En quelques jours, plus de 60 000 personnes ont créé un compte sur la plateforme d’« Un commun accord » pour donner leur avis. Cette assemblée citoyenne, lancée à l’initiative de l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, réunit 150 Français tirés au sort qui doivent chercher des « terrains d’entente » sur ce que les organisateurs présentent comme les grands dilemmes de l’époque. La consultation en ligne reste ouverte jusqu’au dimanche 4 octobre à minuit, sur le site uncommunaccord.fr.
14 dilemmes, 6 retenus
Le public est invité à classer par ordre de priorité 14 questions, et peut en proposer d’autres. Toutes renvoient, selon les organisateurs, à une même interrogation : peut-on encore espérer tout avoir au 21e siècle ?
- Alimentation : peut-on manger sain à un prix abordable, et continuer à manger autant de viande ?
- Ressources : faut-on extraire les métaux critiques du sous-sol français, et peut-on continuer à consommer l’eau et le bois comme avant, alors que les sécheresses se multiplient et que les forêts souffrent ?
- Industrie : peut-on produire en France des vêtements de qualité, des voitures électriques bon marché ou davantage de médicaments essentiels, et avoir de l’électroménager à la fois peu cher et durable ?
- Énergie et transports : peut-on sortir rapidement des carburants fossiles et continuer à prendre l’avion comme aujourd’hui ?
- Numérique : faut-il limiter l’intelligence artificielle et accueillir davantage de data centers ?
- Logement : peut-on loger tout le monde sans artificialiser davantage les sols ?
Les contributions serviront à arrêter la liste des 6 dilemmes sur lesquels l’assemblée travaillera à partir de sa prochaine session, les 10 et 11 octobre.
6 week-ends au Cnam
Les 150 participants ont été tirés au sort par l’institut Toluna Harris Interactive, à partir de numéros de téléphone, pour représenter la population française selon le sexe, l’âge, le diplôme, la profession, la région et le type de territoire. Ils se réunissent pendant 6 week-ends au Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. La 1re session s’est tenue les 19 et 20 septembre. Le plus jeune participant a 17 ans, et certains viennent d’aussi loin que la Nouvelle-Calédonie. Les débats sont animés par le cabinet de concertation Res Publica, et les conclusions sont attendues en février 2027, quelques semaines avant l’élection présidentielle.
Une initiative « apartisane » portée par le Shift Project
Les organisateurs présentent la démarche comme indépendante et apartisane, et la décrivent comme la 1re assemblée citoyenne organisée en pleine campagne présidentielle. Elle est hébergée administrativement par le Shift Project, le groupe de réflexion pour la décarbonation de l’économie fondé par Jean-Marc Jancovici. Elle est soutenue par plusieurs personnalités, dont l’acteur Thierry Lhermitte, le prix Nobel de physique Alain Aspect, la navigatrice François Gabart, la cheffe pâtissière Nina Métayer et l’animatrice Laury Thilleman. L’initiateur et les soutiens s’engagent à ne pas orienter les conclusions de l’assemblée.
Le financement repose en partie sur une campagne participative, sur un principe original : un don symbolique d’un euro, pour réunir le plus grand nombre de soutiens possible. Plus de 215 000 contributeurs y ont participé, selon les organisateurs.
L’initiative rappelle la Convention citoyenne pour le climat, qui avait réuni 150 citoyens tirés au sort à la demande du gouvernement en 2019-2020 et formulé 149 propositions. Jean-Marc Jancovici assure que sa démarche s’en distinguera : elle exposera les contradictions propres à chaque solution et discutera de leur faisabilité avant de fixer des priorités.