« I-Média » sur TV Libertés : du Master Poulet à BFMTV au rapport Alloncle, la critique des médias mainstream à pleine voix

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La nouvelle édition du magazine hebdomadaire « I-Média » présenté par Floriane Jeannin et Jean-Yves Le Gallou propose une revue piquante et documentée de la semaine médiatique française. Au menu cette semaine : la séquence surréaliste de BFMTV avec le maire socialiste de Saint-Ouen Karim Bouamrane et le restaurant Master Poulet, le rapport Alloncle sur l’audiovisuel public et ses 70 mesures, ainsi qu’une série de pastilles balayant la cérémonie des Molières, les banquets du Canon français, le piratage de l’ANTS et les soutiens politiques de Matthieu Pigasse.

L’image de la semaine : du poulet sur le plateau de BFMTV

L’épisode démarre sur une séquence proprement ahurissante diffusée le lundi 4 mai sur BFMTV. Le maire socialiste de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, est invité à venir s’expliquer sur sa croisade municipale contre l’enseigne de restauration rapide Master Poulet. Et là, surprise : les deux journalistes du plateau lui présentent en direct un sachet de la marque incriminée et l’invitent à goûter pilon, saucisse de poulet et donut, le tout pour la modique somme de 6,50 euros. L’élu, visiblement gêné, refuse poliment et tente de ramener la discussion sur le terrain politique.

Le contexte mérite d’être rappelé. À Saint-Ouen, commune de Seine-Saint-Denis frontalière de Paris en pleine boboïsation accélérée, le maire PS Karim Bouamrane a engagé un véritable bras de fer avec le fast-food Master Poulet. Les griefs invoqués : odeurs incommodantes, livraisons tardives, nuisances sonores. Sa réponse municipale est tour à tour cocasse et inquiétante. Dans un premier temps, des blocs de béton ont été disposés devant l’entrée de l’établissement pour en bloquer l’accès — avant que les avocats de la chaîne ne saisissent le tribunal qui a ordonné le démantèlement. Master Poulet a riposté par voie d’affichage en interpellant le maire avec une formule restée fameuse : l’argent public n’est pas au service de son ego, et il devrait cesser de jouer au shérif.

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Karim Bouamrane a alors fait disposer devant le restaurant une série de pots contenant des plantes fécaloïdes — des végétaux dont le parfum naturel évoque l’urine. Une trouvaille municipale qui a fait jaser au-delà des frontières altoséquanaises et qui a même valu à l’enseigne de faire la une de Libération.

Le « grand remplacement alimentaire » selon Jean-Yves Le Gallou

Pour Jean-Yves Le Gallou, l’affaire dépasse largement la simple anecdote municipale. Le journaliste et essayiste y voit la traduction concrète d’un « grand remplacement alimentaire » : l’argument du pouvoir d’achat (6,50 euros pour un repas de fast-food) ne tient pas selon lui, dans la mesure où il est tout à fait possible de cuisiner soi-même chez soi pour moins cher. Ce qui se joue, ce serait plutôt la substitution progressive d’une alimentation traditionnelle par une malbouffe industrielle dont la sociologie de la clientèle révèle une bascule culturelle profonde.

L’observation politique est d’autant plus piquante que Karim Bouamrane, élu socialiste d’origine arabe, se trouve dans cette affaire à défendre les intérêts d’un électorat bobo majoritairement blanc et urbain, tandis que la clientèle visée par Master Poulet relève d’une autre sociologie. Une configuration qu’on retrouve à Saint-Denis, à Aubervilliers et dans plusieurs autres municipalités de la première couronne parisienne, où la ligne de fracture politique entre socialistes et insoumis recoupe désormais largement ces clivages sociologiques.

Une séquence qui interpelle aussi à gauche

Fait notable, la séquence BFMTV a été critiquée jusque dans les rangs de la gauche. Le député LFI Antoine Léaument, pourtant éloigné politiquement de Karim Bouamrane, s’est ainsi fendu d’un message ouvertement critique sur les réseaux sociaux, jugeant la scène « surréaliste » et estimant qu’elle discrédite les présentateurs de la chaîne d’information continue. Le présentateur de BFMTV Olivier Truchot lui a répondu de façon désinvolte, qualifiant la critique d’excessive.

