Sorti le 10 avril 2026 chez Aztec Musique / Marzelle (distribution PIAS), « D.A.O.U. » — qui signifie tout simplement « deux » en breton — est le deuxième opus du collectif B.R.E.T.O.N.S., formation rock celtique fondée en 2020 et qui rassemble pas moins de quatorze musiciens et chanteurs issus des groupes Kervegans (Nantes), Digresk (Rennes), Soldat Louis, ainsi que d’Ex-E.V., dont l’emblématique Gweltaz Adeux. Trois ans après un premier album éponyme qui avait fait sensation dans les milieux du rock celtique en péninsule armoricaine, B.R.E.T.O.N.S. confirme et amplifie sa proposition artistique avec un second opus plus dense, plus rock et plus assumé dans son enracinement breton.
Un collectif aux racines doublement nantaises et rennaises
Le projet B.R.E.T.O.N.S. — dont les lettres séparées par des points constituent un effet graphique destiné à affirmer une identité culturelle revendiquée — réunit deux formations bretonnes complémentaires, l’une nantaise (Kervegans), l’autre rennaise (Digresk), auxquelles se sont adjointes des figures emblématiques de la scène musicale bretonne. Ce sont au total quatorze musiciens et musiciennes qui interviennent sur l’album, avec une orchestration qui marie les guitares électriques saturées et les instruments traditionnels celtiques : cornemuse écossaise, uillean-pipes irlandais, biniou et bombarde bretons, tin whistle, violon, banjo, bouzouki, flûte traversière, accordéon, ainsi qu’une rythmique solide bâtie sur batterie, caisse claire écossaise, percussions et basse.
L’identité musicale du collectif s’inscrit clairement dans la lignée des grandes formations celtiques contemporaines — Dropkick Murphys, The Pogues, Flogging Molly côté irlando-américain, Soldat Louis, Red Cardell, Tri Bleiz Die, Les Ramoneurs de Menhirs côté breton — sans renier le travail patrimonial des grands anciens, d’Alan Stivell aux Sœurs Goadec en passant par Dan Ar Braz.
Un curseur rock poussé à fond
Si le premier album avait posé les bases du projet, ce second volet pousse résolument les compteurs. Le « curseur rock », pour reprendre l’expression d’un confrère qui a chroniqué le disque, a été monté de plusieurs crans : les guitares sont plus saturées, les rythmiques plus profondes, l’ensemble plus « heavy ». Les instruments traditionnels ne sont pas relégués à un rôle de simple coloration celtique — ils dialoguent à part entière avec le rock, percutent et nourrissent les morceaux avec un engagement total.
Cette intensification du caractère rock de la proposition s’explique par une logique avant tout scénique. « D.A.O.U. » a été conçu et soigneusement élaboré pour la scène, comme l’illustre la qualité d’un enregistrement particulièrement abouti — réalisé principalement au studio nantais Le Batiskaf par Lionel Rigaudy, avec des contributions des studios L’Orangerie (Dourdan) et Le Garage Hermétique (Rezé). La mise en espace permet de percevoir distinctement chacune des interventions instrumentales et vocales, dans une stratification fine qui donne tout son relief à l’ensemble.
Treize titres entre reprises et compositions originales
L’album propose treize morceaux, dont une majorité de reprises puisées dans des registres très divers, et trois compositions originales. La diversité des sources rend, comme l’a reconnu le chanteur Xavier Jahan dans un entretien à ICI Loire-Océan, le titrage du disque difficile : c’est finalement la cohérence du travail musical du collectif qui assure l’unité de l’ensemble.
Côté reprises celtiques anglo-saxonnes, le disque s’ouvre par une version explosive de « Shipping Up to Boston », tube ultra-connu des Dropkick Murphys, dont les paroles ont été écrites par le folk-singer américain Woody Guthrie. L’album propose également « Sally Maclennane » des Pogues, classique signé Shane MacGowan figurant à l’origine sur l’album « Rum Sodomy and the Lash » (1985), et une version étendue de la légendaire ballade irlandaise « Foggy Dew » — chanson culte sur l’insurrection de Pâques 1916, qui rappelle au passage la version mythique enregistrée par Alan Stivell lors de son concert à l’Olympia en février 1972.
Le patrimoine breton réinventé
Mais l’identité de B.R.E.T.O.N.S., comme son nom l’indique, est avant tout enracinée en péninsule armoricaine. Plusieurs titres puisent directement dans le patrimoine musical des cinq départements historiques bretons. La reprise de « Brest » de Christophe Miossec — chanson tirée de l’album « 1964 » paru en 2004 — donne lieu à une version celtisante et dansante, introduite par les uillean-pipes d’Anthony Masselin et magnifiée par le violon de Jessica Delot. Christophe Miossec, contacté par Le Télégramme, a salué cette reprise : il trouve formidable de voir l’une de ses chansons reprise, soulignant que les chansons meurent souvent plus vite que leurs créateurs et que cette version rock colle parfaitement à l’esprit breton.
