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Charles Sapin n’aura disposé que de deux dimanches à l’antenne de France Inter. Deux chroniques de deux minutes trente auront suffi pour déclencher pétitions, protestations et menace de grève. Aucun dérapage, aucune injure, aucun manquement déontologique ne lui auront pourtant été reprochés. Le problème ne venait pas de ses propos, mais de son identité professionnelle : directeur adjoint de Valeurs actuelles.
La direction de Radio France pensait répondre aux critiques sur l’entre-soi de l’audiovisuel public. Céline Pigalle avait placé la rentrée sous une formule prometteuse : « Écoutons nos différences ». Après trois semaines de mobilisation interne, la chronique disparaît. À sa place, la direction propose un débat. Charles Sapin refuse.
Ce refus paraît logique. Transformer la parole conservatrice en débat contradictoire revient à la placer sous surveillance. Un chroniqueur de gauche peut développer son analyse ; un journaliste venu de Valeurs actuelles devrait comparaître devant un contradicteur. Sa parole ne bénéficierait plus du même statut : opinion légitime pour les uns, matériau dangereux à neutraliser pour les autres.
Radio France affirme avoir « pris acte » de la décision de Charles Sapin, comme s’il avait choisi de quitter l’antenne. La présentation contourne l’essentiel : il n’a pas renoncé à sa chronique ; elle lui a été retirée. On lui proposait ensuite un autre exercice, organisé autour de la défiance suscitée par sa présence. Le départ constituait moins une démission qu’une conséquence.
L’épisode révèle surtout une définition singulière du pluralisme. Les adversaires de Charles Sapin n’ont pas combattu ce qu’il avait dit. Ils ont invoqué ce qu’il représentait, son journal et les opinions qu’ils lui attribuaient. Un représentant de la CGT de France Inter a résumé cette logique en déclarant que Valeurs actuelles n’entrait pas « dans le cercle du pluralisme », avant de rappeler que le racisme constituait un délit. L’argument aurait porté si les deux chroniques avaient contenu la moindre expression raciste. Tel ne fut pas le cas. L’accusation ne répondait donc pas à des paroles prononcées ; elle servait à exclure préventivement leur auteur.
Salomé Saqué dispose depuis la rentrée d’une chronique sur France Inter. Sa sensibilité politique ne déclenche ni pétition ni préavis de grève. Cette tranquillité contraste avec le régime d’exception appliqué à Charles Sapin. Le pluralisme ne consiste pas à inviter toutes les nuances d’un même camp, puis à soumettre la voix adverse à un sas de décontamination.
En juin 2026, l’Arcom a mis Radio France en demeure de respecter les règles relatives au pluralisme politique sur France Inter et franceinfo. Trois mois plus tard, la maison démontre sa difficulté à tolérer une parole conservatrice, même pendant cent cinquante secondes par semaine.
La question dépasse une querelle entre journalistes. Radio France reçoit plus de 600 millions d’euros de financement public par an. Une radio privée choisit sa ligne et ses éditorialistes. Le service public, financé par tous, ne saurait devenir la propriété idéologique de ceux qui y travaillent. Ses salariés font vivre les antennes ; ils ne possèdent ni les fréquences, ni les studios, ni la mission confiée par la collectivité.
Les promoteurs d’une privatisation de l’audiovisuel public n’auraient guère pu rêver meilleure publicité. Jusqu’ici, ce projet pouvait passer pour une promesse de campagne techniquement complexe, juridiquement délicate et politiquement risquée. Désormais, ses défenseurs disposent d’un exemple simple à raconter : une chronique conservatrice de deux minutes trente, diffusée le dimanche, aura provoqué une mobilisation assez forte pour obtenir sa suppression.
À l’approche de l’élection présidentielle, chaque partisan du modèle actuel devra répondre à une question embarrassante : pourquoi les contribuables de droite financeraient-ils sans discussion un audiovisuel public qui traite leurs opinions comme une anomalie ? La privatisation ne gagne pas seulement du terrain grâce à ses promoteurs. Le service public lui fournit lui-même ses meilleurs arguments.
