Alzheimer : et si la maladie ne commençait pas dans le cerveau ?

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Et si la maladie d’Alzheimer ne prenait pas sa source dans le cerveau, mais bien plus loin dans le corps — poumons, intestins, sang ? C’est l’hypothèse que défend une vaste étude génétique publiée en février dernier par une équipe de l’université de Copenhague, encore en attente de relecture par les pairs. Une seconde publication, parue début juillet dans la revue Neurology, apporte un éclairage complémentaire et tout aussi frappant : les conséquences économiques de la maladie, elles, se font sentir jusqu’à quinze ans avant même que le diagnostic ne soit posé.

Une maladie qui s’active loin du cerveau

Le doctorant César Cunha et son équipe sont partis d’un constat troublant. En croisant les données génétiques de près de 86 000 patients Alzheimer et de près de 500 000 témoins, issues de la biobanque européenne dédiée à la maladie, les chercheurs ont identifié les tissus où s’activent les gènes associés au risque de développer la pathologie. Résultat surprenant : dans le cerveau, seule la microglie — les cellules immunitaires locales — montre une activité significative. Mais les signaux les plus forts se situent ailleurs : dans les poumons, le système digestif, les globules blancs, la moelle osseuse, le pancréas et le foie.

Cunha parle de « tissus barrières », ces zones en contact permanent avec l’extérieur et chargées de filtrer ce qui pénètre dans l’organisme. Son hypothèse : un dérèglement chronique du système immunitaire dans ces tissus, qui finirait par atteindre le cerveau via la barrière hémato-encéphalique, laquelle a tendance à s’affaiblir avec l’âge. Les chercheurs ont d’ailleurs repéré un pic d’activité de ces gènes entre 55 et 60 ans, une fenêtre qui coïncide avec l’apparition des premiers troubles cognitifs légers chez certains patients.

Cette piste n’est pas totalement inédite : dès 2002, une étude menée sur plus d’un millier d’hommes américains d’origine japonaise à Hawaï avait déjà établi un lien entre inflammation mesurée à l’âge mûr et risque de démence des décennies plus tard. Plus récemment, des travaux ont associé la maladie parodontale, certaines bactéries intestinales, ou encore le virus de l’herpès à un risque accru d’Alzheimer.

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Repenser le traitement plutôt que viser uniquement le cerveau

Si cette hypothèse se confirme, elle pourrait changer la manière d’aborder la maladie. Jusqu’ici, l’essentiel de la recherche pharmaceutique s’est concentré sur l’élimination des plaques amyloïdes dans le cerveau, sans résultats cliniques à la hauteur des espoirs : les traitements actuels ralentissent au mieux le déclin, sans jamais l’arrêter. Or franchir la barrière hémato-encéphalique reste l’un des plus grands obstacles de la médecine du cerveau. Si une partie du processus se joue en amont, dans le système immunitaire sanguin et les tissus barrières, il deviendrait possible d’intervenir sans nécessairement viser le cerveau lui-même.

Cunha reste toutefois prudent : son équipe n’établit pas de lien de causalité direct et ne prétend pas qu’Alzheimer serait une maladie auto-immune. Il insiste sur le fait que le cerveau demeure au cœur de la pathologie, puisque c’est bien là que se manifestent les dégâts finaux — perte de mémoire, troubles du langage, perte d’autonomie.

Un coût économique qui démarre bien avant le diagnostic

Pendant que cette piste biologique se dessine, une étude finlandaise publiée dans Neurology éclaire un autre aspect méconnu de la maladie : son impact économique précoce. En suivant 793 patients atteints de démence précoce (avant 65 ans) et près de 8 000 témoins appariés sur quinze années précédant le diagnostic, les chercheurs de Kuopio et d’Oulu ont mesuré une perte de productivité déjà mesurable quinze ans à l’avance, s’élevant en moyenne à 74 577 euros cumulés par patient sur l’ensemble de la période.

Cette perte progresse ensuite fortement : pour la maladie d’Alzheimer proprement dite, l’écart de revenu devient significatif six ans avant le diagnostic, pour atteindre environ 11 400 euros par an au moment où celui-ci est posé. Pour les démences frontotemporales, la perte apparaît encore plus tôt — onze ans avant le diagnostic — et culmine à plus de 16 000 euros annuels. Les auteurs y voient la conséquence des retards diagnostiques : les troubles cognitifs, encore non identifiés, affectent déjà la capacité de travail des patients bien avant que la maladie ne soit officiellement reconnue.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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