Pour Jean-Yves Le Gallou, la stratégie de La France insoumise consiste désormais à investir massivement les médias alternatifs de gauche, dans une logique parfaitement symétrique de celle pratiquée par les médias alternatifs de droite, identitaires ou souverainistes. Une dynamique de bipolarisation médiatique qui pourrait bien être l’un des phénomènes structurants de la campagne présidentielle de 2027.

Le rapport Alloncle : 550 pages qui dérangent

Le dossier principal de l’émission est consacré au rapport parlementaire du député UDR Charles Alloncle sur l’audiovisuel public. Plus de 550 pages, près de 70 mesures, et un objectif central : réduire d’un milliard d’euros le budget annuel du service public audiovisuel — qui passerait de 4 à 3 milliards d’euros — tout en renforçant la neutralité éditoriale et en luttant contre les conflits d’intérêts.

Le rapport détaille des situations préoccupantes en matière de pluralisme. Sur France Inter, le Rassemblement national n’aurait représenté que 10 % du temps d’antenne politique, y compris en période électorale, ce qui est très en dessous du poids électoral du parti. Et au-delà du temps de parole, c’est l’angle même des interviews qui pose problème : les invités, qu’ils soient de droite, du centre ou de gauche, sont systématiquement interrogés depuis une perspective de gauche ou d’extrême gauche. Un biais structurel encore plus fondamental que celui des durées de parole.

Le rapport pointe également des situations problématiques chez les humoristes du service public, qui ont multiplié les prises de position partisanes lors des élections législatives de 2024 — chansons appelant à voter contre le Rassemblement national, propos méprisants envers les électeurs d’extrême droite, et autres comparaisons avec Adolf Hitler ou avec le régime de Vichy devenues monnaie courante.

Mais le grand apport du rapport Alloncle, selon les chroniqueurs d’I-Média, n’est pas tant la confirmation d’un manque de neutralité — fait largement documenté de longue date — que la mise en lumière des intérêts financiers qui sous-tendent cet engagement idéologique. Mathieu Pigasse, propriétaire avec Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton du groupe audiovisuel Mediawan, a ainsi déclaré publiquement vouloir mettre les médias qu’il contrôle dans le combat contre la « droite radicale ». Or, ses sociétés de production captent par ailleurs des contrats lucratifs avec France Télévisions, dirigée par Delphine Ernotte. L’argent public alimente ainsi indirectement les médias privés qui répandent l’idéologie de gauche dans l’ensemble de l’espace médiatique français.

La défense corporatiste du service public

Les réactions au rapport Alloncle ont été immédiates. Delphine Ernotte a publié dès le jour de la parution une réponse sur X — un message rendu si « ouvert au débat » que les commentaires y étaient désactivés. France Télévisions a publié un communiqué similaire. Thomas Legrand a riposté dans une chronique pour Libération, journal subventionné. Pierre-Antoine Capton a été interrogé sur France Inter par Benjamin Duhamel, dans ce qui s’apparentait davantage à un « publi-reportage » qu’à un véritable entretien journalistique. Le tout étant ensuite repris par Le Parisien, Télérama et d’autres titres également subventionnés par l’État.

L’épisode illustre selon Jean-Yves Le Gallou la mécanique d’auto-protection du système médiatique français : les acteurs ciblés par le rapport peuvent se défendre dans leurs propres médias, dont les communiqués sont ensuite relayés par d’autres médias subventionnés, tandis que Charles Alloncle, lui, n’a accès qu’à une simple conférence de presse. Une asymétrie criante.

L’arrivée d’Eugénie Bastié à France 2 fait grincer des dents

Toujours du côté de l’audiovisuel public, l’émission revient sur l’annonce de l’arrivée d’Eugénie Bastié, journaliste au Figaro et figure de la droite conservatrice française, dans l’émission « L’Heure de Vérité » de France 2. Une décision qui peut s’analyser comme une tentative de France Télévisions de répondre aux accusations d’unilatéralité éditoriale formulées par le rapport Alloncle. Mais le syndicat des journalistes de la chaîne publique a immédiatement protesté, jugeant ce recrutement « regrettable ».