On objectera que des journalistes de droite interviennent déjà sur les antennes publiques et que les représentants du RN occupent largement les chaînes d’information. Cela ne répond pas au problème posé. La présence d’élus invités au nom de leur poids électoral ne remplace pas le pluralisme éditorial. Interviewer un responsable politique, souvent pour le soumettre à la contradiction, ne revient pas à confier durablement une chronique à une sensibilité minoritaire dans la rédaction.
Le véritable enjeu concerne la confiance. Une partie du pays ne se reconnaît plus dans les médias qu’elle finance. Chaque épisode de ce type confirme son soupçon d’un univers clos, capable de célébrer la diversité tout en refusant la diversité des opinions. Puis viennent l’étonnement devant la défiance, l’abstention, la colère ou le vote protestataire.
Charles Sapin ne représente ici qu’un révélateur. En cédant devant ceux qui réclamaient son départ sans pouvoir incriminer ses propos, Radio France n’a pas protégé le débat démocratique. Elle a consacré un droit de veto idéologique et fragilisé sa propre légitimité. « Écoutons nos différences », annonçait France Inter. Encore faudrait-il commencer par ne pas leur couper le micro.
Freddy Roy, Chargé de cours à l’Institut catholique de Paris
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6 réponses à “France Inter : quand le service public fabrique ses propres adversaires”
Avec la mise à la porte de Charles Sapin de France -inter, nous avons assisté à un coup d’état de type bolchévisme comme le pratiquaient Lénine et Trostsky pour prendre le pouvoir et qui sont les figures référentes de Mélanchon
Tant que les moutons écouteront » La voix de son maître » avec France Inter et France Télé, contents de refiler 450 millions d’euros à ces journalistes plus proches des idées CGT et ultra gauche que du pluralisme évoqué, seuls les gens de gauche seront satisfaits d’écouter sans arrêt le reflet de leur idéologie…..allez sur le Net pour écouter d’autres voix et renseignez vous un peu sur la réalité du terrain.
Bien dit
Au moment où parait cet article, fort juste, de Mr Freddy Roy, un éditorial d’un certain Patrick Cohen, ou peut-être, co-haine, très triste et surtout lamentable de sectarisme et d’abrutissement militant, faisait la une du matin de France Sphincter du 23 sept, invectivant Cnews et Pascal Praud en le qualifiant de ce que, pour la gauche, si cela lui était adressé dans les mêmes termes, serait inqualifiable, nauséabond, la cellule du clan des indignés montant sur les barricades . Privilège rouge ! Privilège doublement rouge d’un idiot utile fonctionnaire du service public, de La France Inter, LFI, étant sans ambigüité le relai radiophonique payé avec nos impôts d’un militantisme d’Extrême Gauche, LFI, qui n’est pas sans rappeler les premiers temps du bolchevisme radical avec une Douma constituée en majorité des coreligionnaires de ce Mr Cohen qui finirent tous au goulag quelques années plus tard…. pour les plus malchanceux..une balle dans la nuque pour les autres ! Cohen est un patronyme qui ne devrait pas être en odeur de sainteté dans un parti antisémite affiché en raison d’électoralisme irreversible, que n’apprend-il donc pas de l’histoire, et que ne conjugue t-il pas le verbe « purger » à tout ses temps ?..Lui qui réclame de purger les gens qui ne pense pas comme lui et aime leur mettre des cibles dans le dos…. ne connaissant pas le jour inévitable qui sera le sien ! L’Arcom aux abonnés absents ? Non point, mais relai fidele de l’Extrême Gauche, qui est en filigrane en tout, sur tout et de tout ce qui vient de l’Extrême Centre.
Si les auditeurs ou téléspectateurs ont si besoin de diversité, mettons également des éditorialistes de gauche sur Cnews, sur LCI, sur BFM… Et là on en recause.
Bonjour JY,Sauf que CNews est une chaine privée, qui ne vit pas aux crochets des français, sauf de ses annonceurs. Qu’il y a toujours l’inénarrable Vallini, qui se prend le pied si souvent dans le tapis de ses contradictions de gauche, et le vieux gauchiste sulfureux Julien Dray…entre autre…lorsque CNews me lasse, sur beaucoup de points, d’ailleurs, je zappe…mais comme cela ne m’a pas couté un rond, je le fais sans regret, ce qui n’est pas le cas avec le service public qui me fait les poches, comme d’un impôt, sans que je n’en retire rien, sinon de l’amertume, de la propagande et de la fausse information.