L’album propose également « Dans Gwadek », plinn issu du répertoire du légendaire trio costarmoricain des Sœurs Goadec — Maryvonne, Eugénie et Anastasie, originaires de Treffrin —, dans une version qui revisite « à la sauce » celtic-punk-rock initiée par Les Ramoneurs de Menhirs sur leur premier album « Dañs An Diaoul » en 2007. Le titre ouvre, à sa manière, une réflexion sur l’évolution du patrimoine musical : si les Sœurs Goadec elles-mêmes étaient longtemps réservées sur l’électrification des traditionnels bretons, leur fille et nièce Louise Ebrel — fille de Job Ebrel et d’Eugénie Goadec — n’avait au contraire aucun complexe à mêler sa voix traditionnelle aux guitares saturées des Ramoneurs de Menhirs ou de Red Cardell, persuadée qu’une culture qui n’évolue pas meurt. B.R.E.T.O.N.S. s’inscrit dans cet héritage de réinvention respectueuse des racines.
« Penn Sardin » : un hommage centenaire à Douarnenez
Le titre « Penn Sardin », troisième piste de l’album, mérite une mention particulière. Composé en 2008 par Claude Michel sur une musique de Jean-Pierre Dovilliers, il rend hommage à la grève des ouvrières sardinières de Douarnenez en 1924 — une étape majeure de l’histoire de l’émancipation féminine en Bretagne. La grève avait débuté le 21 novembre 1924 dans une seule conserverie et s’était étendue trois jours plus tard à toutes les usines de Douarnenez, alors principal port sardinier de France. Le 6 janvier 1925, après plusieurs semaines de bras de fer, le patronat avait cédé et les ouvrières avaient obtenu gain de cause.
B.R.E.T.O.N.S. avait initialement publié ce titre en single en novembre 2024 pour célébrer le centenaire de la grève. La version reprise sur « D.A.O.U. » alterne et fait dialoguer les voix solo de Jessica Delot, Brieuc Vallée, Kevin Cogez et Gweltaz Adeux. Le morceau est dense, rythmé, presque rappé par moments dans les passages masculins, avec un violon virevoltant et des batteries qui empruntent le tempo de la frappe des sabots sur le sol — image puissante en évocation de la marche des Penn Sardin dans les rues de Douarnenez.
Trois compositions originales et une signature de Gweltaz Adeux
Au-delà des reprises, l’album propose trois compositions originales. La plus remarquable est sans conteste « An Holl A Gevret », titre intégralement composé — texte en breton et musique — par Gweltaz Adeux, ancien leader d’E.V. devenu une figure tutélaire de la chanson identitaire bretonne. Le morceau s’éclaire en français rapé pour les non-bretonnants : « L’amour est universel, tant pis pour ceux que ça dérange », chante notamment Adeux, dans une posture caractéristique d’ouverture culturelle assumée.
Les deux autres compositions originales sont « Jamais Assez », signée Digresk, et « Idiocratie », signée Kervegans. Un instrumental, « Farandolenn », déploie une spirale celtique dansante qui évoque les arrangements mythiques du Pop Plinn d’Alan Stivell et Dan Ar Braz à l’Olympia en février 1972. L’album se conclut sur une version revisitée du traditionnel « Les Filles des Forges », des forges de Paimpont, classique du répertoire breton popularisé par les Trois Jeans dans les années 1970.
Conçu pour la scène, « D.A.O.U. » devrait trouver sa pleine expression lors des concerts à venir. Le collectif est attendu dans plusieurs festivals au cours de l’été 2026, dont sans doute le Festival Interceltique de Lorient et les Vieilles Charrues, deux événements qui ont nourri l’identité musicale des membres du groupe.
Au-delà du strict plaisir musical, le projet B.R.E.T.O.N.S. illustre une démarche culturellement structurante : celle de la transmission du patrimoine breton et celtique aux nouvelles générations, par la voie d’une réappropriation contemporaine. Réarranger des titres traditionnels, parfois oubliés des plus jeunes, en les plongeant dans une sauce rock fortement épicée — sans pour autant trahir leur structure ni leur esprit — constitue un travail de fond qui assure la pérennité du patrimoine musical breton, et qui s’inscrit dans la lignée du « Back to Breizh » revendiqué par Alan Stivell il y a maintenant vingt-six ans.
Le disque se trouve dès à présent chez tous les disquaires et sur les plateformes numériques. Le site officiel du groupe — bretons-legroupe.com — recense les dates de concerts à venir. Allez-y, c’est génial !
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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