Pour les chroniqueurs d’I-Média, la posture syndicale est révélatrice : pour ces journalistes, est qualifié d’« information » ce qui correspond à leur ligne idéologique, tandis que l’« opinion » désigne ce qui en diverge. Une définition à géométrie variable du métier qui en dit long sur la conception de la pluralité dans le service public français.

Cérémonie des Molières, Canon français, piratage de l’ANTS : le grand bazar de la semaine

L’émission se conclut sur une série de pastilles qui balaient l’actualité de la semaine. La 37e cérémonie des Molières, présentée comme apaisée par certains commentateurs, n’a pas pour autant échappé aux polémiques : Libération s’est plaint de l’absence de diversité parmi les lauréats — tous blancs — et de l’oubli des « causes » habituellement invoquées (Gaza, Ukraine, Mali). L’humoriste Merwan Benlazar a quant à lui livré un numéro lourdement provocateur, rebaptisant les Molières en « Molins », tandis qu’un autre numéro signé par une drag queen a fait des Molières un moment particulièrement audacieux du paysage culturel français.

Les banquets du Canon français, ces grandes tablées populaires organisées dans toute la France pour célébrer la convivialité, le vin, le cochon et les chansons traditionnelles, font l’objet d’une enquête à charge de France Inter et de France 2. Les journalistes du service public y ont vu — sur la base d’un geste effectué du bras gauche par un participant ! — un possible salut nazi. Pour les chroniqueurs d’I-Média, la « barbouzerie journalistique » est totale, et ces banquets, dont le succès grandit (80 € la place et inscriptions en explosion), sont essentiellement des moments de convivialité populaire dont la criminalisation traduit une dégradation préoccupante des libertés publiques.

L’affaire du piratage de l’ANTS — l’Agence nationale des titres sécurisés — fait également l’objet d’un commentaire sévère. L’auteur du hacking est un adolescent de 15 ans, présenté par certains médias comme un « prodige » corse au talent exceptionnel. Une romantisation du piratage qui occulte la véritable question : la sécurité des données les plus privées des Français, exposées par les défaillances d’un service public manifestement incapable de remplir sa mission de protection.

L’animateur Bruno Guillon, sur France 2 dans l’émission « Chacun son tour », a quant à lui repris une candidate ayant utilisé l’expression « chemin de croix », l’invitant à employer plutôt « chemin d’étoile ou de croissant ». Une trouvaille de novlangue politiquement correcte qui en dit long sur la déchristianisation programmée du vocabulaire français — alors même que le « chemin de croix » est une expression idiomatique parfaitement séculaire de la langue française.

Yann Barthès et le lapsus révélateur

Le portrait piquant clôturant l’émission est consacré à Yann Barthès, animateur de « Quotidien » sur TMC, qui a commis cette semaine un lapsus particulièrement révélateur. Annonçant la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2027, le présentateur a parlé de « dictature » au lieu de « candidature ». Un lapsus que les chroniqueurs d’I-Média jugent finalement assez juste, l’insoumis ayant souvent assumé une certaine fascination pour les modèles autoritaires latino-américains.

Le portrait de Yann Barthès, longtemps figure du Petit Journal sur Canal+, illustre ce que les critiques médiatiques appellent l’« infotainment » : un mélange d’information et de divertissement où le recyclage de propos tronqués, le montage manipulateur et la dérision systématique remplacent l’enquête journalistique sérieuse. La commission de la carte d’identité des journalistes a d’ailleurs refusé d’attribuer leur carte de presse à six membres de son équipe à l’époque du Petit Journal — un fait peu connu qui en dit long sur la nature réelle de cette « émission d’information ».

L’épisode du 7 mai 2026 d’« I-Média » constitue, comme à son habitude, un précieux outil de décryptage de la mécanique médiatique française. Au-delà du divertissement assumé que constituent les commentaires acérés de Jean-Yves Le Gallou et Floriane Jeannin, l’émission accomplit un véritable travail d’analyse critique d’un système médiatique français dominé par une oligarchie d’acteurs interconnectés — entre service public engagé politiquement, sociétés de production privées dépendantes des financements publics, et journaux subventionnés se renvoyant la balle entre eux.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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