression dans les signalements
Côté professionnels du signalement (DRH, juristes, référents harcèlement, médecins du travail, élus de CSE), le dénigrement, les humiliations et les insultes arrivent en tête des situations remontées (47 %), devant la pression excessive (43 %), les incivilités (32 %) et la mise à l’écart (29 %). Dans l’hôtellerie-restauration, le dénigrement atteint 55 % des signalements cités ; dans la santé, dénigrement et pression culminent chacun à 52 %.
Anne-Sophie Chéron, fondatrice du cabinet, insiste sur ce 4e rang de la mise à l’écart : pour elle, les manques répétés de reconnaissance, de retour ou d’information produisent une souffrance réelle, car « l’absence d’un comportement attendu est tout aussi délétère que la présence d’un comportement inattendu ».
Des alertes en hausse depuis 3 ans
82 % des professionnels constatent une hausse des signalements par rapport à il y a 3 ans, dont 34 % une forte hausse ; 6 % seulement observent une baisse. La progression est la plus marquée dans l’hôtellerie-restauration (88 %), la santé et le médico-social (87 %). Même dans le numérique, l’industrie ou la banque, plus des trois quarts des professionnels relèvent une augmentation.
L’étude n’y voit pas mécaniquement une aggravation du phénomène, mais aussi l’effet d’une parole plus libre et de dispositifs internes plus développés. Reste un angle mort : 46 % des professionnels estiment que moins d’une situation problématique sur 4 fait l’objet d’un signalement.
31 % des salariés ne signaleraient pas
Interrogés sur leur réaction s’ils étaient victimes d’une situation grave et répétée, 31 % des salariés disent qu’ils n’oseraient probablement ou certainement pas la signaler, que ce soit à leur employeur, aux RH, à un représentant du personnel ou à une autorité extérieure. Cette proportion monte à 38 % dans l’hôtellerie-restauration et 37 % dans le médico-social.
Parmi ces salariés réticents, 46 % craignent pour leur carrière et 42 % pensent qu’un signalement ne changerait rien. Suivent la peur de représailles (37 %), de ne pas être cru (34 %), d’être mis à l’écart (30 %), une procédure jugée trop lourde (26 %), la peur de perdre son emploi (24 %) et le fait de ne pas savoir à qui s’adresser (20 %).
Les freins diffèrent selon les secteurs. La peur pour la carrière pèse le plus dans la banque-finance (52 %) et le numérique (51 %). La crainte de perdre son emploi est nettement plus forte dans l’hôtellerie-restauration (34 %), le BTP (33 %), le commerce et le transport (31 %) que dans l’administration (10 %). Dans la fonction publique et l’enseignement, c’est le sentiment d’inutilité de la démarche qui domine, à 49 % et 47 %.
Méthodologie
L’enquête a été réalisée en ligne du 9 au 16 septembre 2026 auprès de 5 800 actifs exerçant en France, recrutés notamment au sein du panel BuzzPress France. Le volet salariés (3 100 personnes) a été construit selon la méthode des quotas (sexe, âge, région, secteur, taille de l’organisation) puis redressé ; le volet professionnels (2 700 personnes) a fait l’objet de contrôles de cohérence et d’une pondération. Les 2 populations ont été analysées séparément.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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